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mardi 4 août 2020
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De l’engrais organique bientôt disponible au Congo

Central Africa-Agriculture (CA-Agri) est le fruit d’un partenariat entre la société congolaise General Trading Company (GTC), cogérée par Michel et Arnaud Djombo, qui produit entre autres de l’huile de palme bio et des savons, et le groupe sud-africain VS-Agri, établi au Free State (Etat Libre), une province d’Afrique du Sud réputée pour être le grenier agricole du pays, producteur d’intrants agricoles et fournisseur de services agronomiques et vétérinaires.

A la clef de ce partenariat, la production d’engrais organique et la fourniture de services agronomiques pour le marché congolais, voire celui de la sous-région.

Le mariage

C’est ainsi qu’a été créé CA-AGri dont VS-Agri détient 80% du capital et GTC 20%.

Le partenariat entre GTC et VS-Agri est né d’une rencontre fortuite. VS-Agri est le fournisseur d’engrais de la société Todi River Farm, située à Maniémo (Malolo 2), dans le district de Louvakou (Niari), que dirigent des Sud-Africains. C’est au cours d’une mission de prospection au Congo pour étudier les opportunités en matière d’agriculture que VS-Agri a décidé de s’installer dans le pays. Restait à trouver un partenaire local. Mises en contact, GTC et VS-Agri ont vite trouvé un terrain d’entente. C’est ainsi qu’a été créé CA-AGri dont VS-Agri détient 80% du capital et GTC 20%. Le but de ce partenariat ? Produire à terme de l’engrais organique et installer un pôle de services agronomiques à Dolisie, le chef-lieu du département du Niari, localisé sur la RN1, à mi-chemin entre Pointe-Noire et Brazzaville, la capitale.

Entrée en production fin 2020 ou début 2021

Etabli à Dolisie, CA-Agri n’a pas encore démarré la production d’engrais. Un retard lié à la pandémie du Covid-19. « Nous avons lancé la commande des machines en mars dernier. Les machines sont fabriquées en Inde, mais avec le problème du Covid-19, la date de livraison a été repoussée. Si tout va bien, nous devrions démarrer la production fin 2020 ou, au plus tard, début 2021 », indique Michel Djombo. Pour satisfaire Todi River Farms, qui produit du maïs destiné à fabriquer de l’aliment pour bétail, CA-Agri a importé 500 tonnes d’engrais d’Afrique du Sud.

Engrais organique et mixte

Bien évidemment, l’objectif n’est pas d’importer mais de produire sur place de l’engrais organique mais aussi du mixte, associant du chimique et du bio.

Bien évidemment, l’objectif n’est pas d’importer mais de produire sur place de l’engrais organique mais aussi du mixte, associant du chimique et du bio. Pourquoi du mixte alors que tout milite aujourd’hui pour du 100 % bio ? « Sur les sols très pauvres et les friches qui sont restées longtemps en jachère, il faut mettre du mixte dans une première phase, pour les enrichir. Par la suite, les agriculteurs pourront utiliser seulement de l’organique. Ce dernier agit plus lentement mais il est plus efficace sur le long terme », assure Michel Djombo.

On pourrait s’étonner de l’existence de sols pauvres dans un pays qualifié de terre agricole par excellence où « tout pousse, suffit de semer ». En réalité, soleil et pluie ne suffisent pas, car la fertilité d’une terre dépend des types de sols et de la force des pluies. « Les bassins de production agricole de Brazzaville, du Pool et du Kouilou ont des sols sablonneux donc plutôt pauvres. L’eau part très vite dans le sous-sol. Dans le Niari, la Bouenza et la Lékoumou, la terre qui est argileuse retient mieux l’eau. Ainsi, les réserves d’eau disponibles pour les plantes y durent plus longtemps », informe Djombo. L’autre facteur d’appauvrissement des sols est le phénomène du lessivage, lié à des pluies trop fortes, qui transporte les éléments nutritifs vers la nappe phréatique, au détriment des plantes.

Campagne de présentation du produit

Dans un pays où l’usage d’engrais est peu développé, voire inexistant notamment chez les producteurs de manioc, encourager cet intrant reste un défi. D’où la nécessité pour AC-Agri d’aller  à la  rencontre d’agriculteurs congolais pour faire connaître le produit.  

C’est dans la première quinzaine du mois de mars 2020, juste avant le confinement, que l’entreprise, profitant de la présence de ses partenaires sud-africains au Congo, a organisé une tournée dans la partie sud du pays, sur l’axe Pointe-Noire-Dolisie-Boko-Brazzaville. Soit une vaste région qui représente environ un tiers de la production agricole du pays. Trois réunions publiques ont été suivies de visites sur le terrain, durant une dizaine de jours, dans des exploitations de tailles variées. « Nous avons rencontré des petits agriculteurs et des fermiers auxquels nous avons expliqué l’intérêt de l’engrais. L’accueil a été très bon », souligne Djombo.

La fiente de poule

La matière première de base ? de la fiente de poule, un engrais naturel riche en azote et bon marché.

Installée à Dolisie, l’unité de mélange produira des engrais simples et mélangés. La matière première de base ? De la fiente de poule, un engrais naturel riche en azote et bon marché. Les fournisseurs ? Les aviculteurs du sud du pays, comme La Poule Qui Rit et Agrofab dans le département de Pointe-Noire et Tolona près de Loudima (Bouenza). Le compostage, première étape de la transformation, pourrait être réalisé dans ces fermes avicoles où seraient déposés des composteurs. Acheminé à Dolisie, le compost sera enrichi avec de l’engrais chimique pour fabriquer le mixte. Organiques ou mixtes, les engrais seront conditionnés sur place et vendus sous deux formes : en sacs de 10 kg et de 50 kg et en seaux de 12,5 kg, une unité de mesure qui correspond à la surface moyenne d’une planche de maraîchage à épandre. Pourquoi des seaux ? « Même si c’est plus cher à produire, on a opté pour ce conditionnement car un seau est réutilisé pour ranger des affaires, ce qui n’est pas le cas d’un sac, que l’on a tendance à jeter. Au Congo tout se recycle », signale Michel Djombo.

Outre la production d’engrais, CA-Agri compte créer un pôle de services agronomiques à Dolisie.

Outre la production d’engrais, CA-Agri compte créer un pôle de services agronomiques à Dolisie. Elle vise en premier lieu l’analyse des sols congolais, étape indispensable pour formuler des produits adaptés aux sols et aux cultures du pays. D’où l’installation à Dolisie d’un laboratoire d’analyse des sols. Un projet important car, en Afrique centrale, seul le Cameroun dispose d’un tel laboratoire.

Ce pôle de services sera doté de trois autres unités : un centre de formation, pour former les exploitants agricoles à l’utilisation des intrants, un centre de démonstration pour permettre de tester les qualités et un centre d’appui à la mécanisation, qui comprendra des tracteurs et des moissonneuses batteuses. « Nos partenaires sud-africains ont dans leur portefeuille un concessionnaire de tracteurs. On envisage d’acheminer des tracteurs au Congo et de mettre en place une unité de location d’engins agricoles aux petits cultivateurs qui ne peuvent pas acheter de machines ».

La clientèle

Difficile toutefois de connaître les volumes d’engrais dont les maraîchers ont besoin car jusqu’à présent ils n’en utilisent pas.

Potentiellement CA-Agri peut toucher tous les petits exploitants qui font des légumes et des arbres fruitiers ainsi que les producteurs de maïs et de soja. Difficile toutefois de connaître les volumes d’engrais dont les maraîchers ont besoin car jusqu’à présent ils n’en utilisent pas. « Nous n’avons pas de base pour faire des estimations. On doit opérer de manière empirique ».

Une piste intéressante pourrait venir de l’Agence française de développement (AFD) qui a un projet d’accompagnement des maraîchers de Brazzaville et du Pool. Ce projet d’un montant de 3,5 millions d’euros a une composante financement d’intrants. « Nous allons discuter avec les responsables de l’AFD qui veulent travailler avec un producteur local d’intrants et sont plutôt favorables au bio. Cet échange nous permettra d’avoir une vision plus claire du nombre de producteurs et de leurs besoins », confie Djombo. En raison de la pandémie du coronavirus, l’étape de validation du projet a été repoussée au dernier trimestre 2020. « Il ne peut s’arrêter car le besoin de développer l’agriculture est de plus en plus urgent avec la crise ».

Les producteurs de produits vivriers notamment de manioc seront plus difficiles à convaincre. Et pour cause ! N’en ayant jamais utilisé, ils ont du mal à mesurer l’impact que l’engrais peut avoir sur les rendements. Pour eux, «  le rendement passe par la sélection des boutures mais pas par l’engrais. Ceux qui voient l’intérêt des intrants ne se lanceront que s’ils voient des réalisations sur le terrain», explique Djombo. D’où l’intérêt pour CA-Agri d’avoir des champs témoins.

Granulés d’engrais organique. @DR

Le préfinancement des intrants

Un autre point à régler est celui du préfinancement des intrants en début de campagne, une période au cours de laquelle les petits agriculteurs disposent de très peu de moyens financiers. « On est en train de réfléchir sur la manière de préfinancer l’intrant et sur les schémas à mettre en place pour que l’institution qui préfinance puisse récupérer ses fonds en fin de récolte. Cela suppose d’instaurer une confiance entre les deux partenaires ». Des discussions ont été entamées avec des institutions de micro-finance et avec le Ministère de l’agriculture sur cette question. 

Un engrais purement organique ?

« La fibre du palmier à huile, riche en phosphore et potassium, pourrait apporter du P et du K bio. Avec la fiente, on aura alors un engrais complètement organique ».

Actuellement, les engrais chimiques de base disponibles sur le marché sont l’urée, un engrais azoté, et le NPK, une association d’azote, de phosphore et de potassium. « Lorsqu’on plante, on met de l’urée, pour encourager la pousse des feuilles, qui permettent la photosynthèse. Le phosphore et le potassium, eux, favorisent la robustesse du tronc et la croissance des racines », renseigne Djombo. Parce qu’il est résolument « pro bio » et que GTC peut se prévaloir d’être pionnière en matière de palmeraie 100 % savane et éco-responsable, Michel Djombo réfléchit à la possibilité de produire un engrais NPK totalement organique. La solution ? « La fibre du palmier à huile, riche en phosphore et potassium, pourrait apporter du P et du K bio. Avec la fiente, on aura alors un engrais complètement organique ».

Conjugué à la présence de quelques grandes exploitations agricoles dans la région, dont Tolona, Saris-Congo, Todi River farms, Agrideck et Green Peas, l’ensemble du projet pourrait donner un nouveau souffle à l’économie de Dolisie et de son hinterland et combler le gap en matière de savoir-faire agronomique du pays. Reste une inconnue : la durée de la pandémie du covid-19 et ses conséquences négatives sur le plan sanitaire et économique. Les entreprises du pays résisteront-elles à ce fléau ? Une affaire à suivre…

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