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mardi 4 août 2020
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RDC. 30 juin 1960. Ils se souviennent du jour de l’indépendance

Les Congolais qui ont vécu l’accession de leur pays à l’indépendance sont de moins en moins nombreux. Makanisi a recueilli les témoignages de deux d’entre eux, Thérèse Kalemba Kimanga et Muyomba Bahelo, sur ce jour historique.

Mme Thérèse Kalemba Kimanga, 97 ans

« Nous habitions à Ngiri-Ngiri, à Léopolville [Kinshasa]. Mon mari était contremaître à Safricas, une entreprise de bâtiments et travaux publics.

« Le matin, nous nous sommes réveillés en nous disant que c’était un grand jour pour le pays »

Le matin, nous nous sommes réveillés en nous disant que c’était un grand jour pour le pays. Nous savions que la cérémonie devait avoir lieu ce jour-là. Et nous attendions quelques personnes qui étaient sur place, dans la salle où le roi Baudouin et Lumumba s’étaient exprimés, pour nous raconter de vive voix cet événement majeur.

« Nous avions appris plus tard que la cérémonie était finie et que nous étions devenus indépendants sous la présidence de Joseph Kasa-Vubu. Nous avions pris d’assaut les rues environnantes. Il y avait des foules partout, qui chantaient et dansaient »

Thérèse Kalemba. @Clotilde Nseka

Nous avions appris plus tard que la cérémonie était finie et que nous étions devenus indépendants sous la présidence de Joseph Kasa-Vubu. Nous avions pris d’assaut les rues environnantes. Il y avait des foules partout, qui chantaient et dansaient.

Patrice Lumumba s’était montré dur à l’égard des Blancs. On nous avait dit que lors de cette cérémonie, il s’en était pris aux Belges. Il leur avait demandé « Vous êtes venus vous enrichir dans ce pays. Pourquoi voulez-vous rester encore ici alors que les choses ont changé et que les Congolais sont désormais les maîtres dans leur propre pays ? ». Les Belges avaient pris peur après les propos tenus par Patrice Lumumba.

« Nous n’étions pas du même avis que Patrice Lumumba sur cette question. Il n’aurait pas dû dire ce qu’il avait dit à ce moment là et de cette manière là. »

Nous n’étions pas du même avis que Patrice Lumumba sur cette question. Il n’aurait pas dû dire ce qu’il avait dit à ce moment là et de cette manière là. Patrice Lumumba était une sorte de trouble-fête, alors que Joseph Kasa-Vubu paraissait plus sage, plus posé et plus mûr. Le colonel Kokolo, qui était le numéro deux des forces armées, était aussi un homme sage et calme. Mais il a été tué tôt. Ce fut une grande perte pour le pays qui avait vraiment besoin de personnalités comme lui pour aller de l’avant.

L’administration coloniale était intraitable sur les délits ou les crimes commis par des Congolais ou imputés à des Congolais. Elle punissait lourdement les Congolais, même pour des choses qui pouvaient paraître mineures. Il suffisait d’un petit rien pour qu’on se retrouve au cachot. Les Belges fouettaient les Congolais sans ménagement. Les personnes qui subissaient ces sévices avaient des marques sur leurs corps, des boursouflures, des blessures, etc. Les Belges étaient d’une sévérité incroyable.

« Les Belges fouettaient les Congolais sans ménagement. Les personnes qui subissaient ces sévices avaient des marques sur leurs corps, des boursouflures, des blessures, etc. Les Belges étaient d’une sévérité incroyable. »

Nous nous disions tous que le moment était venu pour que les colonisateurs partent. Nous disions que nous étions en mesure de diriger notre propre pays. L’indépendance était le sujet de conversation de tout le monde, partout. Pendant des jours, nous ne parlions que de cela.

C’était mieux ainsi. Une nouvelle page devait se tourner. Mais les choses ne s’étaient pas passées comme nous l’espérions. Avec le recul, je crois sincèrement que nous avions accédé à l’indépendance prématurément. Nous aurions pu mieux nous préparer à cette situation. Même aujourd’hui, l’État a encore des choses à corriger. »

« Avec le recul, je crois sincèrement que nous avions accédé à l’indépendance prématurément. Nous aurions pu mieux nous préparer à cette situation. Même aujourd’hui, l’Etat a encore des choses à corriger »

M. Muyomba Bahelo, 85 ans

« Je me souviens encore du 30 juin 1960, même si cela fait longtemps. Je sais qu’avec l’âge, certaines choses ne sont plus nettes dans mon esprit, que la mémoire a quelques trous, mais mes souvenirs sont globalement fidèles. Je venais d’avoir 25 ans. J’étais un jeune menuisier.

Ce matin là, au réveil, nous avons appris que des foules en liesse se dirigeaient vers Yangambi, à une centaine de kilomètres de Stanleyville [Kisangani, NDLR]. C’est un jour inoubliable. Tout le monde était content de voir le pays accéder enfin à l’indépendance. Le nom de Patrice Lumumba était sur toutes les lèvres. Je ne sais pas pourquoi il se racontait que c’était lui qui avait arraché l’indépendance aux Belges.

« Il se racontait aussi que Lumumba avait promis de chasser les Blancs. Nous étions dubitatifs sur ce point. Un Noir pouvait-il chasser les Blancs ? Comment ? »

Il se racontait aussi que Lumumba avait promis de chasser les Blancs. Nous étions dubitatifs sur ce point. Un Noir pouvait-il chasser les Blancs ? Comment ? Les discussions furent très animées. La plupart des jeunes que je connaissais ne croyaient pas à cette promesse attribuée à Patrice Lumumba.

Sur ces entrefaites, nous avons vu des policiers congolais arrêter un Blanc qui était établi à Yanonge, près de Stanleyville. Les policiers, qui étaient sur les lieux, lui criaient des choses du style « Vous nous avez fait souffrir ici chez nous, sur notre propre sol ». Les policiers se sont rendus à Belgica Yalu, que tout le monde connaît aujourd’hui sous l’appellation de Lotokila, une société qui produisait de l’huile de palme, si je ne m’abuse. Ce Belge était silencieux. Il n’a opposé aucune résistance. Les policiers l’ont mis à bord d’une embarcation appartenant à Belgica Yalu, qui devait le conduire à Yangambi.

« Nous n’avions ni radio, ni télévision. Nous savions tout simplement qu’une nouvelle ère avait commencé, sans les Belges, et que nos forces, soldats et policiers confondus, avaient ordonné aux Blancs de quitter Stanleyville »

Nous n’avions pas suivi les discours prononcés au palais de la nation, à Léopoldville, lors de la cérémonie officielle. Nous n’avions ni radio, ni télévision. Nous savions tout simplement qu’une nouvelle ère avait commencé, sans les Belges, et que nos forces, soldats et policiers confondus, avaient ordonné aux Blancs de quitter Stanleyville.

Un groupe de Blancs s’était regroupé à l’intérieur de l’hôtel Sabena, près de l’aéroport. Un vent de panique soufflait sur les milieux belges de Stanleyville. Ces Belges avaient quitté le pays précipitamment pour se rendre en Belgique. Je me souviens que certains d’entre eux avaient laissé des enfants à Stanleyville.

« C’était comme un rêve. Nous étions ravis que des Congolais eux mêmes prennent la direction de notre pays. C’était quelque chose d’extraordinaire que nous ne pensions pas vivre »

C’était comme un rêve. Nous étions ravis que des Congolais eux mêmes prennent la direction de notre pays. C’était quelque chose d’extraordinaire que nous ne pensions pas vivre. Dans la soirée, la ville était en fête. La chanson « Indépendance Cha-Cha » jouait un peu partout. Je dirais que nous avions dansé sur cette chanson toute la soirée.

Le départ des Belges faisait l’unanimité dans les cercles que je fréquentais. Les Belges nous insultaient facilement, nous traitant d’animaux, voire de macaques. A la moindre contrariété, ils nous ligotaient. Pour des faits mineurs, les Noirs étaient mis en prison et gravement fouettés. 

Si la majorité des Belges se montraient durs vis-à-vis de nous, il y avait toutefois une petite minorité qui admirait Lumumba et qui nous traitait correctement.

Si la majorité des Belges se montraient durs vis-à-vis de nous, il y avait toutefois une petite minorité qui admirait Lumumba et qui nous traitait correctement.

Mais la joie fut de courte durée. Peu après le départ des Belges, nous avions connu des difficultés sociales et économiques. Certaines personnes attribuaient cette situation au gouvernement de Lumumba. Mais en règle générale, nous nous disions que nous allions nous en sortir et qu’il valait mieux traverser cette période difficile sous une présidence congolaise, plutôt que d’être toujours sous la dépendance de l’administration coloniale qui nous avait tant fait souffrir. »

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