Congo. IFC-PN : susciter l’intérêt pour la lecture et la littérature chez les jeunes

246
Quelques images du Festival du Livre @IFC-PN Montage Makanisi

Au pays des écrivains, écrire est une tradition qui se perpétue et s’enrichit de nouvelles formes d’expression liées au livre. Mais écrire suppose des lecteurs, de toutes nationalités certes, mais si possible congolais. Comment susciter l’intérêt pour la lecture alors que l’image semble l’emporter sur l’écrit, que le livre coûte cher et dans un contexte où l’on peut accéder à des tas de vidéos sur les réseaux sociaux en un clic ?

Dans ces conditions, comment favoriser la rencontre entre auteurs, éditeurs et public. C’est l’ensemble de ces préoccupations qui a amené l’Institut français du Congo-Pointe-Noire (IFC-PN) à organiser le Festival du livre, dont la première édition a eu lieu les 23 et 24 avril dernier, dans la ville océane. Un moment important pour l’IFC, car jusqu’à présent ce sont les formes d’expression artistique comme la musique, le théâtre ou la danse ainsi que les expositions de peinture ou de photographie, qui dominaient les programmes.

Un intérêt plus grand pour le monde du livre

Le public a été peu nombreux à cette édition, d’autant qu’elle se tenait un jeudi et un vendredi et qu’il s’agissait du premier rendez-vous du genre, donc peu connu du public. En outre, la presse s’est peu mobilisée. Mais, pour la 2ème édition, en 2027, nul doute que l’audience ne pourra qu’augmenter.

Cette première édition du Festival du livre a toutefois marqué une étape dans les activités de l’IFC-PN, qui s’est manifestée à deux niveaux : un intérêt accru pour le monde du livre de la part de l’Institut et la mise en place de nouveaux évènements liés au livre et à la lecture.

Cette première édition du Festival du livre a toutefois marqué une étape dans les activités de l’IFC-PN, qui s’est manifestée à deux niveaux : un intérêt accru pour le monde du livre de la part de l’Institut et la mise en place de nouveaux évènements liés au livre et à la lecture. Parmi ces mini-événements, on peut citer la foire du livre, la présence d’éditeurs et d’auteurs locaux invités par l’IFC-PN, une soirée littéraire, suivie d’une séance de dédicace, ainsi qu’une table ronde et des sessions de dessin et d’écriture. Le tout a permis aux visiteurs d’acquérir des ouvrages, d’échanger avec les professionnels et de passer, de manière récréative, de la lecture à la création. Ces événements s’ajoutent aux activités traditionnellement organisées par l’Institut (ateliers d’écriture, de slam et de BD, séances de dédicaces et de lecture, etc.).

Les pionniers

L’éclairage apporté par le Festival au livre et aux auteurs congolais s’imposait d’autant plus que le Congo est connu, depuis l’époque coloniale, pour être un pays d’écrivains et notamment de plumes talentueuses. La première génération comptait dans ses rangs Jean Malonga, Patrice Lhoni, Letembet-Ambily, Maxime Ndebeka, Bernard Zoniaba et le talentueux Gérald-Félix Tchicaya U’Tamsi.

La deuxième émerge dans les années 1970, avec Guy Menga, Sylvain Bemba, Jean-Pierre Makouta Mboukou, Henri Lopes, Sony Labou Tansi, Tchitchellé Tchivela, Emmanuel Dongala Boundzeki, Jean-Baptiste Tati-Loutard et bien d’autres.

À partir des années 1980 et 1990, apparaissent de nouvelles figures littéraires, des romanciers, des écrivaines et/ou des poètes et des poétesses, dont Daniel Biyaoula, Henri Djombo, Jean-Pierre Heyko -Lékoba, Paule Etoumba, Amélia Néné, Mambou Aimée Gnali, Marie-Léontine Tshibinda, Alfoncine Nyélénga Bouya et Alain Mabanckou.

Les nouvelles plumes littéraires

La tradition se perpétue avec une nouvelle génération d’auteurs, dont certains ont été mis en avant lors du Festival du Livre de Pointe-Noire. Parmi ces nouvelles plumes, on trouve des romanciers, dont Dibakana Mankessi (Le psychanalyste de Brazzaville, Prix Orange du Livre en Afrique 2024 et Grand Prix Afrique 2023), Philippe Ngalla Ngoie, juriste et écrivain (La ronde des ombres), Léandre Alain Baker, acteur, écrivain et cinéaste, co-auteur avec Anna Maria Celli de « Ce qu’il faut de sanglots » et Roselyne Aissi-Ngali (Le chemin d’Imela).

Citons aussi Méouka Messonika (Obi Ocha), Nicole Mballa-Mikolo, journaliste et écrivaine congolo-camerounaise(Le silence des infortunes), Philippe Moukoko (Le sabre et le goupillon), Honneur Mouhahou (La richesse d’accord mais le pacte d’abord) ou encore Pensée Sem Esse-Nsi (U Tam’si, parangon d’une littérature désinvolte) et le poète Hugues Eta, auteur de L’Odyssée d’Ontiô L. Onkouo.

« Ces auteurs ont de réels talents d’écriture. Les thématiques abordées sont fortes et diverses, qu’il s’agisse de la guerre, des sujets de société, de l’environnement, de l’actualité sociale et politique et autres thèmes », souligne Marie-Louise Cissé

« Ces auteurs ont de réels talents d’écriture. Les thématiques abordées sont fortes et diverses, qu’il s’agisse de la guerre, des sujets de société, de l’environnement, de l’actualité sociale et politique et autres thèmes », souligne Marie-Louise Cissé, chargée de programmation à l’IFC-PN.

On peut découvrir la vitalité de la création littéraire congolaise dans l’ouvrage intitulé « la Littérature congolaise en mouvement », paru aux Éditions Renaissance africaine. Son auteur est Noël Kodia-Ramata, docteur en littérature française de l’université Paris IV Sorbonne, à qui l’on doit également le premier « Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le domaine des romans et des recueils de nouvelles », publié en 2010.

Slam et BD

Cette vague compte aussi des slameurs et des bédéistes, alias créateurs de bandes dessinées (BD pour les initiés). Nouvelle forme d’expression, le slam est un genre littéraire à part, une forme de poésie récitée, qui se déclame de manière rythmée et s’accompagne parfois d’une musique. Ses textes sont souvent engagés. Parmi les slameurs congolais, on peut citer Yaya Onka (Les promesses de la guerre).

Cette vague compte aussi des slameurs et des bédéistes, alias créateurs de bandes dessinées (BD pour les initiés).

La BD est un art qui se développe à vitesse grand V au Congo.  Il est vrai qu’elle bénéficie d’un double héritage : la littérature et la peinture, le Congo, connu pour sa célèbre École de Poto-Poto, étant aussi un pays de peintres.

« Dans le segment de la BD, les talents émergent, notamment à Pointe-Noire, où il existe un collectif de jeunes dessinateurs de BD, dénommé Kukia », informe Muriel Traodec, qui dirige la maison d’édition « Les Lettres Mouchetées ». Rhys Massengo, l’un des fondateurs de Kukia, est un auteur de webtoon MSI MPITI, très engagé en faveur de la valorisation des cultures africaines et du rayonnement de l’art graphique africain à l’international.

À noter la parution de Lissolo, le premier jeu de société congolais, créé par Kriss Brochec, qui a été présenté lors du Festival. Une initiative innovante pour faire découvrir le Congo aux enfants de manière ludique.

Quelques images du Festival du Livre. ©MT et IFC-PN

Écrire pour être lu

Alors que de nouveaux talents littéraires émergent et que les genres se diversifient, reste à trouver des lecteurs. Pas facile de susciter l’intérêt de la lecture et de la littérature notamment chez les jeunes. C’est pour tenter de trouver des réponses à cette question et des idées qu’une table ronde été organisée, en soirée, le 24 avril, lors du Festival du livre. L’occasion de réfléchir aux moyens de susciter, raviver et entretenir l’intérêt pour la lecture chez les nouvelles générations.

Modérée par l’acteur culturel Alexandre Bavane, spécialisé sur le monde du livre, cette table ronde a réuni trois intervenants dont les auteurs Émeraude Loriciel Kouka, auteur et critique littéraire, Reegan Revaldi Okemba et Méouka Messonika. « La table a accueilli un public nombreux. Les débats, qui ont porté sur les initiatives éducatives, le rôle des acteurs culturels et l’influence des modèles contemporaines, ont été très enrichissants », se félicite Marie Louise Cissé.  

Lire aussi : La jeunesse africaine, au coeur du Salon du livre africain de Paris 2026 https://www.makanisi.org/la-jeunesse-africaine-au-coeur-du-salon-du-livre-africain-de-paris- 2026/

Rencontres d’auteurs

La soirée littéraire qui s’est tenue le 23 avril, lors du Festival,  au cours de laquelle Yaya Onka, a présenté « Les promesses de la guerre »,  a été suivie d’une séance de dédicace. Ces rencontres d’auteur sont importantes. En effet, lors des présentations littéraires, « le contact avec l’auteur permet d’enrichir le débat,  de poser des questions de susciter la réflexion sur un sujet donnée, d’enrichir le débat, d’avoir un point de vue critique et au final de repartir avec le livre sous le bras », explique Marie-Louise Cissé. S’il a déjà initié ces rencontres, l’IFC-PN entend organiser au moins une rencontre mensuelle du livre, réunissant des acteurs de la filière, organisé dans ces locaux.

Alors que de nouveaux talents littéraires émergent et que les genres se diversifient, reste à trouver des lecteurs. Pas facile de susciter l’intérêt de la lecture et de la littérature notamment chez les jeunes.

Séances et clubs de lecture

Pour inciter les jeunes à lire, l’IFC organise par ailleurs des séances de lecture avec les auteurs, dans ses locaux à Pointe-Noire, mais également dans les écoles, les collèges et les lycées partenaires de l’IFC.  C’est pour ces raisons que l’Institut appuie les auteurs qui ont des projets de lecture.

Dans les établissements d’enseignement, les jeunes, notamment les adolescents et les lycéens, montrent un intérêt certain pour la lecture. Pour renforcer cette tendance, l’IFC compte « co-organiser des clubs de lecture avec des lycées. Ils porteront sur des œuvres mis au programme du baccalauréat. Si l’objectif est bien évidemment de donner aux lycéens des clefs de lecture des œuvres littéraires mis au programme du bac, c’est aussi une manière de les intéresser à la lecture. Au final, ces clubs de lecture devraient ancrer le goût de lire parmi les lycéens voire des adultes », insiste Marie-Louise Cissé.

​L’édition nationale

Force est de reconnaître que l’édition congolaise est peu représentée dans la chaîne du livre, alors que la production littéraire est importante.  Ce qui amène beaucoup d’auteurs à se faire publier par des éditeurs étrangers. Néanmoins les éditeurs existent au Congo. Selon le rapport intitulé « L’industrie du livre en Afrique », publié, en 2025, par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), « Les premières maisons d’édition sont de création récente, par exemple Les Éditions Hemar en 2000, Les Lettres Mouchetées en 2015 et Médiafrique Éditions en 2017 ».

Force est de reconnaître que l’édition congolaise est peu représentée dans la chaîne du livre, alors que la production littéraire est importante.

Le rapport mentionne la présence d’une trentaine de maisons d’édition au Congo. Parmi les plus actives d’entre elles, on peut citer les Lettres Mouchetées, fondées à Pointe-Noire par Muriel Traodec, très impliquée, qui a déjà publié quelques 80 romans, dont certains primés, et participe à plusieurs salons du livre, tels que le Salon du livre africain de Paris (SLAP) en France, le Salon international du livre d’Abidjan (Sila) en Côte d’Ivoire ou le Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL) de Rabat (Maroc), donnant ainsi de la visibilité à la production littéraire du Congo.

Brazzaville compte également quelques éditeurs, dont Kosmos Éditions, un éditeur qui « valorise la BD africaine et le développement artistique, intellectuel et culturel des jeunes », et le Collectif des éditeurs du Congo. Tous deux étaient présents au Festival. On peut citer aussi les Éditions Hemar, fondées par Henri Djombo, ex-ministre et auteur, et les Éditions Renaissance africaine qui ont une antenne à Paris.

Renforcer la chaîne du livre

Dans la chaîne du livre, le parent pauvre reste toutefois l’imprimerie. Un vrai problème pour les éditeurs qui doivent faire imprimer leurs ouvrages à l’étranger,  notamment en France ou en Chine.

L’appui de l’IFC au monde du livre a porté jusqu’à présent sur la lecture, ce qui profite aux lecteurs et indirectement aux auteurs, mais pas sur l’édition. L’édition est donc devenue pour l’Institut une vraie question. D’où une réflexion engagée sur les contours et le contenu de l’appui que l’IFC pourrait fournir ce secteur. Il peut compter, pour ce faire, sur les éditeurs, les auteurs et les fans clubs qui se mobilisent sur la question. Le pays des écrivains et des peintres le vaut bien.