
Le Niari étend ses quelque 26 000 km2 dans le sud-ouest du Congo, entre les départements de la Lékoumou, de la Bouenza et du Kouilou. Il est, avec la Sangha, l’un des seuls départements congolais à être frontalier avec 3 pays : le Gabon au nord, l’Angola (enclave de Cabinda) et la République Démocratique du Congo (RDC) au sud. Mais, à la grande différence de son homologue du nord, il abrite deux écosystèmes différents : la forêt dense et la savane.
Le Niari, qui dispose d’un important potentiel forestier, agricole et minier, est une terre de rencontres, un carrefour, une zone d’échanges entre l’intérieur du Congo et la côte, entre l’Afrique centrale et l’Afrique australe.
Au fil des siècles, des populations bantoues (téké et kongo) ont rejoint les peuples autochtones, premiers habitants de la région, fins connaisseurs de l’écosystème forestier, qu’ils savaient gérer de manière équilibrée et durable. La culture et la spiritualité de ces peuples, trop peu connues, s’expriment à travers des cérémonies sociales et des rites initiatiques et l’art de la statuaire.
La présence d’infrastructures éducatives, implantées de longue date dans le département, a contribué par ailleurs à former une partie de l’élite locale et nationale.
Forêt dense et savane
Environ 60% du territoire du Niari est couvert de forêts denses (massifs du Mayombe et du Chaillu), le reste étant formé de savanes arbustive et herbeuse. Ce qui lui vaut le surnom de « Congo en miniature ».
Le département doit son nom au fleuve Niari, qui le traverse d’est en ouest. Né sous le nom de Ndouo, le Niari s’appellera Kouilou à son entrée dans le département éponyme. Le Niari compte plusieurs chaînes de montagnes d’altitude moyenne, dont la plus importante est la chaîne du Mayombe qui forme une barrière naturelle entre la plaine côtière, la vallée du Niari et le massif du Chaillu.
Premiers habitants de la zone du département du Niari, les peuples autochtones Bongos, qui se sont établis dans la forêt, ont été rejoints, au cours des siècles, par des groupes bantous
Une population mélangée
Premiers habitants de la zone du département du Niari, les peuples autochtones Bongos, qui se sont établis dans la forêt, ont été rejoints, au cours des siècles, par des groupes bantous : des Téké, des Lumbu, des Punu et des Bouissi du groupe Echira, des Kota et des peuples apparentés tels que les Nzabi et les Tsangi, ainsi que des Kougnis. Le grand groupe Kongo est représenté par des Soundi. Au fil des ans, des Congolais d’autres régions ainsi que des étrangers sont venus s’établir dans l’actuel Niari.
Selon le Recensement général de la population et de l’Habitat (RGPH) de 2023, le département abrite 334 863 habitants, qui se répartissent inégalement dans ses 14 districts. La commune de Dolisie, chef-lieu du département, née de l’union de la route et du rail, en compte 178 172, soit un peu plus de la moitié.
Le nouveau découpage territorial de 2024 s’est traduit par la création de 3 nouveaux départements, dont le but était de rapprocher l’administration de ses administrés. Le Niari, pourtant doté de 14 districts, a été le seul département qui n’a pas été directement affecté par cette réforme.
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Un foyer d’élites politiques
Le Niari se distingue par une forte tradition d’engagement intellectuel et politique. Des cadres de l’administration et des figures politiques d’envergure nationale, dont certaines liées à des partis d’opposition, en particulier à l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), sont issus de ce département ou y ont vécu.
À la veille de l’indépendance jusqu’aux années 1990, le département est devenu un bastion politique important, avec l’émergence de personnalités de premier plan. Parmi ces dernières figurent Simon Pierre Kikhounga-Ngot, né en avril 1920, à Maboukou (district de Makabana), qui fut syndicaliste, conseiller territorial, député et plusieurs fois ministre, ainsi que Victor-Justin Sathoud, né en 1927, également conseiller territorial du Moyen-Congo et plusieurs fois ministre après l’indépendance. Tous deux feront partie du premier gouvernement d’union nationale de l’histoire du Congo, mis en place en 1961.
Parmi les autres figures de proue de cette époque, on peut citer Pascal Lissouba, né en 1931 à Tsinguidi (district de Mayoko), le fondateur de l’UPADS, qui fut Premier ministre de 1963 à 1966 et Président de la République de 1992 à 1997.
La génération suivante compte dans ses rangs Justin Koumba, né en 1947, dans le district de Kibangou, représentant de l’Unesco pour les pays d’Afrique centrale, plusieurs fois député et ministre, président du Conseil national de transition (parlement provisoire) de 1997 à 2002 et président de l’Assemblée nationale, ainsi qu’Arsène-Destin Tsaty-Bongou, « l’enfant de Dolisie », un avocat d’affaires, qui s’est illustré, dès le collège, comme leader au sein de l’Union générale des élèves et des étudiants congolais (UGEEC). Il fut ministre des Affaires étrangères de Pascal Lissouba, de 1995 à 1997, et fondateur, en 2019, du Congrès d’initiatives démocratiques et sociales (Cides). Citons aussi Adam Dibouilou, ancien maire de Dolisie, où il est né en 1957, actuel Préfet du Kouilou, et Pierre Mabiala, né à Dolisie en 1962, avocat et homme politique, plusieurs fois ministre, député de Makabana. Et bien d’autres…
Des cadres de l’administration et des figures politiques d’envergure nationale, dont certaines liées à des partis d’opposition, en particulier à l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), sont issus du Niari
Savoir-faire traditionnels et spiritualité
Les savoir-faire anciens (agriculture, chasse, cueillette et pêche), largement maîtrisés par les populations du Niari, sont toujours pratiqués. Le travail du fer et la poterie étaient jadis bien représentés dans la région. Selon l’historien Georges Dupré, la métallurgie était l’apanage des Tsangi, qui occupaient la plus grande partie de la zone métallurgique régionale et exerçaient un contrôle sur la formation des métallurgistes et des forgerons.
Avec la colonisation, l’activité ferroviaire, avec le Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO) et l’exploitation forestière moderne ont créé de nouveaux métiers. Puis d’autres savoir-faire sont apparus avec l’essor de technologies et de modes d’organisation liés à l’industrie et aux services modernes.
Comme tous les peuples du monde, les populations du Niari possèdent une vision du monde et une cosmogonie profondément liée au respect de la nature et à la connexion aux ancêtres.
Leur culture et leur spiritualité s’expriment à travers des cérémonies sociales et des rites initiatiques, pratiqués dans les forêts sacrées. Ces écoles de sagesse enseignent des rapports équilibrés entre les hommes et entre les hommes et leur environnement. L’art de la statuaire dans lequel ils excellent, est une autre forme d’expression de leur cosmogonie et de leur philosophie. Toutefois, ces richesses, par ailleurs peu connues, tendent à disparaître.
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Formation de cadres de l’AEF
Sur le plan de l’enseignement, le Niari se caractérise par une tradition de formation de cadres qui remonte à l’époque coloniale. Dolisie, en particulier, a vu se développer des établissements d’enseignement (écoles et collèges) de renom. Les églises catholique et protestante y ont créé des écoles et des collèges d’enseignement général, dont l’école catholique Saint Joseph et le collège Saint Paul, ainsi que le collège Hammar de l’Église évangélique missionnaire de Suède. L’administration coloniale y a également établi des structures d’enseignement pour former des agents territoriaux et des cadres.
Dolisie a accueilli l’École Normale de l’Afrique équatoriale française (AEF). Créée par arrêté du 7 août 1947, à Mouyondzi, ville située dans l’actuel département de la Bouenza, pour former des instituteurs africains, cette école a été transférée, en 1964, à Dolisie, dans le cadre de la réorganisation du système scolaire dans les premières années de l’indépendance. Plusieurs facteurs ont motivé ce changement de lieu : la présence du CFCO et la situation centrale de la ville, par ailleurs en pleine expansion à l’époque, dans le Niari et les régions voisines. L’école deviendra plus tard, dans le cadre des réformes du système éducatif congolais, l’École nationale d’Instituteurs (ENI) de Dolisie.
Le Niari se caractérise par une tradition de formation de cadres qui remonte à l’époque coloniale. Dolisie, en particulier, a vu se développer des établissements d’enseignement (écoles et collèges) de renom.
Le Collège normal Raymond Paillet
L’autre établissement d’enseignement célèbre de Dolisie était le Collège normal Raymond Paillet, du nom d’un professeur agrégé français qui fut Directeur de l’enseignement de l’AEF, décédé en 1950. Ce collège, dit École de Mbounda, créé au début des années 1950, était l’un des principaux établissements à former des hauts cadres congolais et de l’AEF. Admis, en 1956, dans ce collège, le président Denis Sassou Nguesso y obtiendra son Brevet d’Études Élémentaires en 1958. Le célèbre musicien Jean Serge Essous, né à Mossendjo, qui a joué dans les orchestres OK Jazz et Les Bantous, Jean-Pierre Nonault, qui a fait une carrière politique et diplomatique remarquée, et Alphonse Gando, ancien ministre de la Santé, l’ont également fréquenté. Victor-Justin Sathoud fut gestionnaire de l’Économat du Collège de 1956 à 1958.
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Le lycée d’excellence de Mbounda
Sur le site de Mbounda, où se trouvait le Collège normal, a été institué, par décret du 21 octobre 2011, le Lycée d’excellence de Mbounda, avec pour vocation « de développer une culture citoyenne au niveau de la jeunesse et de favoriser l’émergence d’une élite scientifique, technologique, littéraire devant conduire le Congo à l’émergence », selon les autorités congolaises. Ce lycée a été rebaptisé, en mars 2019, Lycée d’excellence Denis Sassou-N’Guesso de Mbounda, par le Conseil municipal de Dolisie.
Sur le site de Mbounda, où se trouvait le Collège normal, a été institué, par décret du 21 octobre 2011, le lycée d’excellence de Mbounda, rebaptisé en 2019, Lycée d’excellence Denis Sassou-N’Guesso de Mbounda.
Jadis, Dolisie hébergeait le Centre de maintenance et de formation du Chemin de Fer Congo Océan, qui a formé des cheminots et autres techniciens du ferroviaire.
Mossendjo, pour sa part, abrite l’École nationale des eaux et forêts (ENEF), créée en 1968 sous le nom de Centre forestier de formation professionnelle et de démonstration (CFFPD).
Ces structures d’enseignement, qui ont formé une partie de l’élite et des techniciens congolais, ont un rayonnement qui va bien au-delà des frontières du département.
Organisation administrative du département du Niari
- Districts (14) : Banda, Divenié, Kibangou, Kimongo, Londéla-Kaye, Louvakou, Makabana, Mayoko, Mbinda, Moungoundou-Nord, Moungoundou-Sud, Moutamba, Nyanga, Yaya
- Communes de plein exercice : Dolisie (2 arrondissements) et Mossendjo (2 arrondissements)
- Communautés urbaines : Divénié, Kibangou, Kimongo, Makabana, Mbinda, Ngouha 2














