
Fille de Patrice Émery Lumumba, figure majeure de l’indépendance congolaise, Juliana Amato Lumumba évolue depuis plus de trois décennies dans les sphères médiatique, gouvernementale, culturelle et économique. À l’âge de 70 ans, elle est présentée par le gouvernement congolais pour être candidate au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
À travers sa feuille de route intitulée « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve », Juliana Lumumba entend faire jouer à l’OIF un rôle historique, dans un contexte mondial caractérisé par des fractures entre nations, instaurer une Francophonie des peuples, par les peuples et pour les peuples, avec une réorientation vers le Sud et l’Afrique.
Jeunesse en Égypte
Née en août 1955, Juliana Amato Lumumba avait à peine six ans quand son père, Patrice Émery Lumumba, le tout premier Premier ministre de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC), a été assassiné, le 17 janvier 1961, dans la province sécessionniste du Katanga. Après ce dramatique événement, une partie de la famille s’exile en Égypte, alors dirigée par Gamal Abdel Nasser, figure majeure du panafricanisme et du mouvement des non-alignés, qui accueille, protège et prend en charge l’épouse de Patrice Lumumba, Pauline Opango, ainsi que ses enfants. Juliana passera une partie de sa jeunesse en Égypte sous le nom de Fatima Abd-El-Aziz.
Juliana Lumumba obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) en sciences politiques et sociologie de la défense à l’École des hautes études en sciences sociales.
Études et journalisme à Paris
Juliana Lumumba fait ses études supérieures à Paris (France), à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), où elle obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) en sciences politiques et sociologie de la défense. Elle se dirige ensuite vers le journalisme. Entre 1984 et 1994, elle travaille à Paris pour la chaîne de télévision Al Manar, le journal Al Ahram international et la revue Dialogue international, où elle couvre principalement les questions africaines et les droits de l’homme. Elle y exerce en français et en arabe.
Juliana Lumumba occupe le poste de ministre de la Culture de 1998 à 2001.
Retour au pays
Au milieu des années 1990, elle occupe des fonctions éditoriales à Kinshasa, avant d’intégrer les institutions de la transition. Entre 1997 et 1998, sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila, elle est directrice de cabinet du secrétaire rapporteur du Parlement de transition, puis vice-ministre de la Culture et de l’Information.
Elle occupe le poste de ministre de la Culture de 1998 à 2001. Son passage à ce ministère a été associé à la promotion des artistes et intellectuels congolais, au soutien aux institutions culturelles nationales et à la diplomatie culturelle au sein de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC). Elle supervise notamment la traduction de l’avant-projet de Constitution et de l’hymne national dans les quatre langues nationales.
En parallèle de ses fonctions culturelles, Juliana Lumumba participe à plusieurs missions diplomatiques régionales. C’est ainsi qu’elle a représenté la RDC lors des discussions régionales autour de la mise en place du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX) de la CEEAC à Malabo, en 1999.
S’agissant des fonctions qu’elle a exercées durant cette période, Juliana Lumumba déclare avoir « placé la culture, la langue et l’innovation au service de la cohésion nationale et de la diplomatie ».
De 2007 à 2015, elle assume les fonctions de secrétaire générale de l’Union Africaine des Chambres de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Professions (UACCIAP), basée au Caire
Diplomatie économique et intégration africaine
Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Juliana Lumumba quitte le gouvernement, pour s’orienter vers le conseil aux entreprises et le négoce international. De 2007 à 2015, elle assume les fonctions de secrétaire générale de l’Union Africaine des Chambres de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Professions (UACCIAP), basée au Caire. À ce poste, elle travaille sur l’harmonisation des cadres juridiques, la promotion de l’entrepreneuriat féminin et des jeunes ainsi que du commerce et des investissements africains, le transfert de technologies et la diffusion d’informations économiques vérifiées.
Parallèlement, elle intervient dans plusieurs conférences internationales. À la COP21 à Paris, en 2015, elle défend l’idée d’un développement africain concerté et s’exprime sur la place des femmes entrepreneures dans l’économie continentale. À l’Institut d’Études Stratégiques du Caire, elle porte la voix d’une « Afrique résiliente et visionnaire ».
Le 27 février dernier, le gouvernement congolais annonce la candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Candidate au poste de Secrétaire générale de l’OIF
Le 27 février dernier, le gouvernement congolais annonce la candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une candidature présentée comme l’expression d’une volonté de « contribuer au renouveau et au rayonnement de l’espace francophone ».
Ses atouts ? Son long parcours qui conjugue mémoire nationale, expérience en gouvernance publique, en diplomatie culturelle et économique et en coopération internationale. Une ouverture sur le monde, pour avoir vécu, étudié et travaillé dans plusieurs pays, qui lui permet de parler à tous, sans être enfermée dans des logiques de blocs. Un multilinguisme qui est une passerelle entre l’Afrique, le monde arabe et l’espace francophone global. Juliana parle, en effet, le français et l’arabe couramment, ainsi que l’anglais, le lingala et le swahili, et a des notions de russe.
La prochaine élection à la tête de l’OIF aura lieu à Phnom Penh (Cambodge), en novembre 2026, lors du XXème Sommet de la Francophonie. Juliana Lumumba devra y affronter Louise Mushikiwabo, ex-ministre des affaires étrangères du président rwandais Paul Kagame, qui bénéficie du soutien de Kigali pour un troisième mandat à la tête de l’institution.
Faire de l’organisation « une puissance agissante, un outil de promotion d’une fraternité concrète et d’une civilisation d’avenir »
Une feuille de route articulée sur neuf projets
La vision de Juliana Amato Lumumba vise à faire de l’OIF une organisation plus politique, solidaire, qui n’exclut personne, centrée sur les peuples (et non seulement sur les États), tournée vers la jeunesse, moteur démographique de l’espace francophone, l’éducation, l’innovation et les réalités du XXIe siècle, avec un leadership accru de l’Afrique. Elle met l’accent sur le renforcement des liens entre les États membres, la paix, la souveraineté, le co-développement, la diversité culturelle et la transformation numérique. Selon la candidate, « la francophonie n’est pas seulement un espace, elle est aussi une civilisation de solidarité transcontinentale en gestation ».
Pour Juliana, l’OIF doit être une organisation capable « non seulement de parler au monde, mais de l’éclairer, de produire, protéger, unir et inspirer ». Il s’agit de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté de destin, de faire de l’organisation « une puissance agissante, un outil de promotion d’une fraternité concrète et d’une civilisation d’avenir ».
Sa feuille de route de Lumumba, qui s’articule sur neuf projets, s’intitule « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve ».
Les « neuf projets neufs pour une francophonie neuve » présentés par Juliana Lumumba
- 1. les rencontres interculturelles francophones pour bâtir un dialogue vivant des peuples
- 2. l’intégration économique intra-francophone pour la coproduction industrielle entre pays francophones et un co-développement continental intra-francophone
- 3. la valorisation des langues sœurs pour préserver notre diversité linguistique et nourrir un dialogue interculturel vivant
- 4. le pacte climatique francophone pour une transition écologique solidaire
- 5. le visa francophone et la justice universelle pour la mobilité des intelligences, des cultures et des talents ainsi que justice sans frontière au sein de l’espace francophone
- 6. la recherche en médecine traditionnelle et en pharmacopée ancestrale pour unir savoirs des ancêtres et science moderne
- 7. l’académie francophone chargée de la paix et du bien-vivre ensemble pour renforcer la cohésion et la résolution pacifique des conflits entre communautés et nations francophones
- 8. la transition numérique francophone pour bâtir ensemble des infrastructures interconnectées, sécurisées et inclusives et garantir à chaque citoyen francophone un accès équitable aux savoirs, à l’innovation et aux opportunités du monde digital
- 9. l’hymne de la francophonie pour donner une âme à notre communauté et sanctuariser notre unité.
« Car unis dans un même chant, les peuples tressent leurs mémoires, entrelacent leurs rêves, assemblent leurs destins et construisent une unité que rien ne pourra jamais briser. Ces neuf projets portent une ambition : forger une francophonie des peuples. Ce n’est pas un slogan, c’est une exigence historique, c’est une francophonie au service de ceux et de celles qui parlent, créent, enseignent, innovent, pensent et rêvent en français. Alors notre fraternité ne se proclamera plus, elle se vivra, elle se construira », conclut Juliana Amato Lumumba.













