Simple start-up à ses débuts, dont la marque, Bantoo chocolate, était identifiée « Made in Gabon », Kakao Mundo, cofondée, en 2018, par les frères Jonathan et Sébastien Ayimambenwe, se mue peu à peu en un véritable écosystème cacao intégré. Cette mutation englobe la production, la transformation industrielle, la traçabilité, ainsi que l’innovation nutritionnelle et l’impact social.
Une partie des fèves de cacao provient des propres plantations de Kakao Mundo, situées dans la province du Moyen Ogooué. L’autre, environ 60 % de la production traitée, vient des plantations des cacaoculteurs identifiés par la Direction Générale des Caisses de Stabilisation et de Péréquation au Gabon (Caistab), qui suivent les règles de qualité.
C’est dans l’atelier de finition, établi à Libreville, la capitale du Gabon, que sont fabriquées les tablettes de chocolat. L’unité de Lambaréné, ville sise dans le Moyen-Ogooué, traite les opérations post-récolte et la première transformation.
Changement d’échelle
La mutation de Kakao Mundo s’est d’abord traduite par un changement d’échelle de la capacité de production et de transformation. Alors qu’une partie de la transformation était réalisée en France et en Italie, aujourd’hui, toute la production est transformée au Gabon pour créer plus de valeur ajoutée. Une politique qui s’inscrit dans le droit fil de la stratégie de développement économique du Gabon. « Nous avons rapatrié nos machines au Gabon et acquis de nouveaux équipements, dont des machines de nettoyage, de broyage et de tempérage de pointe, pour augmenter notre capacité de production localement », explique Jonathan. Ces investissements ont permis de passer d’une production artisanale de 30 kg/jour, (environ 300 tablettes de chocolat), à une capacité industrielle de 1000 kg/jour, soit un potentiel de 10 000 tablettes. Et de diversifier les formats pour satisfaire la demande nationale et exporter.
Toute la production est transformée aujourd’hui au Gabon pour créer plus de valeur ajoutée localement
Une gamme de produits et de clients plus diversifiée
Deux gammes de produits sont disponibles. La gamme « particuliers » compte des tablettes de chocolat premium, des poudres chocolatées pour le petit-déjeuner, des snacks et des chocolats de cuisine. La gamme « grand format », destinée aux professionnels, comprend des pâtes à tartiner, des produits semi-finis, comme le beurre et la masse de cacao, la poudre de cacao et des couvertures de chocolat pour fabriquer de nouveaux produits (pastilles et blocs de chocolat d’environ 5 kg). La clientèle professionnelle se diversifie. « Nos clients ne sont plus seulement des chocolatiers mais des boulangers qui achètent directement du chocolat. Nous touchons d’autres métiers, comme les fabricants de glace », signale Sébastien.
Des marges existent, car le Gabon importe pour quelque 5 milliards de FCFA de produits chocolatés des pays voisins, notamment du Cameroun qui expédie au Gabon des tablettes et des pâtes à tartiner
Ventes locales en hausse
Au Gabon, les ventes sont en augmentation. « Nous avons fait connaître la marque dans différentes villes du Gabon, avec des campagnes de promotion dans les supermarchés de la place et des partenariats établis avec Kakao Mundo ».
Des marges existent, car le Gabon importe pour quelque 5 milliards de FCFA de produits chocolatés des pays voisins, notamment du Cameroun qui expédie au Gabon des tablettes et des pâtes à tartiner, vendues chez les boutiquiers de proximité. Par ailleurs, beaucoup de fèves du Gabon sont exportées clandestinement vers le Cameroun. « On peut capter une partie de cette valeur ajoutée en structurant une filière cacaoyère performante, portée par notre savoir-faire technique et notre capacité de transformation locale », précise Sébastien.
Se renforcer à l’international
Côté exportation, l’entreprise entend renforcer son positionnement à l’international. « On participe à des foires en Italie, à Osaka au Japon et à Ryad en Arabie saoudite, grâce à des partenariats stratégiques noués notamment avec l’Agence gabonaise du tourisme (Agatour) et la Caistab, qui mettent en avant nos produits qui font la promotion de la culture gabonaise. Nous avons innové en fabriquant des masques en chocolat, très prisés des consommateurs, ce qui nous démarque de nos concurrents. Nous espérons avoir le soutien de ministères, tels que ceux du Commerce, de l’Agriculture et de l’Économie », insiste Sébastien. Kakao Mundo peut compter aussi sur l’appui de l’Union Européenne, de WWF France (Fonds Mondial pour la Nature) et du réseau d’institutions et d’entreprises de la région des Hauts de France.
On participe à des foires en Italie, à Osaka au Japon et à Ryad en Arabie saoudite, grâce à des partenariats stratégiques noués notamment avec Agatour et la Caistab
Les exigences du RDUE
Conquérir des marchés à l’international, notamment en Europe, est de plus en plus soumis à des règles. En effet, le Règlement de l’Union européenne contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) instaure des systèmes de traçabilité rigoureux, destinés à interdire les importations de produits issus de la déforestation. « Cette nouvelle loi va bouleverser l’ensemble du cacao africain et mondial », souligne Sébastien.
À l’exigence de traçabilité s’ajoute aujourd’hui la question des métaux lourds, dont le cadmium, un sujet dont discute Kakao Mundo avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). « C’est une carte à jouer mais qui passe par la traçabilité, l’origine des lots permettant de déterminer les spécificités du terroir et la qualité du produit. S’il n’est pas toujours possible d’avoir une certification bio, on peut néanmoins démontrer que nos plantations sont naturelles, que le cacao ne contient ni pesticide ni métaux lourds », explique Jonathan.
Le RDUE instaure des systèmes de traçabilité rigoureux. À l’exigence de traçabilité s’ajoute aujourd’hui la question des métaux lourds, dont le cadmium
Traçabilité, terroir et digitalisation
En matière de traçabilité, Kakao Mundo a acquis une grande expérience via le projet pilote CAPREGA (CAcao PREmium GAbon) qui lui a permis de comprendre les différentes manières de travailler le cacao et le fonctionnement du marché en termes de traçabilité, de cartographie de terroirs et de digitalisation. Ainsi la démarche de traçabilité, que l’entreprise a toujours adoptée, s’affirme comme une norme tant pour le marché intérieur que pour l’exportation. Avec les nouveaux défis du RDUE et des métaux lourds, l’entreprise sait qu’elle évolue dans la bonne direction depuis le début. Reste à faire du marketing, mais cela coûte cher.

Le défi africain est de produire mieux avec plus de valeur locale, pour que l’excellence de notre cacao soit reconnue pour sa qualité intrinsèque plutôt que par compassion
Une nouvelle approche
Pendant plusieurs années, les projets mis en œuvre, notamment dans le cadre des centres d’excellence, partaient de la plantation jusqu’aux fèves. Aujourd’hui, l’approche a changé. « On commence par les ventes pour revenir vers la plantation, ce qui permet de créer des projets viables. On intègre la transformation et, outre l’exportation, la possibilité de vendre localement. Notre démarche a retenu l’intérêt de nos partenaires. Notre modèle d’entreprise a d’ailleurs été cité dans le rapport Coalition d’acteurs pour le bassin du Congo du WWF France (Fonds Mondial pour la Nature), paru en 2024 », confirme Sébastien.
On commence par les ventes pour revenir vers la plantation, ce qui permet de créer des projets viables. On intègre la transformation et, outre l’exportation, la vente locale
Le Centre d’excellence Cacao
C’est en tenant compte des nouvelles exigences du marché international, de leur expérience acquise en matière de qualité et de traçabilité et sur les conseils du Cirad que les dirigeants de Kakao Mundo ont entrepris de mettre en place un Centre pilote d’excellence Cacao. « Le Cirad nous a convaincus que le Gabon pouvait créer un centre d’excellence avec le label « cacao fin », à l’instar du Cameroun qui a obtenu cette qualification », rapporte Jonathan.
Situé à Lambaréné, le Centre pilote d’excellence Cacao aura plusieurs fonctions : formation, recherche et développement, transformation, facilitation commerciale. Il accueillera l’unité de production de masse.
Situé à Lambaréné, ce centre s’étendra sur un domaine de 5 hectares. Il aura plusieurs fonctions : formation, recherche et développement, transformation, facilitation commerciale. Il accueillera l’unité de production de masse. Toutes les opérations, en amont comme en aval, intégreront les outils de digitalisation. La digitalisation permettra, en amont, de tracer le produit et d’identifier l’origine de la fève, les qualités du terroir et les tonnages. En aval, elle fournira des données sur la gestion et le suivi de la qualité d’un lot de fèves.
Qualité, traçabilité et contrôle rigoureux
Application des normes RDUE, contrôle qualité, tests microbiologiques… Toutes les étapes assurant la qualité du produit (fèves et masse) seront respectées, depuis la plantation jusqu’au produit semi-fini, c’est-à-dire depuis la récolte, l’écabossage, la fermentation, le séchage, le stockage, jusqu’au broyage et à la formulation.
L’accent sera mis sur la fermentation des fèves acheminées, fraîches, au Centre. Il s’agit d’une étape clef , surveillée avec attention, pour s’assurer que les bons gestes sont faits aux bons moments et en fonction du type de fèves, et que les délais de fermentation sont respectés pour favoriser le développement des précurseurs d’arômes du chocolat.
Toutes les étapes assurant la qualité du produit (fèves et masse) seront respectées, depuis la plantation jusqu’au produit semi-fini
Recherche scientifique et innovation
Les activités de recherche scientifique et d’innovation porteront tant sur l’amélioration du produit et l’impact du changement climatique sur la filière que sur la réutilisation des cabosses et autres sous-produits dans la cadre de la politique cacao zéro déchet. « Nous sommes en discussion avec le Cirad et le Centre National de Recherche Agronomique de Côte d’Ivoire sur ces questions », déclare Sébastien.
Effet d’entraînement, synergie et pôle de rencontres
Le volet formation vise à accompagner techniquement et financièrement les agriculteurs pour garantir un timing optimal des récoltes. Il aura un effet d’entraînement sur d’autres acteurs de la région. La connaissance du secteur et des profils d’agriculteurs permet à Kakao Mundo de valider leurs capacités de production et de déterminer leurs facilités de paiement. Par ailleurs, bien que privé, le Centre d’excellence restera un centre communautaire. Un atout pour les institutions nationales et internationales qui peuvent suivre sa gestion et accompagner plus facilement des agriculteurs regroupés.
En faisant du centre un pôle de synergie et de rencontres, Kakao Mundo ouvre des perspectives aux groupements d’agriculteurs en les mettant en relation avec des acheteurs internationaux
En tant que personne morale disposant d’un compte bancaire, d’une traçabilité et d’un historique, le centre peut attirer plusieurs acteurs de la filière, qui pourront devenir partenaires. En faisant du centre un pôle de synergie et de rencontres, Kakao Mundo instaure en place des circuits courts pour ne pas être dépendant des aléas de la géopolitique mondiale et ouvre des perspectives aux groupements d’agriculteurs en les mettant en relation avec des acheteurs internationaux pour écouler des fèves que Kakao Mundo ne peut absorber.
L’entreprise envisage de créer une branche Nutrition, avec le lancement de la gamme Bantoo Star
Vision RSE et Engagement nutritionnel
Kakao Mundo a toujours intégré, dans ses pratiques, les enjeux de Responsabilité Sociétale d’Entreprise (RSE) liés aux agriculteurs (développement humain, bonnes conditions de travail, préfinancement des fèves et rémunération juste). Cette vision inclut également une volonté de répondre aux enjeux de santé publique à travers des produits locaux accessibles. C’est ainsi que l’entreprise envisage de créer une branche Nutrition, avec le lancement de la gamme Bantoo Star, des produits enrichis en protéines, en fer et en minéraux. Un moyen de solutionner les carences en fer, dont souffriraient 20% des jeunes enfants, ce qui entraîne des troubles cognitifs. Outre le marché local, l’entreprise vise l’exportation.
« Le défi africain est de produire mieux avec plus de valeur locale, pour que l’excellence de notre cacao soit reconnue pour sa qualité intrinsèque plutôt que par compassion », concluent les deux frères.














