Le Niari, au coeur des enjeux d’intégration sous-régionale dans le sud du Congo

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Montage photos Makanisi.©MDMM et JL Haut: péage de Moukondo sur la RN1 ; Gare du CFCO de Dolisie. Au milieu : Gare routière de Dolisie. Bas : Pont-Rail à Makabana ; RN1 en amont de Dolisie, en venant de Pointe-Noire

Bordé par les départements du Kouilou, de la Lékoumou et de la Bouenza, frontalier avec le Gabon au nord, l’Angola (enclave de Cabinda) et la République Démocratique du Congo (RDC) au sud, le Niari relie l’Afrique centrale à l’Afrique australe, via Nyanga et Mbinda qui ouvrent sur le Gabon, et via Kimongo et Londela-Kayes, qui donnent accès à l’Angola (Cabinda) et à la RDC.

Le Niari dispose d’un grand potentiel naturel, forestier, agropastoral et minier, en fer notamment. Mais l’enclavement d’une partie du département, qui réduit les échanges tant à l’intérieur du territoire départemental qu’avec les départements congolais et les États voisins, ainsi que le faible taux d’électrification et d’accès à la fibre optique (internet) limitent la montée en puissance des activités économiques et rendent difficile le quotidien des populations.

L’augmentation de l’offre en électricité, le développement de réseaux de distribution locale de fibre optique de type FTTH (fibre optique jusqu’au domicile), l’extension du réseau routier bitumé et la réhabilitation du rail permettraient de doper l’économie départementale, d’améliorer le niveau de vie des habitants et de faire du Niari un espace d’intégration sous-régionale entre le Congo et ses voisins, dans la perspective de la mise en œuvre prochaine de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Un département carrefour…

Le Niari est un département carrefour, avec Dolisie, sa capitale, comme centre. Mais, malgré la présence de trois routes nationales, d’un chemin de fer et d’un aéroport, il est en partie enclavé. Sa fonction de carrefour est liée à la présence de la RN1 et des deux tronçons ferroviaires du CFCO, lesquels convergent à Loudima dans la Bouenza.

Jadis, avant l’ouverture du port de Port Gentil au Gabon, le chef-lieu du département était un centre dynamique, car l’axe principal, par lequel s’organisaient les échanges des régions du sud du Gabon (la Ngounié, la Nyanga), passait par le Congo,  pour aboutir au port maritime de Pointe-Noire. D’où le nom de « route du Gabon » donné à la RN5 entre Nyanga et Dolisie, via Kibangou. La voie ferrée de l’ex-Compagnie Minière de l’Ogooué (Comilog) servait également à évacuer vers Pointe-Noire, les produits miniers, notamment le manganèse, du Haut-Ogooué.

… mais en partie enclavé

Cette vocation de plaque tournante, interdépartementale et sous-régionale, est limitée pour plusieurs raisons. La RN1, qui relie Brazzaville à Pointe-Noire et traverse le département sur 45 km, via Dolisie, est certes entièrement bitumée. En revanche, ce n’est pas le cas des deux autres routes nationales avec lesquelles la RN1 forme un réseau.

Longue de 265 km, la RN5 connecte la frontière gabonaise (Mbinda) à celle de la RDC, (Londela-Kayes) via Nyanga, Kibangou, Dolisie et Kimongo. Mais elle est loin d’être totalement bitumée. La RN6, qui s’étend sur 261 km entre Mbinda, ville frontière avec le Gabon, dans le nord-est du Niari, et Mila-Mila, situé à 77 km du chef-lieu départemental, est dans le même état.

Le reste du réseau routier est formé de départementales, de routes d’intérêt local et non classées, plus ou moins carrossables et entretenues. La partie nord du Niari est la zone où certains districts sont difficilement accessibles. 

Ferroviaire et aérien

Le Niari est traversé par deux tronçons du réseau du Chemin de fer de Congo Océan (CFCO), qui se rejoignent à Loudima dans la Bouenza. L’un est le tronçon Moukondo-Tao-Tao-Dolisie-Mont Bello (83 km), qui se trouve sur la ligne Brazzaville – Pointe-Noire.  L’autre est la voie de l’ex-Comilog, longue de 285 km, qui connecte Mont-Belo à Mbinda (frontière avec le Gabon). Ce tronçon a servi à évacuer le manganèse produit à Franceville au Gabon.

Pour l’heure, rails, matériel roulant et gares du CFCO sont à refaire et à moderniser. Ainsi le train ne fournit pas les services qu’il pourrait proposer, tant pour le transport des voyageurs que des marchandises. Par ailleurs, le mauvais état du réseau ferroviaire a différé le lancement des travaux d’un port sec à Dolisie, un projet du Conseil Congolais des Chargeurs, annoncé au début des années 2020.

Dolisie dispose d’un aéroport national, de classe B, dont la piste a été aménagée pour recevoir des avions de type Boeing 727. Mais, sa desserte par des vols domestiques n’est plus régulière. Il existe aussi un aérodrome à Mossendjo.

Quant au réseau fluvial, son usage est limité à la pêche ou à l’irrigation, car peu praticable par des bateaux d’un certain tirant d’eau.

Infrastructures énergétiques…

Dolisie est connectée au réseau électrique national, via le poste de transformation et de dispatching de Loudima (département de la Bouenza). Mossendjo est équipée d’une centrale thermique (1250 KVA) et Makabana alimentée par un groupe électrogène.  Les travaux de construction d’un poste HT-MT à Dolisie, sont en cours. À partir de ce poste, une travée est réservée vers Mossendjo. Ce qui devrait permettre d’alimenter Makabana, Mayoko, voire Mbinda.

En mai 2022, le gouvernement et le consortium sino-congolais composé d’Energaz  et de China Grezhouba Group Corporation (GGGC) ont signé une convention pour la construction de deux barrages hydroélectriques : Morala (101 MW) et Nyanga (230 MW). Energaz est un partenariat entre la société congolaise Sapro Group et Aksa Enerji Uretim A.S, une filiale de la société turque Kazanci Holding. Pour l’heure, les travaux n’ont guère avancé.

L’espoir repose aussi sur la réalisation du barrage hydroélectrique de Sounda (600 MW), dont la construction, qui devait initialement commencer en janvier 2025, a été reportée.

…et numériques

Dans le cadre du projet Central African Backbone (CAB), le Congo et le Gabon ont été interconnectés par un réseau de fibre optique haut débit. Mis en service en 2017, ce réseau (backbone) terrestre, long de 521 km,  part de Pointe-Noire pour aboutir à Lékoko, près de Mbinda (frontière avec le Gabon), en suivant la ligne du CFCO, via Dolisie, Makabana, Mossendjo et Mayoko. Mais déployée sans gaine de protection et en partie vandalisée, l’infrastructure a été réhabilitée par la société Mamb Services, qui a obtenu le contrat de délégation de service public pour la gestion, la commercialisation, l’exploitation et la maintenance de ce réseau.

Cet opérateur d’infrastructure de fibre optique et transporteur de capacités commercialise l’accès à son réseau en fibre optique, via des offres de gros, à des Fournisseurs d’accès à Internet (FAI), dont des opérateurs de télécommunication (Airtel Congo, MTM Congo, Congo-Telecom). Ces derniers proposent, à leur tour, des services Internet et autres à des particuliers.

Dolisie est le plus gros marché Internet du département. Pour l’heure, il n’y a pas encore de demande importante provenant d’entreprises ou de services publics établis dans les centres urbains de l’intérieur, comme Mossendjo, Makabana ou Mbinda. Dans ces villes et les petits bourgs, les entreprises, les institutions et les particuliers se connectent à Internet via la 3G. En revanche, les zones rurales sont très mal desservies. Ainsi, la fracture numérique est très marquée dans le Niari, avec une dépendance forte au mobile (3G) et, dans une moindre mesure, aux connexions radio ou satellite.

Lire aussi : Le Niari, terre de rencontres, perpétue sa tradition de formation de cadres https://www.makanisi.org/le-niari-terre-de-rencontres-perpetue-sa-tradition-de-formation-de-cadres/

Des manques à gagner pour le département et l’intégration sous-régionale

Le manque d’infrastructures de transport, numériques et énergétiques prive le Niari de revenus, d’emplois et de nouvelles activités, en particulier dans la transformation des ressources forestières, agricoles, pastorales et minières locales, ainsi que dans les services, notamment la logistique. Cette carence a d’ailleurs conduit des forestiers à privilégier Pointe-Noire pour la transformation du bois. Cela pourrait être le cas pour le fer.

Ce déficit infrastructurel compromet aussi la vocation d’espace d’intégration sous-régionale du département, et du Congo, dans le sud du pays, alors que la mise en œuvre de la Zlecaf est proche. La RN1, bitumée, reste actuellement le seul mode de transport opérationnel, mais elle permet surtout des liaisons, à l’extérieur du département, sur l’axe nord-sud du Congo, entre Pointe-Noire et Brazzaville. En témoigne l’activité de la gare routière de Dolisie. En revanche, les échanges entre le Niari et les pays voisins sont limités.

La réhabilitation et le renforcement des infrastructures, qu’elles soient de transport (route et rail) énergétiques ou numériques, restent un défi pour le département. Leur renforcement positionnerait le Niari comme un véritable espace d’intégration sous-régionale, dans le cadre de la Zlecaf.