
Lorsqu’il s’agit d’établir la liste des principaux peuples d’Afrique, les Bantous occupent une place de premier plan. Il est communément admis qu’ils constituent l’un des ensembles humains les plus importants sur le plan démographique en Afrique centrale et en Afrique australe, où ils sont installés depuis plus de quatre millénaires. Les chercheurs situent généralement leur berceau dans le bassin du lac Tchad, d’où ils auraient progressivement migré vers le sud.
Quels sont leurs traits caractéristiques? Qu’est-ce qui les différencie des autres peuples d’Afrique subsaharienne, notamment des Pygmées (Peuples autochtones) et des Nilotiques ? Quels rapports entretiennent-ils avec les vivants et les ancêtres ? Quelle est leur conception de l’individu, de la communauté ? Sur quoi sont fondées leur philosophie et leur cosmogonie ?
À toutes ces questions, et à bien d’autres encore, posées par Muriel Devey Malu-Malu, Arthur Malu-Malu et Jean Lignongo, l’abbé Dieudonné Mushipu Mbombo, à la fois docteur en théologie et philosophe, apporte des éléments de réponse dans cette longue interview que nous publions en trois parties dont la première concerne l’histoire des Bantous.
Cet entretien invite à une profonde réflexion sur la place que les Bantous peuvent occuper dans le monde contemporain, en cultivant la solidarité et en se servant de leur héritage commun pour faire face aux défis d’un XXIᵉ siècle en profonde mutation, dans un monde où les pôles de puissance bougent lentement mais sûrement.

Une proximité linguistique
Les Bantous établis dans les différents pays d’Afrique centrale et australe ont-ils quelque chose en commun ? Oui, répond l’ethnographe allemand Wilhelm Bleek qui, dès 1859, mit en évidence une proximité linguistique entre ces peuples. Derrière cette proximité linguistique se cache une vision commune de l’homme, de la communauté et du monde, qui va au-delà des frontières héritées de la colonisation.
Redécouvrir les liens
À l’heure où la mondialisation transforme les économies, accélère les échanges, avec des avancées et des reculs, tout en favorisant une circulation sans précédent des idées, des technologies et des cultures, elle suscite également, dans plusieurs régions du monde, des mouvements de repli identitaire. Face aux incertitudes économiques, aux tensions géopolitiques et aux mutations culturelles, de nombreuses sociétés tendent à se refermer sur elles-mêmes. Dans ce contexte, les peuples qui partagent une histoire, des valeurs, une vision du monde et un héritage spirituel et culturel commun sont appelés à redécouvrir les liens qui les unissent afin de mieux défendre leurs intérêts et affronter l’avenir dans la sérénité.
Un patrimoine historique et culturel exceptionnel
Les Bantous, répartis aujourd’hui dans une vingtaine de pays et parlant des centaines de langues apparentées, disposent d’un patrimoine historique et culturel exceptionnel. Dans un monde où les grands ensembles régionaux – certains diraient les grandes aires « civilisationnelles » –, tendent à renforcer leur cohésion pour mieux peser sur les enjeux internationaux, la solidarité entre les peuples bantous apparaît comme un enjeu majeur. Faire bloc ne signifie ni nier les identités nationales ni effacer les spécificités locales ; il s’agit plutôt de promouvoir une coopération fondée sur une mémoire commune, des valeurs partagées et une volonté collective de relever les défis du développement, de la préservation des cultures et de leur transmission aux générations futures.
Dans cette première partie, l’abbé Dieudonné Mushipu Mbombo se penche sur l’histoire des Bantous et la signification de leur nom.
Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu, Arthur Malu-Malu et Jean Lignongo
Makanisi : Pouvez-vous nous éclairer sur l’origine, les lieux de vie et l’histoire des peuples bantous ?

Dieudonné Mushipu Mbombo : Les Bantous (ou Bantus) sont des peuples d’Afrique noire qui se concentrent depuis plus de 4000 ans au centre du continent. Ils sont installés entre les deux fleuves Niger et Kongo. On situe leur origine dans le bassin du lac Tchad. De là, ils ont migré vers le sud, en s’installant dans la région des Grands lacs, en Afrique centrale et dans la partie australe du continent. Les historiens lient leur dispersion à l’archéologie de la métallurgie du fer. Raison pour laquelle ils ont établi leur territoire aux environs de la forêt équatoriale entre 2000 et 1000 ans avant Jésus Christ.
Les principaux groupes bantous sont notamment les Ndébélés et les Shonas du Zimbabwe, les Zoulous d’Afrique du Sud, les Sukumas de Tanzanie, les Kikuyus du Kenya, les Fangs, les Luluas, les Bakubas, les Bangalas, les Bakongos, les Tékés, les Lubas, les Bamouns, les Bassas et les Hutus en Afrique centrale, ainsi que les Bagandas, les Tongas, les Bachuanas, les Hereros, les Swazis, les Sothos, les Xhasas et bien d’autres en Afrique australe.
D’où vient le terme Bantou et quelle est la signification de la racine ntu ?
Le terme bantou ou bantu est connu dans l’histoire ethnographique à partir des études de l’Allemand Wilhem Bleek, en 1859. Il tire son origine des langues de ces peuples dont l’homme se nomme « muntu » et les hommes « bantus » au pluriel. Le terme dérive de sa racine « ntu » qui signifie « l’être », ce qui est ou ce qui pourrait être : d’où la distinction entre l’être humain et l’être « chose », « cintu » au singulier et « bintu » au pluriel.
Les Bantous ont des langues très apparentées parmi lesquelles les plus importantes sont le swahili parlé en Afrique de l’Est, le lingala et le kikongo dans le bassin du Congo, le tshiluba au centre de la République démocratique du Congo, le zoulou en Afrique du Sud.













