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mercredi 30 septembre 2020
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Congo-B. Comment attirer des investissements dans l’agriculture ?

L’agriculture congolaise utilise, pour l’essentiel, des techniques rudimentaires. Malgré ses nombreux atouts, le Congo importe une grande partie des produits alimentaires qu’il consomme. Les autorités comptent changer la donne et attirer des investisseurs étrangers dans le secteur pour atteindre, à terme, l’autosuffisance alimentaire. 

Une délégation gouvernementale congolaise s’est rendue fin février à Amsterdam, aux Pays-Bas, pour tenter de séduire de potentiels investisseurs dans le secteur agricole. Le Congo a de nombreux atouts à faire valoir. Le pays est arrosé sur toute l’année par un impressionnant réseau de rivières et de cours d’eau dont certains sont des affluents du fleuve Congo. Riche de ses quelque 10 000 000 d’hectares de terres arables, dont une faible proportion (4 %) est mise en valeur, il dispose d’une population majoritairement jeune et plutôt bien formée.

L’accès au foncier a été facilité par la mise en place du bail emphytéotique et les délais de création d’entreprises ont été considérablement réduits.

Conscient de ses forces, le pays a entrepris des réformes pour rendre le secteur plus attractif. L’accès au foncier a été facilité par la mise en place du bail emphytéotique et les délais de création d’entreprises ont été considérablement réduits. Il est aujourd’hui possible, en théorie, d’y créer une entreprise en 48 heures. Toutes les démarches peuvent être effectuées au sein d’un guichet unique, à l’Agence congolaise pour la création des entreprises, qui dépend du ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’artisanat et du secteur informel. Une réflexion a également été engagée pour simplifier et assouplir un système fiscal complexe et générateur de corruption. Une situation que déplorent régulièrement des investisseurs, en proie au harcèlement fréquent d’agents de l‘administration fiscale.

Depuis son accession à l’indépendance, en 1960, le pays peine à faire de l’agriculture un puissant moteur de développement.

Défi majeur

Depuis son accession à l’indépendance, en 1960, le pays peine à faire de l’agriculture un puissant moteur de développement et de diversification. Le bilan est globalement négatif dans le secteur, comme dans bien d’autres. L’agriculture  reste, pour l’essentiel, de type familial, peu mécanisée et à faible rendement. Malgré le potentiel, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la production locale ne parvient ni à répondre aux besoins d’une population estimée à quelque 5 millions d’habitants répartis sur un territoire de 342 000 km2, ni à exporter un surplus. Le Congo importe près de 70 % des produits carnés qu’il consomme, pour un coût annuel estimé à 600 milliards de FCFA (près de 900 millions d’euros et un peu plus en dollars). Manifestement, beaucoup reste encore à faire pour que le Congo atteigne ses objectifs prioritaires et que l’agriculture devienne  productive et compétitive. Le défi est de taille comme le reconnaît Henri Djombo, le ministre d’Etat chargé de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.  « La sécurité alimentaire et nutritionnelle demeure le défi majeur de l’action publique », estime-t-il.

« La sécurité alimentaire et nutritionnelle demeure le défi majeur de l’action publique », estime Henri Djombo, le ministre d’Etat chargé de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

2 milliards de dollars d’investissements  pour moderniser l’agriculture

Même s’ils mettent en avant la paix et la stabilité politique qui règnent dans ce pays d’Afrique centrale dirigé depuis 1979 (sauf entre 1992 et 1997) par le président Denis Sassou N’Guesso, les dirigeants congolais reconnaissent que la bataille alimentaire n’est pas encore gagnée. Loin de là. Si on s’en tient aux chiffres du plan national de développement 2018-2022, le Congo aurait besoin, grosso modo, de 2 milliards de dollars d’investissements privés et publics pour moderniser son agriculture en vue de parvenir, à terme, à l’autosuffisance alimentaire, dans un contexte où les importations de produits en provenance de contrées lointaines suscitent des préoccupations écologiques. Les autorités de Brazzaville savent qu’à la conférence sur les changements climatiques organisée sous l’égide de l’ONU à Paris en 2015 (COP 21), la majorité des pays du monde, dont le Congo, se sont engagés à réduire significativement leurs émissions de CO2. Le pays est-il sur la bonne trajectoire ? Rien n’est moins sûr.

Selon le Plan national de développement 2018-2022, le Congo aurait besoin, grosso modo, de 2 milliards de dollars d’investissements privés et publics pour moderniser son agriculture

Diversification de l’économie

Le développement de l’agriculture est une nécessité qui s’impose au Congo, car le troisième producteur de pétrole en Afrique subsaharienne après le Nigeria et l’Angola, cherche, depuis plusieurs années, à réduire la dépendance de son économie au pétrole. Le gros des revenus de l’Etat (près de 80 % de ses recettes) provient des exportations d’or noir. Même s’il a rejoint l’organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) en 2018, le Congo n’a pas les moyens d’influer sur les cours. Les prix sont fluctuants sur les marchés internationaux et leur courbe est soumise à des calculs géopolitiques que ce pays ne maîtrise pas. Les récentes baisses liées à la propagation du coronavirus nuisent aux pays producteurs. Cette situation incite à comprimer les dépenses publiques du Congo déjà réduites après la dégringolade de 2014.

Des relations en dents de scie avec le FMI

Les autorités se sont tournées vers le Fonds monétaire international (FMI) pour tenter d’obtenir des appuis budgétaires. Le pays, qui dispose d’une marge de manœuvre limitée, ploie sous le poids d’une dette estimée en 2017 à près de 120 % de son PIB. En juillet 2019, le Congo a signé avec le FMI un accord triennal au titre de la Facilité élargie de crédit d’un montant de près de 450 millions de dollars, à l’issue de deux ans de négociations difficiles. Mais en décembre 2019, l’institution a reporté le versement de la deuxième tranche (plus de 40 millions de dollars) de cette aide.

Mais en décembre 2019, l’institution a reporté le versement de la deuxième tranche (plus de 40 millions de dollars) de cette aide.

Les versements du FMI sont conditionnés à la mise en œuvre d’une série de réformes qui vise en particulier à réduire le train de vie de l’Etat et à rendre soutenable une dette qui obère son budget d’investissement. Le Fonds a sûrement estimé que les efforts fournis par Brazzaville pour bénéficier de son assistance étaient insuffisants.

La diversification de l’économie, longtemps assimilée à un simple slogan, semble être prise au sérieux par les autorités, qui n’ont plus beaucoup de cartes en main pour tenter de redresser une situation économique fort peu reluisante. Dans cette optique, l’agriculture représente un levier important.

Bilan d’Amsterdam

La délégation congolaise conduite par le premier ministre Clément Mouamba est repartie d’Amsterdam avec de l’espoir et des promesses de mise en œuvre d’un éventail de projets innovants portant sur plusieurs millions de dollars au total.

Reste à savoir comment toutes ces déclarations de bonnes intentions seront traduites en investissements concrets pour aider le Congo à rompre avec ses mauvais choix d’autrefois, lui qui aspire à rejoindre le club restreint des pays émergents d’ici 2030.

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