Congo-Brazzaville : l’économie en quête d’un nouveau souffle

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Façade de la Chambre de commerce, d'industrie, d'agriculture et des métiers de Pointe-Noire. ©Valloni

Le Congo a fêté, le 15 août, le 65ème anniversaire de son accession à l’indépendance. À l’heure du bilan, le pays s’interroge sur son parcours pour corriger ce qui doit l’être pour assurer sa marche vers le développement. Sur le plan économique, des avancées ont été réalisées, mais beaucoup reste à faire pour que la majorité des quelque 6 millions de Congolais voient leur quotidien s’améliorer de manière significative.

Didier Mavouenzela, le président de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers de Pointe-Noire, pose un regard lucide sur l’économie congolaise qui est en quête d’un nouveau souffle.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu.  

Makanisi : Sur quel projet travaille la Chambre ?

Didier Mavouenzéla. ©Valloni

Didier Mavouenzela : La Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers de Pointe-Noire travaille sur un nouveau projet d’accompagnement des entreprises. Nous nous sommes rendus compte que malgré les méthodes d’accompagnement mises en place, les résultats ne sont pas vraiment satisfaisants. Il s’agit, pour nous, d’analyser ce qui se fait dans d’autres pays. Nous nous sommes mis en rapport avec le Centre du commerce international qui va travailler avec nous, pour nous permettre de mettre en place des guides de bonnes pratiques de fabrication, destinés aux entreprises, qui comporteront plusieurs aspects : la qualité, l’hygiène, les normes, etc.

Nous procéderons à la formation de conseillers d’entreprise qui auront pour mission de mettre en application les grandes orientations de ces guides. Nous allons également travailler sur les emballages et la mise en place d’un label qualité. C’est pour sécuriser les consommateurs. Si nous laissons nos entreprises en l’état, nous risquons d’en payer le prix fort, surtout dans la perspective de la ZLECAF, la Zone de libre-échange continentale africaine. D’où la nécessité de mettre nos entreprises à niveau. Ce vaste programme, qui démarre au dernier trimestre de 2025, s’étalera sur trois ans.

Nous sommes également favorables à la création du statut de l’entreprenant, qui s’acquerrait par une inscription aux greffes du tribunal

Qu’en est-il du climat des affaires ?

Nous réfléchissons toujours à l’amélioration du climat des affaires. Nous envisageons de rendre accessible l’agrément de mise sur le marché de produits industriels pour les PME. Les produits seront analysés en laboratoire. Un agrément sera ainsi accordé aux entreprises qui se conforment aux normes établies pour sécuriser les consommateurs. Si l’accompagnement de ces entreprises s’effectue comme nous le souhaitons, nous allons examiner les questions liées à la commercialisation et organiser des rencontres acheteurs-vendeurs. Nous examinerons, en outre, l’opérationnalisation de l’arbitrage et de la médiation. Il y a quelques années, grâce à une subvention de l’Union européenne, nous avions œuvré en faveur de la mise en place du centre de médiation et d’arbitrage du Congo, à Pointe-Noire et à Brazzaville. Mais malheureusement, ces structures n’ont pas eu d’affaires à traiter. Nous sommes également favorables à la création du statut de l’entreprenant, qui s’acquerrait par une inscription aux greffes du tribunal. L’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) a associé ce statut à un régime fiscal forfaitaire. Les entreprenants seront au forfait pendant une période de 5 ans, au-delà de laquelle ils seront obligés de changer de statut. C’est assez souple pour permettre aux entreprenants de traverser plus facilement la période où le risque de mortalité est plus grand pour les entreprises. Nous préconisons l’intégration de l’arbitrage et de la médiation dans le code des procédures commerciales. Nous allons aussi mettre à jour notre plateforme Liziba en tenant compte du nouveau découpage administratif en vertu duquel le nombre de départements est passé de 12 à 15. Nous allons enfin organiser une rencontre entre des investisseurs européens et des investisseurs congolais, que nous comptons élargir aux entreprises de la sous-région.

Nous allons organiser une rencontre entre des investisseurs européens et des investisseurs congolais, que nous comptons élargir aux entreprises de la sous-région.

Pourquoi les entreprises rechignent-elles à recourir à la médiation et à l’arbitrage ?

Le blocage est lié à un déficit de pédagogie et aux habitudes. Nous avons regardé les pays qui ont mis en place ce mode de règlement de conflits. Certains d’entre eux ont intégré l’arbitrage et la médiation dans le Code. Le Burkina Faso, qui est très avancé dans ce domaine, a intégré dans son Code de procédure commerciale l’arbitrage et la médiation. La loi détermine ainsi le type de différend qui doit être réglé par l’arbitrage et la médiation. L’idée est de garantir un volant d’affaires aux centres de médiation et d’arbitrage pour les rendre pérennes.

Comment le Congo envisage-t-il la ZLECAF ?  

Il faut que les entreprises soient prêtes à affronter la concurrence qui viendra des autres pays africains. Nous devons renforcer nos entreprises. Nous voulons faire émerger un nouveau mode d’accompagnement des entreprises, pour envisager, dans la sérénité, la ZLECAF.

La diversification de l’économie ne se décrète pas

Où en est la diversification de l’économie tant attendue ?

La diversification de l’économie ne se décrète pas. Je crois qu’il faut créer les conditions favorables au développement des entreprises au Congo pour qu’on ait une économie diversifiée. Si ces conditions sont réunies, nous aurons inévitablement une économie diversifiée parce que le Congo a des avantages comparatifs qui permettraient d’entreprendre dans des domaines autres que le secteur pétrolier. Le Congo a des atouts dans plusieurs domaines, donc forcément, il aura une économie diversifiée. La clé, pour moi, est l’amélioration du climat des affaires.

Lire aussi : La république du Congo en chiffres. Indicateurs clefs. Éd. 2025. https://www.makanisi.org/la-republique-du-congo-en-chiffres-indicateurs-clefs-ed-2025/

Quelles sont les forces de l’économie congolaise ?

Pour connaître les forces d’une économie, il faut partir de sa géographie. Les forces de l’économie congolaise sont liées à la géographie du Congo. Nous sommes au bord de la mer, nous avons un port en eau profonde, les richesses issues de la mer et un positionnement stratégique par rapport à d’autres pays de la sous-région, qui fait du Congo un pays de transit. Nous disposons également de terres arables, de minerais, etc. Bref, les forces de l’économie congolaise devraient d’abord provenir de tous les avantages que la nature a donnés au Congo. Le Congo mise sur ses dotations factorielles.

Force est de constater qu’aujourd’hui, le pouvoir est parfois plus enclin à bloquer qu’à favoriser les entreprises

Quelles en sont les faiblesses ? 

Nous n’avons pas un environnement suffisamment adapté à la pratique des affaires. L’une des faiblesses est, à mon avis, historique : nous avons été marxistes-léninistes pendant près de 30 ans. La propriété privée n’était pas mise en avant. Nous avons ainsi perdu presque la moitié des 65 années de notre vie post-indépendance. En gros, à cette époque, n’entreprenait que celui qui n’avait pas réussi à l’école. L’entreprenariat n’était pas favorisé. Le Congo est appelé à rattraper son retard. L’État doit donc favoriser le développement des entreprises. Cependant, force est de constater qu’aujourd’hui, le pouvoir est parfois plus enclin à bloquer qu’à favoriser les entreprises. Sinon, le Congo possède les atouts qu’il faut pour que son économie soit prospère.

Parmi les faiblesses, il y a aussi des problèmes de gouvernance…  

La gouvernance peut toujours être améliorée. L’amélioration du climat des affaires a, bien sûr, un lien avec la gouvernance.

Y a-t-il plus de transparence dans l’attribution des marchés publics ?

Les lois existent sur les marchés publics. Toutefois, l’existence des lois est une chose et leur application effective en est une autre. Le plus important est que les lois soient appliquées. Nous avons l’arsenal juridique nécessaire qu’il faut à propos des marchés publics.

Le Congo peut-il se vanter d’être un vivier de compétences ?

La formation est un vrai défi. Le gouvernement a mis en place le Fonds national d’appui à l’employabilité et à l’apprentissage. Ce Fonds permet de financer la formation et l’employabilité des Congolais. Il y a une prise de conscience de la nécessité de renforcer les capacités des Congolais pour qu’ils puissent servir dans les entreprises.

L’argent du pétrole doit servir à construire les infrastructures nécessaires à l’épanouissement des entreprises

Quel regard portez-vous sur le secteur pétrolier ? 

Le pétrole nous permet d’avoir des ressources pour le développement des entreprises. L’argent du pétrole doit servir à construire les infrastructures nécessaires à l’épanouissement des entreprises. Grâce à la loi sur le contenu local, le secteur pétrolier favorise le développement d’une vraie économie de la sous-traitance.  

Lire aussi : Le Congo-Oubangui : un écosystème lié à l’eau à développer durablement. https://www.makanisi.org/le-congo-oubangui-un-ecosysteme-lie-a-leau-a-developper-durablement/

L’économie de la sous-traitance reste embryonnaire…

L’économie de la sous-traitance est là. Sauf qu’elle est plus portée par des entreprises qui viennent travailler sous le régime de l’autorisation temporaire d’exercice. Il faudrait passer au régime de droit commun selon lequel les entreprises doivent être créées ici pour qu’elles puissent travailler. La loi sur le contenu local permettra d’atteindre ce résultat.