
Le marché des capitaux de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (Cemac) est encore peu connu. Bien que limité, il commence toutefois à se structurer et à se développer sur les marchés tant financier que monétaire. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale est en expansion et, sur le marché financier, de nouvelles sociétés font leur apparition comme la Société nationale des pétroles du Congo, qui vient d’émettre une obligation de 300 milliards de FCFA, mobilisée pour ses besoins d’investissement
Saviendra Youndzi Ndinga Afa, responsable des opérations chez Premium Capital Securities (PCS), a bien voulu répondre aux questions de Makanisi.
Propos recueillis à Brazzaville par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Comment se présente le marché des capitaux de la Cemac ?
Saviendra Youndzi Ndinga : Le marché des capitaux de la Cemac se répartit entre le marché financier et le marché monétaire. Ce dernier compte un marché spécial appelé le marché des Titres publics dédiés uniquement aux États qui sont les uniques émetteurs.
Quels sont les instruments financiers dont disposent les États ?
Pour les États de la Cemac, les instruments de financement sont, sur le marché financier, les emprunts obligataires (obligations) et les actions, et, sur le marché monétaire, les Obligations du Trésor assimilables (OTA) et les Bons du Trésor assimilables (BTA). Les OTA sont des titres de dette que les États émettent, sur le moyen ou le long terme, pour des besoins d’investissement ou parfois de trésorerie. Les BTA sont des titres à court terme sur le marché des Titres publics, que les États peuvent émettre pour leurs besoins de trésorerie.
De quels instruments disposent les entreprises privées ?
Sur le marché financier, dont les émetteurs sont aussi bien des entreprises privées et publiques que des États, les instruments émis sont de deux types : les obligations (emprunts obligataires) sur le moyen ou le long terme et les émissions d’actions (Bourse), dédiées uniquement aux entreprises et aux sociétés publiques.
Pour résumer, les États, les sociétés privées et les sociétés publiques peuvent émettre des obligations afin de lever des fonds sur les moyen et long termes pour leurs besoins d’investissement. Mais seules les sociétés privées et publiques peuvent émettre des actions.
La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) a été créée le 27 juin 2003 au Gabon.
Comment fonctionne le marché financier ?
Le marché financier a deux compartiments : le marché primaire et le marché secondaire, c’est-à-dire la bourse. La bourse de la Cemac, qui s’appelle la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), a été créée le 27 juin 2003 au Gabon. Elle regroupe six pays : le Congo, le Gabon, le Cameroun, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale. Le marché primaire propose des actions et des obligations, qui sont émises, en premier, sur ce marché. Une fois l’opération clôturée, l’investisseur qui a acquis des titres, peut les céder sur le marché secondaire.
Toutefois, pour le cas de la Cemac, ce n’est pas automatique. Il y a un processus particulier. Les titres sont envoyés à la Banque centrale, pour codification. Puis, il y a une première séance de cotation au niveau de la BVMAC. Une fois cotés, les titres peuvent être vendus et rachetés par d’autres acquéreurs sur le marché secondaire. Si une entreprise veut faire de nouvelles émissions, le schéma reste le même. La première réponse à un besoin se fait d’abord sur le marché primaire, avant de passer sur le marché secondaire, où l’émetteur n’est plus vraiment concerné. Car tout se passe alors entre acheteurs et vendeurs sur la Bourse.
La Cemac compte au total 25 sociétés de bourse. Certaines sont présentes dans plusieurs pays. En tête, figure le Cameroun avec 21 sociétés.
Quels rôles jouent les sociétés de bourse ?
Les sociétés de bourse sont des intermédiaires entre le demandeur et la Bourse. Le demandeur n’est pas habilité à faire le montage financier. C’est la société de bourse qui fait le montage financier et structure l’opération jusqu’à la vente des titres (actions ou obligations). Elle gère toutes les souscriptions des investisseurs. Sur le marché de la Cemac, les investisseurs doivent, en effet, passer par un intermédiaire de marché. Ils ne peuvent pas aller voir directement l’émetteur et passer un ordre directement sur le marché. Ainsi émetteurs et investisseurs doivent passer par les sociétés de bourse. Ces dernières jouent aussi un rôle de conseil en investissement financier. Mais il existe également des sociétés de conseil ou des conseillers en investissements financiers (CIF), mais qui ne sont pas habilités à faire des opérations de placement.
Combien y a-t-il de sociétés de bourses agréées sur le marché financier de la Cemac ?
La Cemac compte au total 25 sociétés de bourse. Certaines sont présentes dans plusieurs pays. En tête, figure le Cameroun avec 21 sociétés. Le Gabon en compte 3 : Premium Capital Securities, Financia et BGFI Bourse. Le Congo en comprend quatre : Premium Capital Securities, l’Archer, LCB Capital et Elite capital, qui vient de s’installer. Le marché des sociétés de bourse s’y est développé après la fusion des deux bourses. La première était la Financière. La Guinée équatoriale en a deux et le Tchad une seule (CBT Bourse). La Centrafrique ne compte que des CIF.
En zone Cemac, la culture boursière est encore peu développée.
Qui sont les investisseurs de la CEMAC ?
Ceux qui apportent les financements, c’est-à-dire les investisseurs, sont des ressortissants des pays de la Cemac mais également hors Cemac, quel que soit le pays. Ils ont généralement un profil prudent. En zone Cemac, il faut noter que la culture boursière est peu développée. Seuls ceux qui ont cette culture, achètent aussi bien des actions que des obligations. Toutefois, le marché des actions est limité. Les plus « gros », ceux qui tiennent le marché, sont des institutionnels tels que des banques, des compagnies d’assurance, des fonds d’investissement ou des entreprises. Il existe quelques rares particuliers, qui, eux, achètent davantage d’actions que d’obligations. Le montant minimum d’une obligation est de 10 000 FCFA. Celui d’une action varie de 21 000 FCFA à 45 000 FCFA. Voire plus.
Quelles sont les caractéristiques des pays de la CEMAC sur ces marchés ?
Comme je l’ai précisé plus haut, le marché des actions est très limité dans la Cemac, une situation liée au manque de culture boursière. Seul le Cameroun se distingue sur ce plan. Il est vrai que ce pays a une longueur d’avance, car il a eu sa propre bourse, la Douala Stock Exchange, créée en 2001. La fusion entre la Douala Stock Exchange et la BVMAC s’est opérée en 2019. Il existe donc des investisseurs camerounais depuis longtemps. En outre, le Cameroun est le pays le plus dynamique sur le plan économique, le plus peuplé de la zone et celui qui compte le plus d’entreprises privées.
Au Congo, il n’y a, pour l’heure, aucune société cotée en bourse. La première entreprise qui est venue sur le marché financier est la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), dont nous venons de faire l’émission pour un montant de 300 milliards de F CFA. Le choix s’est porté sur l’instrument « obligations », pour une valeur minimale de 10 000 FCFA. Avant la SNPC, seul l’État animait le marché des obligations.
Tous les États de la Cemac émettent sur le marché des obligations (besoins d’investissement) et sur celui des titres publics (besoins de trésorerie).
Quelle est la situation dans les autres pays de la Cemac ?
La Guinée équatoriale est présente sur les deux marchés. Elle a une société cotée actions, qui est la Banque nationale de Guinée équatoriale (Bange Bank), dont l’action est la plus chère de la Cemac, soit 207 300 FCFA. Côté obligations, la Guinée équatoriale émet surtout des titres publics (OBA et OTA). La Centrafrique n’émet que sur le marché des titres publics. Il n’y a aucune action cotée. Le Tchad n’a encore émis aucune action mais des obligations. Quant au Gabon, il compte une société cotée en bourse, la Société gabonaise de réassurance (SCG-Ré). La Société d’Investissement pour l’Agriculture Tropicale du Gabon (SIAT Gabon) a été radiée de la cote de la bourse sous-régionale en 2023. En résumé, seule la RCA n’est pas présente sur le marché financier. Et seuls trois pays ont des sociétés cotées en bourse : La Guinée Équatoriale, le Gabon et le Cameroun
Quelle est la situation des pays de la Cemac sur le marché des obligations ?
Tous les États de la Cemac émettent sur le marché des obligations (besoins d’investissement) et sur celui des titres publics (besoins de trésorerie). Actuellement le Cameroun est le pays le plus dynamique sur le marché des obligations. En 2024, deux pays émettaient le plus sur le marché des titres publics : le Congo, qui occupait la première place, et le Gabon. En 2025, le Congo est arrivé en deuxième position, derrière le Gabon. Le fait de recourir au marché des titres publics ne signifie pas que le pays n’est tourné que vers des besoins de trésorerie et qu’il est à court en matière de finances publiques. Un État peut recourir au marché par anticipation, en attendant des recettes fiscales ou autres à venir.
À quelle fin la SNPC a-t-elle émis des obligations ?
Aucun émetteur ne peut venir sur le marché sans motiver sa demande et présenter ses projets. La SNPC s’est lancée dans l’exploration (permis onshore Nanga 1 et Mayombe 2) et l’exploitation pétrolières (permis Kouakouala). À cet effet, elle a émis des obligations pour un montant de 300 milliards de F CFA sur le marché financier de la Cemac. Une première tranche, de 100 milliards de FCFA, a été levée pour renforcer les activités de forage et augmenter de manière significative la production pétrolière nationale. C’est une première au Congo, côté entreprise.
Le marché obligataire et des actions est intéressant mais méconnu. Les taux d’intérêt sont attractifs. Le mécanisme de garantie est fiable.
Le marché obligataire et des actions de la Cemac est-il intéressant et fiable ?
Ce marché est intéressant et attractif mais méconnu. La bourse est embryonnaire. On manque d’informations sur l’offre mais aussi sur les entreprises. Le marché est toutefois intéressant car les taux d’intérêt sont attractifs. Le mécanisme de garantie est fiable. Les titres émis sont garantis par la Banque centrale des États de l’Afrique centrale (BEAC). Pour les États, il existe un système qui exige un compte séquestre avant les émissions. Chaque État a un compte unique au niveau de la BEAC qui est mis en garantie. Quand les échéances arrivent, s’il n’y a pas de provision, on débite le compte unique sans autorisation de l’État. C’est impossible de ne pas être remboursé.
Outre le secteur pétrolier, les secteurs les plus attractifs qui ont besoin de financement sont les télécoms, les assurances et le secteur forestier. L’agriculture reste le parent pauvre, car l’industrie agro-alimentaire est encore peu développée dans la Cemac.













