Congo-B : vers une généralisation de l’usage d’Internet ? 

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Déploiement par Infracom du réseau FTTH de Congo Telecom dans le quartier Diata à Brazzaville. Au centre, en jaune : Crépin Nguimbi ©Infracom

Membre du Club Congo-France Numérique (CCFN) depuis 2019 dont il est l’un des fondateurs, Omer Crépin Nguimbi Nsihou en a été élu président, pour deux ans, le 31 juillet dernier.  Ingénieur en Réseau et Télécommunications, doctorant de l’Académie des Sciences et Management de Paris (ASMP), Crépin Nguimbi, qui compte quelque 24 ans d’expériences professionnelles dans les secteurs de la téléphonie mobile et du numérique, est le directeur général d’Infracom Congo et RDC.

Dans cet entretien, Crépin Nguimbi présente le Club Congo-France Numérique et dresse un état des lieux des infrastructures numériques et des opérateurs du numérique du Congo.

Propos recueillis par Muriel DEVEY MALU-MALU

Makanisi : Vous venez d’être élu président du club Congo-France Numérique. Pouvez-vous rappeler les raisons de la création de ce club et ses objectifs ?

Omer Crépin Nguimbi, DG d’Infracom Congo et RDC. @DR

Crépin Nguimbi Nsihou : Le club, qui compte aujourd’hui une vingtaine de membres, est né de la volonté d’entreprises congolaises et françaises de se regrouper pour développer l’écosystème du numérique au Congo. Association à caractère professionnel, le Club est une plate-forme d’échanges et d’opportunités d’affaires dans le secteur numérique pour des entreprises congolaises et françaises.

Le Mémorandum d’entente, qui a prévalu à sa création, a été signé le 15 avril 2019, par Infracom, dont je suis le directeur général, et le Groupe Vivendi Africa, (GVA), dont le directeur général était Yann le Guen.  

La cérémonie s’est déroulée à la Primature, en présence du Premier ministre congolais d’alors, Clément Mouamba, et de l’Ambassadeur de France, Bertrand Cochery, la veille de l’inauguration du salon Osiane des technologies de l’information et de l’innovation. Le Club Congo France Numérique, dont l’ambassade de France est membre fondateur et partenaire direct, a tenu son Assemblée générale constitutive, le 29 mai 2020 et a été lancé officiellement, à Brazzaville, en août 2020.

Le Club Congo France Numérique a tenu son Assemblée générale constitutive, le 29 mai 2020 et a été lancé officiellement, à Brazzaville, en août 2020.

Quels ont été les moments-clefs du Club depuis sa fondation ?

Nous avons eu une mission en France en juin 2019, au cours de laquelle nous avons été reçus à Bercy. Pendant cette mission, divers partenariats ont été conclus, dont celui signé entre Infracom et la société Folan, basée à Lyon et spécialisée dans les infrastructures Data et Telecom, notamment dans la fabrication de câbles fibre optique et autres accessoires. En août 2019, nous avons rencontré le ministre congolais des Télécommunications et la représentante de la Banque mondiale au Congo. Nous avons travaillé avec le ministre des Télécommunications pour étudier comment nous pouvons intervenir comme une entité consultative auprès du gouvernement et des institutions. En 2021, nous avons été reçus lors d’une réunion restreinte par le Conseil d’entreprises France-Afrique centrale du Medef International en France. 

Lire aussi : Crépin Nguimbi, un pionnier de la téléphonie mobile et de la fibre optique au Congo-B https://www.makanisi.org/crepin-nguimbi-un-pionnier-de-la-telephonie-mobile-et-de-la-fibre-optique-au-congo/

Participez-vous à des salons ?

Oui. Le Club participe, chaque année, au Salon Osiane, initié par l’Association Pratic, qui est un important rendez-vous annuel consacré aux technologies de l’information et à l’innovation dans le domaine numérique en Afrique centrale. Nous avons également participé, à FrancoTech, qui a été organisé, à Paris, en octobre 2024, en marge du XIXème Sommet de la Francophonie. Nous y avons présenté plusieurs entreprises du Club, dont Infracom, Nescom Tech, Point Sys.  Nous étions en partenariat avec Unicongo, le syndicat patronal du Congo, autour d’un stand appelé Congo Numérique.

Le club participe, chaque année, au Salon Osiane. Il a également participé à FrancoTech, qui a été organisé, à Paris, en octobre 2024, en marge du XIXème Sommet de la Francophonie

Dans le cadre du Club, combien de partenariats ont-ils été signés ?

Plusieurs partenariats ont été signés. On peut citer les partenariats Infracom-Folam, Infracom-GVA ou Infracom-Tactis. Dans le cadre du Symposium International du Numérique au Congo, Point Sys a participé en tant que partenaire de l’Association Practic aux Journées de Solidarité Numérique.

Le partenariat entre Infracom et Folan portait sur la représentativité du matériel français (fibre optique et accessoires) en Afrique centrale. Ce matériel est fabriqué à l’étranger. Il fallait donc ouvrir un showroom à Brazzaville dédié aux matériels numériques. Aujourd’hui les normes en matière de matériel numérique sont standardisées. Elles sont dictées par l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ces matériels sont fabriqués dans divers pays, mais avec les mêmes normes. L’objectif du showroom vise à donner, au Congo, une plus grande visibilité à une entreprise française spécialisée dans le matériel numérique. Sur ce plan, notre action rejoint les objectifs de la REF-5 qui s’est tenue en juin dernier à Brazzaville, dont le but est de développer des partenariats entre les patronats francophones.

Les actions à mener, en priorité, visent à faire un état des lieux du Club et de ses entreprises membres et à identifier chaque segment du numérique

Vous prenez la succession de Luc Missidimbazi, qui a beaucoup œuvré pour l’essor du club. Quelles actions spécifiques comptez-vous mettre en œuvre ?

Les actions à mener, en priorité, visent à faire un état des lieux du Club et de ses entreprises membres, à identifier chaque segment du numérique, à organiser les entreprises ciblées par segments au sein du Club, à nommer des responsables de pôles, ce qui permettra de capitaliser les savoir-faire des membres de l’association afin qu’ensemble, les entreprises congolaises et françaises puissent participer à des appels d’offres et les remporter. Au final, cette démarche favorisera le transfert de compétences, qui sera profitable aux entreprises congolaises.

L’état des lieux nous permettra d’élaborer une stratégie et un plan d’actions et de mettre en place une campagne de communication pour donner davantage de visibilité à notre Club auprès des administrations congolaises et des institutions, y compris étrangères, et y faire entrer de nouveaux partenaires. Nous élirons un nouveau bureau que nous présenterons et nous lancerons une campagne d’adhésion.

Notre ambition est de nous positionner comme un organe consultatif de l’offre française et congolaise en matière du numérique auprès des gouvernements et des institutions

Nous souhaitons établir des partenariats avec les chambres de commerce, du Congo notamment, et les syndicats patronaux et professionnels dont Unicongo au Congo et Infranews en France. Notre ambition est de nous positionner comme un organe consultatif de l’offre française et congolaise en matière du numérique auprès des gouvernements et des institutions et d’être une force de frappe pour permettre à nos membres de conjuguer leurs compétences pour aller de l’avant.   

Notre démarche étant structurée et ciblée, il n’y a pas de risque qu’une entreprise française prenne la place d’une entreprise congolaise. Cet état d’esprit est d’ailleurs ancré dans notre partenariat. Pour une entreprise française, avoir un partenaire au Congo est moins coûteux, car elle sait qu’elle disposera de compétences locales, ce qui lui permet de cibler seulement les experts qu’elle doit envoyer au Congo.

Le réseau national de fibre optique, qui s’étend sur 3000 km, relie Pointe-Noire, Dolisie, Brazzaville, Oyo et Ouesso et innerve la plupart des départements du pays via des bretelles

Quel est l’état des infrastructures numériques au Congo ?

Les infrastructures numériques du Congo sont assez développées. Dans le cadre du Projet de couverture national (PCN), le réseau national de fibre optique (backbone ou dorsale) a été connecté, en 2012, au câble sous-marin West Africa Cable System (Wacs) via la station d’atterrage de Matombi. Il est exploité et commercialisé par Congo Telecom, une société détenue à 100% par l’État congolais. Depuis 2023, le Congo est également relié au câble 2Africa géré par Meta Platforms, qui fait fonction de backup et permet de décharger le câble Wacs. Il est exploité par Congo Cable.

Le réseau national de fibre optique, qui s’étend sur quelque 3000 km, relie Pointe-Noire, Dolisie, Brazzaville, Oyo et Ouesso et innerve la plupart des départements du pays via des bretelles. Il est exploité et commercialisé par Congo Telecom. Une liaison, appartenant à la société Énergie Électrique du Congo (E2C), relie Liouesso à Ouesso dans la Sangha.

Un réseau secondaire de fibre optique, Très Haute Tension (THT), de 1100 km, appartenant à l’État, a été construit sur les infrastructures aériennes de la société E2C. Une partie de sa capacité est utilisée par Congo Télécom. La capacité inutilisée a été concédée, en septembre 2020, pour une durée de dix ans, au Groupe Yao Corporate, à travers sa filiale Silicone Connect. Il existe aussi des réseaux satellitaires.

Un réseau secondaire de fibre optique, Très Haute Tension (THT), de 1100 km, appartenant à l’État, a été construit sur les infrastructures aériennes de la société E2C.

Des boucles optiques urbaines et métropolitaines ont été construites, principalement à Pointe-Noire, Brazzaville et Oyo, pour un total de 700 km. Il existe aussi 3 data centers à Brazzaville, appartenant, respectivement, à l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (Arpce), au ministère des Finances et à MTN Congo et un à Pointe-Noire (Arpce). Un autre data center, pour l’État, est en cours d’installation.

Dans le cadre de l’initiative Central African Backbone, le Congo a été interconnecté avec le Gabon depuis 2017. Des liaisons fibre optique existent avec le Cameroun et la Centrafrique. Une interconnexion fluviale, de 8 km, avec la RDC a été établie entre Brazzaville et Kinshasa.

Lire aussi. Économie numérique en Afrique : des acquis à consolider https://www.makanisi.org/economie-numerique-en-afrique-des-acquis-a-consolider/

Qui sont les fournisseurs d’accès à Internet ?

Il y a deux types de fournisseurs d’accès à Internet et de services. L’un offre des services orientés vers le marché de détail (PME et particuliers). Le second s’adresse au marché de gros.

Il y a deux types de fournisseurs d’accès à Internet et de services. L’un offre des services orientés vers le marché de détail (PME et particuliers). Le second s’adresse au marché de gros.

Sur la partie fixe, le réseau FTTH (Fiber to the home ou Fibre optique jusqu’au domicile, en français), qui permet l’accès Internet à très haut débit, est en forte croissance. Il s’adresse à des particuliers pour un usage domestique. Son essor favorise, par ailleurs, l’emploi des jeunes dans divers métiers du numérique (installateur, ingénieur, technicien, etc. pour l’installation et la maintenance des réseaux fibre optique à domicile). Ce service est proposé par Congo Telecom et le Groupe Vivendi Africa (GVA), avec sa marque commerciale Canal Box.  

Silicone Connect qui est un opérateur d’infrastructures, propose, pour sa part, du FTTB (Fiber to the business). L’entreprise a trois activités : le backup Internet, le transport en gros, la distribution pour de gros consommateurs d’Internet (grandes entreprises et institutions). Les opérateurs de téléphonie mobile (MTN Congo et Airtel Congo) et Sofia sont d’autres fournisseurs d’accès à Internet.

Sur la partie mobile, les fournisseurs d’accès à Internet sont MTN Congo et Airtel Congo, qui ont une grande couverture et offrent la 3G ou la 4G, voire la 5G.   

Les zones blanches ou mal desservies sont couvertes par Internet mobile et par des liaisons satellitaires. La connexion de ces sites et de bibliothèques ainsi que et la construction de centres multimedia sont financées par le Fonds pour l’accès et le service universels des communications électroniques (FASUCE).

L’ensemble de ce dispositif a permis de réduire les coûts d’abonnement à Internet depuis fin 2023.

Pour faire face à l’avenir, l’accent doit être mis sur la formation aussi bien du côté de l’État que des entreprises privées et du Club Congo-France numérique.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Pour faire face à l’avenir, l’accent doit être mis sur la formation aussi bien du côté de l’État que des entreprises privées et du Club Congo-France numérique. Le développement des infrastructures, des réseaux, des modes d’accès à Internet donne naissance à de nouveaux métiers. Les savoir-faire actuellement développés au Congo portent sur la construction et le déploiement des réseaux des opérateurs (installation, tirage du câble aérien, du PTO, installation de prises, etc.) ainsi que sur la gestion, l’exploitation, et la maintenance de réseaux. Mais nous sommes confrontés à un manque d’expertise locale pointue dans certains domaines. Infracom et d’autres entreprises forment leur personnel. L’État doit accompagner le développement de ce secteur en termes de formation avec une stratégie spécifique et un plan de formation pour pérenniser ses infrastructures. Un autre domaine à développer porte sur la formation de personnels très spécialisés dans les métiers de la cybersécurité et de la criminologie, qui sont des enjeux importants pour notre pays.