RDC – M23 – Rwanda : un conflit qui remonte à loin

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Carte de l'Afrique des Grands Lacs

La guerre menée par les rebelles du M23 et l’armée rwandaise dans l’est de la République démocratique du Congo n’est que la dernière séquence d’un conflit multiforme qui plonge ses racines dans l’Histoire tumultueuse de la région. En toile de fond, il y a des questions diverses et variées liées à la nationalité, l’acquisition de terres, l’exploitation de ressources minières, etc. Le génocide qui a fait environ 1 million de morts en 1994, au Rwanda, a ravivé les tensions dans la région.

En s’appuyant sur des sources officielles en République démocratique du Congo, des données de l’ONU et des travaux d’organismes spécialisés, Makanisi a pu établir une chronologie de repères pouvant permettre de mieux cerner les tenants et les aboutissants de ce conflit, qui a coûté la vie à des millions de personnes depuis des décennies et fait des millions de réfugiés et de déplacés internes.

27 décembre 1892 : l’administration coloniale définit, pour la première fois, la nationalité congolaise. L’article 1 du décret signé par le roi Léopold II, propriétaire de l’État indépendant du Congo, précise que « La nationalité congolaise s’acquiert par la naissance, sur le territoire de l’État, de parents congolais, par la naturalisation, par la présomption de la loi et par l’option ».

1er janvier 1932 : La Belgique, qui gouverne le Ruanda-Urundi en vertu d’un mandat que lui a attribué la Société des Nations (SDN, ancêtre de l’ONU) en 1924, met en circulation des cartes d’identité qui distinguent Tutsis (14% de la population), Hutus (85%) et Twas (1%). L’introduction de ces distinctions exacerbe les tensions entre ces communautés qui vivaient dans une harmonie relative avant la période coloniale.

Novembre 1959 : des affrontements entre Hutus et Tutsis font des centaines de morts au Rwanda. Des milliers de Tutsis quittent le Rwanda pour s’installer dans des pays voisins.

1er décembre 1963 : l’ONU estime à 20 000 le nombre de Tutsis tués au Rwanda après une opération menée par des Tutsis exilés au Burundi contre les institutions rwandaises. Cette situation pousse encore des milliers de Tutsis à quitter le Rwanda.

1er août 1964 : Selon la Constitution dite de Luluabourg, la toute première Constitution adoptée par les Congolais après l’accession du pays à l’indépendance, la nationalité congolaise est attribuée à la date du 30 juin 1960 à « toute personne dont un des ascendants est ou a été membre d’une tribu ou d’une partie de tribu établie sur le territoire du Congo, avant le 18 octobre 1908 ».

5 janvier 1972 : la loi n°1972-002 sur la nationalité zaïroise stipule que « les personnes originaires du Ruanda-Urundi qui étaient établies dans la province du Kivu avant le 1er janvier 1950 et qui ont continué à résider depuis lors dans la République du Zaïre jusqu’à l’entrée en vigueur de la présente loi ont acquis la nationalité zaïroise à la date du 30 juin 1960 » Cette loi est dite loi Bisengimana, du nom de son inspirateur Barthélémy Bisengimana. Né à Cyangugu, au Rwanda, de parents rwandais, Bisengimana, qui a étudié à la faculté polytechnique de l’université Lovanium (actuelle université de Kinshasa), fut le directeur de cabinet du président Mobutu entre mai 1969 et février 1977.

29 juin 1981 : La loi 1981/002 du 29 juin 1981, qui abroge celle du 5 janvier 1972, énonce : « Est zaïrois aux termes de l’article 11 de la Constitution, à la date du 30 juin 1960, toute personne dont un des ascendants est ou a été membre d’une des tribus établies sur le territoire de la République du Zaïre dans ses limites du 1er août 1885, telles que modifiées par les conventions subséquentes ». 

4 août 1993 : un accord est conclu à Arusha, en Tanzanie, entre le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement rebelle rwandais à dominante tutsi et le gouvernement rwandais. Cet accord est censé ramener la paix au Rwanda où les rebelles envisagent de renverser le régime du président Juvénal Habyarimana.

6 avril 1994 : l’avion dans lequel ont pris place le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira est abattu, alors qu’il est sur le point d’atterrir à Kigali. Les auteurs de ce double assassinat ne sont pas clairement identifiés.

6 avril 1994 : L’assassinat de Juvénal Habyarimana déclenche une vague sans précédent de tueries dans le pays.

7 avril 1994 – 7 juillet 1994 : Les massacres à grande échelle ont lieu au Rwanda entre Hutus et Tutsis. Plus tard, l’ONU qualifiera cette tragédie de « génocide des Tutsis ».

Avril 1994 : Des combattants Interhamwe, qui ont pris part aux tueries au Rwanda, et des membres des ex-forces gouvernementales trouvent refuge au Zaïre (renommé République démocratique Congo en 1997, sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila), où ils créent plus tard les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé à dominante hutue qui tient à renverser le pouvoir tutsi installé à Kigali.

19 juillet 1994 : un gouvernement dit d’unité nationale est formé au Rwanda après la victoire militaire des rebelles du Front patriotique rwandais (FPR) contre les forces gouvernementales rwandaises. Paul Kagame (Tutsi) est nommé vice-président et ministre de la défense d’une équipe dirigée par le président Pasteur Bizimungu (Hutu). Mais en réalité, c’est Paul Kagame qui dirige le pays et exerce l’effectivité du pouvoir.

Octobre 1996 : création à Lemera, dans le Sud-Kivu, de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda et l’Ouganda. Laurent-Désiré Kabila, ancien maquisard, en deviendra le porte-parole, puis le numéro un.

17 mai 1997 : les troupes de l’AFDL, qui compte des enfants-soldats dans ses rangs, accompagnées de soldats rwandais, entrent à Kinshasa et mettent un terme au « règne » du maréchal Mobutu, au pouvoir depuis le 24 novembre 1965. La veille, le maréchal Mobutu quittait le pays pour se rendre au Togo. Il s’exile ensuite au Maroc où il meurt d’un cancer le 7 septembre 1997.

17 mai 1997 : Laurent-Désiré Kabila se proclame président de la République depuis Lubumbashi où il se trouve. Il change le nom du pays, le Zaïre, qui redevient la République démocratique du Congo.

27 juillet 1998 : Laurent-Désiré Kabila décide de mettre un terme à « la présence des militaires rwandais qui nous ont assistés pendant la période de libération de notre pays ».

Août 1998 : Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, se met en place dans l’est de la République démocratique du Congo pour tenter de renverser le président Laurent-Désiré Kabila.

30 novembre 1999 : la résolution 1279 du Conseil de sécurité de l’ONU autorise la création et le déploiement en RDC de la mission des Nations Unies au Congo (Monuc) et exige le retrait de toutes les troupes étrangères du territoire congolais.

Lire aussi : M23, histoire et modes opératoires : https://www.makanisi.org/m23-histoire-et-modes-operatoires/

17 avril 2000 : Paul Kagame devient officiellement le président du Rwanda, un peu plus de 3 semaines après la démission, pour « raisons personnelles », de Pasteur Bizimungu qui était en désaccord avec lui.

16 janvier 2001 : Laurent-Désiré Kabila est assassiné au palais de marbre à Kinshasa. C’est un de ses gardes du corps, Rashidi Kasereka, qui serait l’auteur des tirs mortels. Le meurtrier présumé est abattu sur le champ par un autre membre de la garde rapprochée du président.

26 janvier 2001 : prestation de serment de Joseph Kabila, fils de Laurent-Désiré Kabila, choisi quelques jours auparavant par un comité restreint de dignitaires du régime pour prendre les rênes de la République démocratique du Congo.

12 décembre 2002 : le gouvernement congolais signe un accord à Sun City, en Afrique du Sud, avec les deux ailes du mouvement rebelle Rassemblement congolais pour la démocratie, les milices Maï-Maï, l’opposition politique (non armée) et la société civile. Cet accord donnera lieu à la formation d’un gouvernement composé de quatre vice-présidents et à la mise en place d’une période de transition. Les parties signataires s’engagent à œuvrer pour la paix. L’accord prévoit également la réunification du pays e le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

7 juin 2004 : au Rwanda, Pasteur Bizimungu est condamné à 15 ans de prison pour « association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et incitation à la désobéissance civile ». Il sera libéré 3 ans plus tard, à la faveur d’un grâce présidentielle.

Juillet 2006 : création, en RDC, par Laurent Nkunda Batware Mihigo, du Congrès national pour a défense du peuple (CNDP), un mouvement rebelle qui se présente comme un protecteur de la « communauté tutsie » et un rempart contre les Forces démocratiques de Libération du Rwanda.

23 mars 2009 : un accord de paix est conclu à Goma entre le gouvernement congolais et le CNDP, en vertu duquel les rebelles s’engagent à déposer les armes, à se muer en parti politique et à respecter « l’ordre institutionnel et les lois de la République ». L’accord prévoit également l’intégration de combattants du CNDP dans des unités de la police et des forces armées congolaises.  

20 janvier 2011 : révision de la Constitution du 18 février 2006 en République démocratique du Congo. Sur la nationalité congolaise, cette Constitution, qui est toujours en vigueur, se veut claire : « La nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition individuelle. Est congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République démocratique du Congo) à l’indépendance ».

6 mai 2012 : le M23, le mouvement du 23 mars (en référence à l’accord du 23 mars 2009), est créé. Ce groupe constitué d’anciens rebelles du CNDP entre en rébellion contre le gouvernement de la République démocratique du Congo. Les rebelles accusent les autorités congolaises de ne pas respecter l’accord du 23 mars 2009.

20 novembre 2012 : le M23 prend le contrôle de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu. Soumis à de fortes pressions régionales, les rebelles se retirent de cette ville une dizaine de jours plus tard et s’engagent à s’inscrire dans une logique de pourparlers avec le gouvernement congolais.

24 janvier 2019 : Félix Tshisekedi, qui succède à Joseph Kabila à la tête de la RDC, à l’issue d’une élection présidentielle controversée, prête serment. Peu après son investiture, il multiplie les contacts avec Paul Kagame qu’il qualifie de « frère ». Ses émissaires se rendent régulièrement à Kigali, pour tenter de trouver un terrain d’entente avec le président rwandais et ainsi mettre un terme à l’instabilité dans laquelle la région est plongée depuis 1994.

Novembre 2021 : le M23 renaît de ses cendres. Le mouvement se reconstitue avec la bénédiction de Kigali et se lance dans l’est de la RDC, replongeant la région dans une situation chaotique, marquée par des viols et des massacres à grande échelle.

13 juin 2022 : Les rebelles prennent le contrôle de la localité stratégique de Bunagana (Nord-Kivu) et s’emparent des zones minières qu’ils se mettent à exploiter.

29 janvier 2025 : le M23 et les soldats rwandais qui l’épaulent lancent une offensive majeure et délogent les forces gouvernementales de la ville de Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, une province connue pour ses richesses minières, la variété de ses paysages et la fertilité de ses terres.