
Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui dirige le Gabon depuis août 2023, veut conserver le pouvoir qu’il avait promis de rendre aux civils. Ce putschiste s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle du 12 avril prochain. C’est un scrutin qui s’annonce sans enjeu majeur : les jeux semblent être faits, alors que l’opposition, en retrait, peine à faire entendre sa voix dans un pays qui a d’immenses défis de tous ordres à relever.
La rumeur bruissait à Libreville depuis quelques semaines. C’est désormais officiel : le général Brice Clotaire Oligui Nguema est candidat à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. L’ancien chef de la Garde républicaine veut garder le pouvoir qu’il a pris en août 2023, après avoir renversé le président Ali Bongo Ondimba. Le putsch a eu lieu après une présidentielle officiellement remportée, sur fond de contestation, par Ali Bongo.
Pourtant, cet homme du sérail, qui a des liens de parenté avec les Bongo, s’était engagé, peu après son coup d’État, à rendre le pouvoir aux civils à l’issue de la prochaine présidentielle.
Omar Bongo Ondimba, le patriarche, a dirigé le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, des suites d’un cancer, en France, en 2009
Coup d’État favorablement accueilli
Le coup d’État a été globalement bien accueilli. Une grande partie de la population s’était davantage réjouie de la fin du « règne » de la famille Bongo, que certains qualifient ironiquement de famille royale, que de l’arrivée de militaires aux affaires.
Omar Bongo Ondimba, le patriarche, a dirigé le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, des suites d’un cancer, en France, en 2009. Son fils, Ali Bongo, qui a pris le relais, est resté en poste entre 2009 et 2023.
Diminué physiquement, affaibli intellectuellement, Ali Bongo, qui avait du mal à se mouvoir après avoir été victime d’un AVC en octobre 2018, voulait se maintenir au sommet de l’État, coûte que coûte. Mais un certain nombre de hauts responsables militaires en ont décidé autrement. L’ancien président ne s’est toujours pas remis de cette dure épreuve qui a laissé des traces. Sa situation personnelle s’est même compliquée après l’arrestation de sa femme et de son fils. Ali Bongo plaide en faveur de leur libération, sans succès jusqu’ici.
Le « oui » l’a largement emporté, avec 91,8 % des suffrages exprimés
Après un référendum constitutionnel
L’annonce de la candidature de Brice Clotaire Oligui Nguema intervient quelques mois après l’adoption, par référendum, d’une nouvelle Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Le texte a été approuvé lors du référendum du 16 novembre. Le « oui » l’a largement emporté, avec 91,8 % des suffrages exprimés. Le taux d’abstention (46,5 %) a toutefois été élevé. L’explication la plus entendue est que le vote a eu lieu pendant la saison des pluies, rendant difficiles les déplacements de certains électeurs qui ont préféré rester chez eux. Même s’il n’y a pas eu d’études sur le profil-type de l’abstentionniste, il n’est pas exclu que la participation relativement faible à cette consultation reflète le découragement de certaines couches de la population. Ces catégories n’ont pas vu leur quotidien s’améliorer au fil des années, dans un pays où les inégalités restent fortes.
Lire aussi : La république gabonaise en chiffres. 1. Institutions. Mars 2025. https://www.makanisi.org/la-republique-gabonaise-en-chiffres-1-institutions-mars-2025/
La limite d’âge ainsi fixée exclut d’office certains vieux routiers de la politique
Des critères d’éligibilité plus restrictifs ont été retenus dans cette Constitution qui a été promulguée le 19 décembre 2024. En vertu de cette Constitution, nul ne peut briguer la magistrature suprême sans être âgé d’au moins 35 ans et de 70 ans tout au plus. La limite d’âge ainsi fixée exclut d’office certains vieux routiers de la politique tels que Pierre Claver Maganga Moussavou (72 ans) et Jean Ping (80 ans). Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui vient de souffler ses 50 bougies, a tout son avenir politique devant lui. Les compteurs ont été remis à zéro. Ce qui signifie qu’il pourrait passer encore 14 ans aux manettes, si entre-temps les règles du jeu ne sont pas à nouveau modifiées pour lui permettre de se porter candidat une troisième fois.
La nouvelle Constitution remplacera la charte de transition révisée par la loi n°00/2023 du 6 octobre 2023, qui définit, dans les grandes lignes, les modalités de gestion de la transition.
L’opposition, qui est habituée à aller aux élections en ordre dispersé, a du mal à faire entendre sa voix
L’opposition inaudible
L’opposition, qui est habituée à aller aux élections en ordre dispersé, a du mal à faire entendre sa voix. Si certaines de ses figures emblématiques sont trop âgées pour réaliser leurs ambitions présidentielles, ses dirigeants sont, de manière générale, peu audibles dans un pays où les pouvoirs successifs n’ont pas eu trop de mal à verrouiller le processus électoral et à piper les dés. La liberté de la Cour constitutionnelle, appelée à se prononcer, en dernier ressort, sur toutes les questions liées aux questions électorales, a toujours été sujette à caution.
Le général prend la posture du bâtisseur et assure qu’il a construit près de 2000 kilomètres de routes
Quel bilan ?
Le général s’était donné pour mission de mener la transition à bon port et de quitter la scène politique. Les données de l’équation ne semblent plus être les mêmes. Il dit vouloir poursuivre l’action qu’il a initiée depuis qu’il s’est hissé au sommet de l’État. S’il est difficile, en un peu plus de deux ans, de se prévaloir d’un bilan remarquable,
Brice Clotaire Oligui Nguema est néanmoins fier de ses réalisations à la tête du pays, qu’il n’hésite pas à mettre en avant. Le général prend la posture du bâtisseur et assure qu’il a construit près de 2000 kilomètres de routes. Il se vante, d’autre part, d’avoir mis en œuvre le projet « Un jeune, un taxi », qui a permis à des jeunes gabonais de devenir des chauffeurs de taxi. Dans le cadre de ce programme, un lot de plus de 400 véhicules a été remis, en octobre 2024, aux hommes et femmes qui ont été sélectionnés à Libreville, dans un premier temps. Les bénéficiaires, âgés de 21 à 60 ans, sont titulaires d’un permis de conduire et inscrits au Pôle national de promotion de l’emploi. L’État a mis en place des modules de formation en gestion, pour les aider à réussir dans leur nouvelle vie. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema croit ainsi lutter contre le chômage qui affecte une bonne partie de la jeunesse. Le projet « Un jeune, un taxi » s’étendra aux autres grandes villes du pays dans les prochains mois.
Le Gabon attire une immigration africaine constituée de cadres bien formés et de travailleurs manuels prêts à tout pour joindre les deux bouts
La diversification de l’économie se fait attendre
Le Gabon est un petit État pétrolier (267 667 Km2) où vit une population de 2 485 000 d’âmes. La grande partie de son territoire (près de 85 %) est couverte de forêts. D’ailleurs, le pays fait figure de bon élève en matière de préservation des forêts.
Le PIB par habitant (plus de 7800 dollars en 2023 ) est l’un des plus élevés en Afrique. Ce qui en fait une terre enviable, qui agit comme un aimant sur les ressortissants de pays de la région en quête de perspectives plus reluisantes et tentés d’émigrer pour réaliser leurs rêves.
Le Gabon attire une immigration africaine constituée de cadres bien formés et de travailleurs manuels sans qualifications et prêts à tout pour joindre les deux bouts, dans un environnement économique qui s’est quelque peu dégradé ces dernières années.
Les années de l’argent facile du pétrole semblent révolues
La production pétrolière a reculé au fil des années. Les découvertes de nouveaux gisements se font de plus en plus en rares. Les années de l’argent facile du pétrole semblent révolues. Dans la région, le pays est le deuxième producteur après le Congo-Brazzaville. À l’instar d’autres pays pétroliers du continent, le Gabon a du mal à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’or noir et de diversifier son économie. Pourtant, ce pays, riche en matières premières, a plusieurs atouts à faire valoir. Cet État côtier bénéficie d’un riche écosystème et possède des terres fertiles. Il est également un important exportateur de bois et d’huile de palme. Le Gabon dispose, en outre, de gisements de gaz ainsi que d’une palette de métaux précieux inexploités ou insuffisamment exploités à ce jour. La diversification de l’économie tarde à se matérialiser, même si les dirigeants répètent qu’ils en ont fait leur cheval de bataille.
Les prévisions du Fonds monétaire international pour le Gabon font état d’une baisse de la croissance économique, qui devrait passer de 3,1 % en 2024 à 2,6 % en 2025. Dans ce contexte, le général Brice Clotaire Oligui Nguema aura à opérer des choix difficiles pour tenter de relever les immenses défis de développement auxquels le Gabon fait face.













