L’investiture du général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui s’est emparé du pouvoir au Gabon en août 2023, a eu lieu samedi 3 mai à Libreville. Cette cérémonie fait suite à l’élection présidentielle remportée haut la main par le putschiste qui a mis un terme au « règne » de la famille Bongo, lequel a duré plus de 55 ans. Le nouvel élu pourrait se porter candidat à sa propre succession, à l’issue de son premier septennat qu’il vient de commencer. Brice Oligui Nguema est revenu sur sa promesse de quitter la scène politique et de rendre le pouvoir aux civils après la période de transition. Les quelque 2,4 millions de Gabonais semblent résignés et attendent de voir ce que cet homme sera capable de faire aux commandes du pays, alors que l’opposition peine à mobiliser.
Brice Clotaire Oligui Nguema a prêté serment le 3 mai 2025 au stade d’Angondjé, à Libreville, en présence d’une vingtaine de chefs d’État africains, après avoir remporté haut la main l’élection présidentielle du 12 avril. « Je m’engage devant Dieu, nos ancêtres et le peuple gabonais à consacrer toutes mes forces à son bien-être, à le protéger de tout dommage, à respecter et à défendre fidèlement la Constitution et l’État de droit, à préserver les acquis démocratiques, l’intégrité du territoire national, à remplir consciencieusement les devoirs de ma charge et à être juste envers tous », a-t-il déclaré solennellement.
L’ancien chef de la Garde républicaine garde ainsi le pouvoir qu’il a conquis par la force, en août 2023, après avoir renversé le président Ali Bongo Ondimba. Il a recueilli plus de 94,85 % des suffrages lors d’une présidentielle sans suspense. Alain Claude Billy-By-Nze, qui est arrivé deuxième, a été crédité de 3,11 % des voix. Aucun des six autres candidats (Joseph Lapensée Essingone, Gninga Chaning Zenaba, Alain Simplice Boungoueres, Stéphane Germain Iloko Boussengui, Axel Stophène Ibinga Ibinga et Thierry Yvon Michel N’Goma) n’a réussi à réaliser un score de plus de 0,60 %.
Cet homme du sérail, qui a des liens de parenté avec les Bongo, prône la rupture avec le passé.
Homme du sérail
Cet homme du sérail, qui a des liens de parenté avec les Bongo, prône la rupture avec le passé. Il s’était engagé, peu après son coup d’État, à rendre le pouvoir aux civils à l’issue de la présidentielle. Mais l’enterrement discret de la promesse phare de ce militaire, qui se présente comme un « homme du peuple », n’a pas suscité de concert d’indignation ou de vagues de manifestations dans le pays.
Le putsch qui a porté Brice Oligui Nguema au pouvoir n’a pas fait de morts. L’initiative a été plutôt accueillie favorablement par des Gabonais quelque peu désabusés. La majorité de la population semblait se réjouir moins de l’arrivée de militaires aux affaires, dans un climat d’incertitude, que de la fin du « règne » de la famille Bongo, que certains qualifient ironiquement de famille royale.
Omar Bongo Ondimba, le patriarche, a dirigé le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort, en France, en 2009. Son fils, Ali Bongo, qui a pris le relais, est resté en poste entre 2009 et 2023. Diminué physiquement et intellectuellement, Ali Bongo, qui avait du mal à se mouvoir après avoir été victime d’un AVC en octobre 2018, voulait à tout prix se maintenir au sommet de l’État. Tous ceux qui avaient tenté de le convaincre de se retirer pour des raisons de santé ont échoué. Le clan Bongo, en proie à des dissensions internes, considérait, malgré tout, qu’Ali Bongo était l’homme de la situation.
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Nouvelle Constitution
L’élection présidentielle s’est déroulée sans incident majeur, quelques mois après l’adoption, par référendum, d’une nouvelle Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Le texte a été approuvé lors du référendum du 16 novembre. Le « oui » l’a largement emporté, avec 91,8 % des suffrages exprimés. Le taux d’abstention (46,5 %) a néanmoins été élevé.
La nouvelle Constitution, promulguée en décembre 2024, qui a remplacé la charte de transition révisée par la loi n°00/2023 du 6 octobre 2023, a modifié les critères d’éligibilité. Dorénavant, nul ne peut briguer la magistrature suprême sans être âgé d’au moins 35 ans et de 70 ans tout au plus. La limite d’âge ainsi fixée excluait d’office certains vieux routiers de la politique tels que Pierre Claver Maganga Moussavou (72 ans) et Jean Ping (80 ans). Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, âgé de 50 ans, a tout son avenir politique devant lui. Les compteurs étant remis à zéro, il pourrait passer encore 14 ans aux manettes.
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L’opposition, qui est habituée à aller aux élections en ordre dispersé, a du mal à faire entendre sa voix.
L’opposition inaudible
L’opposition, qui est habituée à aller aux élections en ordre dispersé, a du mal à faire entendre sa voix. Si certaines de ses figures emblématiques sont trop âgées pour réaliser leurs ambitions présidentielles, ses dirigeants sont peu audibles dans un pays où les pouvoirs successifs n’ont pas eu trop de mal à verrouiller le processus électoral et à mettre toutes les institutions au pas. La liberté de la Cour constitutionnelle, qui se prononce, en dernier ressort, sur toutes les questions liées aux questions électorales, a toujours été sujette à caution.
Un jeune, un taxi
Brice Oligui Nguema s’était donné pour mission de mener la transition à bon port. Mission accomplie ! Le nouvel homme fort du pays veut poursuivre l’action qu’il a initiée depuis qu’il s’est hissé au sommet de l’État. S’il est difficile, en un peu plus de deux ans, de se prévaloir d’un bilan remarquable, Brice Clotaire Oligui Nguema est néanmoins fier de ses réalisations à la tête du pays, qu’il n’hésite pas à mettre en avant. Le général s’érige en bâtisseur et assure qu’il a construit près de 2000 kilomètres de routes.
Le général s’érige en bâtisseur et assure qu’il a construit près de 2000 kilomètres de routes
Oligui Nguema se vante, d’autre part, d’avoir mis en œuvre le projet « Un jeune, un taxi » qui a permis à des jeunes gabonais de devenir des chauffeurs de taxi. Dans le cadre de ce programme, un lot de plus de 800 véhicules a, au total, été remis aux hommes et femmes sélectionnés à Libreville et à Port-Gentil. Les bénéficiaires, âgés de 21 à 60 ans, sont titulaires d’un permis de conduire et inscrits au Pôle national de promotion de l’emploi. L’État a mis en place des modules de formation en gestion, pour les aider à réussir dans leur nouvelle activité. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema croit ainsi lutter contre le chômage dans le pays. Les données de la Banque mondiale pour l’année 2024 indiquent que le chômage affecte 40 % des jeunes et près d’un tiers de l’ensemble de la population active du pays. Le projet « Un jeune, un taxi » s’étendra aux autres villes du pays dans les prochains mois.
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D’immenses défis économiques à relever
Le Gabon est un petit État pétrolier (267 667 Km2) où vit une population de 2 485 000 d’âmes. La grande partie de son territoire (près de 85 %) est couverte de forêts. Le pays fait figure de bon élève en matière de préservation des forêts. Le PIB par habitant (plus de 7800 dollars en 2023) est l’un des plus élevés en Afrique. Cet atout en fait une terre enviable, qui agit comme un aimant sur les ressortissants de pays de la région en quête de perspectives plus reluisantes sous d’autres cieux. Le Gabon attire traditionnellement une immigration africaine constituée de cadres bien formés et de travailleurs manuels sans qualifications et prêts à tout pour joindre les deux bouts, dans un environnement économique qui s’est quelque peu dégradé ces dernières années.
Recul de la production pétrolière
La production pétrolière a reculé au fil des années. Les découvertes de nouveaux gisements se font de plus en plus en rares. Les années de l’argent facile du pétrole semblent révolues. Dans la région, le pays est le deuxième producteur après le Congo-Brazzaville. À l’instar d’autres pays pétroliers du continent, le Gabon a du mal à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’or noir et de diversifier son économie. Pourtant, ce pays, riche en matières premières, a plusieurs atouts à faire valoir. Cet État côtier bénéficie d’un riche écosystème et possède des terres fertiles. Il est également un important exportateur de bois et d’huile de palme. Le Gabon dispose, en outre, de gisements de gaz ainsi que d’une palette de métaux précieux inexploités ou insuffisamment exploités à ce jour. La diversification de l’économie tarde à devenir une réalité, même si les dirigeants répètent qu’ils en ont fait leur cheval de bataille.
La diversification de l’économie tarde à devenir une réalité
Les prévisions du Fonds monétaire international pour le Gabon font état d’une baisse de la croissance économique, qui devrait passer de 3,1 % en 2024 à 2,6 % en 2025. Dans ce contexte, le général Brice Clotaire Oligui Nguema aura à opérer des choix difficiles pour tenter de relever les immenses défis de développement auxquels le Gabon fait face.
Lutter contre la corruption ?
Le nouvel élu s’est engagé à lutter efficacement contre la corruption qu’il a qualifiée d’endémique. « Je veux rendre au peuple ce qu’il m’a donné. Et je veux rendre au peuple tout ce qui lui a été volé », a-t-il déclaré.
En 2020, une enquête d’Organized Crime and Corruption Reporting Project, une organisation établie à Amsterdam qui regroupe des journalistes d’investigation disséminés à travers le monde, a toutefois révélé que Brice Clotaire Oligui Nguema possédait des propriétés aux États-Unis, d’une valeur de plus d’un million de dollars, acquises de façon douteuse. Sans commenter cette révélation à l’époque, il s’est contenté d’appeler au respect de la vie privée.














