RDC. Dieudo Hamadi « Il s’agit, pour nous, de structurer notre cinéma en interne » 

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Affiche du film "Examen d'État" réalisé par le cinéaste congolais Dieudonné Hamadi et tourné en RDC.

Dans la seconde partie de l’entretien qu’il a accordé à Makanisi, le réalisateur congolais Dieudonné Hamadi, dit Dieudo Hamadi, s’exprime sur l’état du cinéma congolais. Le quadra appartient à un collectif de cinéastes qui tentent de contribuer, tant soit peu, au rayonnement du cinéma congolais – tout au moins ce qu’il en reste – à l’étranger. Des avancées ont été réalisées, mais d’immenses défis restent à relever.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu

Dieudonné Hamadi

Makanisi : Dans quel état se trouve le cinéma congolais, si cinéma congolais il y a ?

Dieudonné Hamadi : Je préférerais parler de cinéastes congolais. Pour l’instant, ce sont plutôt des individualités qui font que ce cinéma puisse se faire entendre. Il n’existe pas de structures étatiques pour encadrer ce secteur. Nous avons le ministère de la Culture, mais nous n’avons pas encore trouvé d’interlocuteurs attitrés pour aborder les problématiques liées au secteur du cinéma.

Ce sont plutôt des individualités qui font que ce cinéma puisse se faire entendre.

Les autorités ont-elles réfléchi à une vraie politique publique du cinéma congolais ?

Elle n’existe pas, à l’heure qu’il est. Je souligne quand même que depuis un moment, depuis la sélection de mon dernier film au festival de Cannes en 2020, les choses bougent peu à peu. J’étais en activité pendant une dizaine d’années avant cette étape. J’ai enfin eu l’impression d’être connu et reconnu dans mon pays. La RDC a reconnu le cinéaste congolais que je suis après ma sélection au festival de Cannes. À partir de là, j’ai été identifié, entre autres, par des personnalités du gouvernement congolais. J’ai été approché par le ministère de la Communication et celui de la Culture. Nous réfléchissons à une nouvelle structuration du secteur du cinéma en RDC. La ministre de la Culture a réussi à faire voter une loi-cadre pour la culture en général et le secteur du cinéma en particulier. Pour la première fois, l’État a participé financièrement à un projet sur lequel je travaille. Il y a un regain d’intérêt pour ce secteur.

Il y a en RDC des techniciens de cinéma qui peuvent porter un projet ambitieux

Y a-t-il des compétences avérées dans les différents métiers du cinéma en RDC ?

En 2023, avec Canal Plus, on s’est mis d’accord sur un projet de série télé. J’ai décidé de travailler avec une équipe 100 % congolaise. Nous avons reçu de l’argent venu majoritairement de l’étranger, mais l’équipe a été 100 % congolaise artistiquement et techniquement. On s’est découvert des limites, bien évidemment, mais aussi énormément d’atouts. Oui, il y a en RDC des techniciens de cinéma qui peuvent porter un projet ambitieux, comme celui que nous venons de concrétiser avec Canal Plus. Intitulée « Milimo », la série sort en septembre 2025. Ce sont des histoires liées au quotidien des Congolais de Kinshasa ; des histoires plutôt banales, mais racontées du point de vue des esprits ou de ceux qui ne sont plus là. Le matériel est venu de France. Ce projet a reçu un financement du ministère de la Communication, mais aussi des facilités du ministère de la Culture et du ministère du Tourisme. Cette démarche est à féliciter dans un pays qui ne dispose pas d’institutions dédiées au cinéma.

Intitulée « Milimo », la série sort en septembre 2025. Ce sont des histoires liées au quotidien des Congolais de Kinshasa

L’attitude du gouvernement semble évoluer…

La puissance publique exprime la volonté de nous accompagner et manifeste un intérêt accru si bien, qu’aujourd’hui, nous parlons de la création d’un centre national du cinéma congolais. Nous étudions la faisabilité d’un tel projet, sur le plan technique, et la manière de le financer. Il s’agit également, pour nous, de réfléchir au statut juridique d’une telle entité. Mon récent séjour à Cannes semble avoir été bénéfique. Nous avons pu obtenir l’appui de Cannes qui pourrait se matérialiser à la fin de cette année. Cannes pourrait accompagner ce projet qui est né d’une initiative d’un collectif de cinéastes congolais.

Lire aussi : RDC : Dieudo Hamadi, un visage du cinéma congolais au festival de Cannes. https://www.makanisi.org/rdc-dieudo-hamadi-un-visage-du-cinema-congolais-au-festival-de-cannes/

Où sont projetés vos films en RDC  ? 

Nos films sont télédiffusés. Ils sont régulièrement diffusés par des chaînes telles que Canal Plus, Arte, TV 5… Les foyers qui captent des chaînes câblées peuvent regarder nos films à la télévision. Je dirais néanmoins qu’il y a actuellement d’importants festivals du cinéma en RDC, notamment à Goma et à Kinshasa. Nous avons organisé, dans le passé, une tournée nationale dans les établissements scolaires et universitaires pour faire connaître nos films. En outre, des centres culturels – français, belge et autres – diffusent régulièrement nos films.

Il existe, dans la capitale de la RDC, des écrans de cinéma, des salles construites dans les normes, qui correspondent aux standards internationaux

Nous assistons ces dernières années à une sorte de renaissance des salles de cinéma, particulièrement à Kinshasa. Depuis 5 ans, des investisseurs s’y mettent. En effet, il existe, dans la capitale de la RDC, des écrans de cinéma, des salles construites dans les normes, qui correspondent aux standards internationaux, en plus des salles privées dans de grands hôtels. À Kinshasa, on trouve des salles où on peut projeter des films dans de bonnes conditions. Le ticket coûte 10 dollars. C’est raisonnable pour les gens qui ont un certain niveau de revenus. J’avoue toutefois que cela reste cher pour une partie de la population. Ce n’est pas accessible à Monsieur Tout-le-Monde.

Est-ce relativement facile de financer des films en RDC ?

Nous dépendons quasiment à 100 % de financements étrangers, européens notamment, ainsi que des aides et des subventions. On trouve des aides au cinéma dédiées à l’Afrique, dans le cadre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), par exemple. Ce sont des fonds auxquels des cinéastes africains peuvent facilement avoir accès. À part l’OIF, d’autres sources de financement existent en Europe. Pour ce qui est de mes premiers films, il a fallu que je compte sur des amis pour les financer, avec le peu de moyens que j’ai pu réunir. Après notre participation à un festival en France, quelque chose a changé. Le regard qu’on portait sur nous a changé. J’ai constaté qu’il y avait de la considération à notre égard. Désormais, lorsque nous proposons des projets, on les regarde d’un œil différent. La logique qui régit ce secteur est simple : plus vous faites de films connus, plus vous avez de facilités à obtenir des appuis financiers.

Nous dépendons quasiment à 100 % de financements étrangers, européens notamment, ainsi que des aides et des subventions

Quel est le plus gros montant que vous avez obtenu à ce jour pour financer vos films ?

J’ai travaillé sans argent, avec peu d’argent… Pour mon dernier film, le mieux financé, nous avons pu recevoir 800 000 euros. Ce montant permet amplement de couvrir tous les frais liés aux films documentaires que je fais. Je devais contacter plusieurs entités pour parvenir à réunir cette somme. Avec les plateformes de streaming, le champ s’est élargi. Une plateforme qui s’intéresse à un projet donné peut même le financer intégralement. Pour ce film-là, j’ai travaillé avec la chaîne de télévision franco-allemande Arte, qui a apporté la grande partie du financement.

L’intelligence artificielle transforme-t-elle votre métier ?

On ne peut pas y échapper. J’ai eu recours à l’intelligence artificielle dans la réalisation de la série qui sortira bientôt.

Les cinéastes congolais se soutiennent-ils dans le cadre de projets spécifiques ?

Nous avons créé un collectif de cinéastes congolais qui s’appelle « Okapi Films ». Nous l’avons lancé à Cannes, pendant le festival, et notre mission est de travailler à la création du Centre national du cinéma et, pourquoi pas, à la mise en place d’un fonds de soutien au cinéma congolais. Comme je l’ai dit précédemment, une délégation de cinéastes congolais venue du pays a pris part au marché du film à Cannes. Nous réfléchissons ensemble aux moyens de faire avancer la cause du cinéma congolais.

Nous avons créé un collectif de cinéastes congolais qui s’appelle « Okapi Films »

Réfléchissez-vous à des pistes de coopération avec d’autres cinéastes africains ? 

Nous avons plus ou moins les mêmes problèmes dans les pays africains, notamment en Afrique centrale. Tant que nous ne nous organisons pas, c’est très difficile de lancer des coopérations intra-africaines. Le Sénégal, par exemple, se structure autour de son cinéma, la Côte d’Ivoire aussi… J’ai vu une délégation ministérielle ivoirienne à Cannes. Elle a signé un accord de coopération, un accord de coproduction, avec la Belgique. Ce type de démarche nourrit nos discussions avec les autorités congolaises. Il s’agit d’abord, pour nous, de structurer notre cinéma en interne. Nous ne pourrons pas y arriver sans l’appui du gouvernement. Puisqu’il y a un regain d’intérêt pour ce secteur, c’est l’occasion, pour nous, de faire aboutir le projet de Centre national du cinéma et, pourquoi pas, le projet de fonds de soutien au cinéma congolais. Ce n’est qu’après qu’on pourra envisager des partenariats inter africains qui pourraient contrebalancer notre dépendance aux soutiens occidentaux, voire asiatiques en général et qatariens en particulier.