Angola. Benguela, la province côtière du Corridor de Lobito

346
En haut, à gauche : centrale solaire de Biopio ; à droite, agriculture chez Carrinho Grupo.. Au milieu, le port de Lobito ; en bas à gauche, la gare ferroviaire du CFB (©LAR,), à droite, paysage de l'intérieur de la province. Photomontage Makanisi

Le Corridor de Lobito traverse l’Angola d’ouest en est, sur environ 1330 km, entre le port de Lobito, situé sur le littoral Atlantique, et Luau, ville frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC). Il passe par quatre provinces dont celle de Benguela.

Située au centre de l’Angola et au bord de l’Atlantique, la province de Benguela s’étend sur 39 826 km2 et abrite environ 2,6 millions d’habitants. Elle doit son nom à Benguela, son chef-lieu, qui se trouve à environ 450 kilomètres au sud de Luanda, la capitale de l’Angola, et à 36 km au sud-ouest de Lobito. Elle est rattachée, par ailleurs, au royaume de Bailundo, principalement peuplé d’Ovimbundu, dont la capitale se trouve dans l’actuelle province de Huambo.

Un peu d’histoire

Benguela fut fondée par les Portugais, en 1617, sous le nom de São Felipe de Benguela. La ville fut longtemps le centre d’un commerce important, notamment celui des esclaves vers le Brésil et Cuba. Elle fut également le point de départ des Portugais qui partirent s’installer sur les contreforts du haut-plateau central.

La région, rattachée au royaume de Bailundo, a été érigée, par les Portugais, en capitainerie (Capitania de Benguela), avant de devenir, en 1779, un district (Distrito de Benguela), jusqu’en 1975, date à laquelle les districts sont devenus des provinces au sein de l’Angola devenue indépendante.

Durant la guerre civile qui dura près de 25 ans (1975-2000), Benguela fut le théâtre de nombreux combats, dont elle paya un lourd tribut tant sur le plan humain que matériel. La guerre opposait le Mouvement populaire de libération de l’Angola ((MPLA) à l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), créée, en 1966, par Jonas Savimbi.

Carte des districts de la province de Benguela

Un hub logistique

Grâce à sa position géographique et à ses infrastructures de transport, cette province côtière a, de tous temps, joué un rôle stratégique sur le plan logistique. Un rôle qui prend une nouvelle dimension, dans le cadre du corridor de Lobito.

Englobant le rail et le port, le corridor de Lobito est à la fois un projet logistique régional et un axe de transport multimodal qui vise à relier l’Atlantique à l’intérieur de l’Afrique centrale et australe. S’étendant sur environ 1700 km, il constitue la route d’exportation la plus rapide pour le cuivre, le cobalt et autres minerais de l’Angola, de la RDC et de la Zambie qui sont intégrés dans le projet.

Régionale et nationale, son importance est aussi provinciale, pour les 4 provinces dont les activités économiques devraient être dynamisées et renforcées par ce corridor qui les traverse.

La province concentre plusieurs infrastructures de transport clefs : un port maritime et un port minéralier à Lobito, la gare du Chemin de fer de Benguela (CFB), un aéroport international à Catumbela et un parc industriel (pdic)

Une province bien équipée

La province concentre plusieurs infrastructures de transport clefs : un port maritime et un port minéralier à Lobito, qui est aussi le terminus et le point de départ du Chemin de fer de Benguela (CFB), un aéroport international à Catumbela, un complexe ultra-moderne doté d’équipements dédiés au fret, et un parc industriel, le Pôle de développement industriel de Catumbela (Polo de Desenvolvimento Industrial da Catumbela- PDIC), le deuxième du pays, qui accueille plusieurs industries.

La province de Benguela abrite deux barrages hydroélectriques, situés sur le fleuve Catumbela, qui se jette dans l’Océan Atlantique. Le plus important est le celui de Lomaum, construit à l’époque coloniale, à la fin des années 1950 et au début des années 1960. La centrale hydroélectrique, qui lui est rattachée, dont la capacité est d’environ 50 MW depuis sa réhabilitation, alimente en électricité les zones de Lobito, Benguela et Cubal.  La centrale hydroélectrique de Biopio a une capacité plus faible, de 14 MW.

La province de Benguela abrite deux barrages hydroélectriques et deux centrales solaires

Deux centrales solaires, inaugurées en 2022, viennent compléter le dispositif. Celle de Baía Farta a une capacité de 96 MW. Située dans la municipalité de Catumbela, celle de Biopio,  d’une capacité de 188,8 MW, a été construite par le consortium réunissant l’américain Sun África LCC et le groupe de BTP portugais MCA (Manuel Couto Alves). Elle a vocation à desservir une dizaine de provinces.

Le port de Lobito

Construit à l’époque coloniale, le port de Lobito, deuxième port du pays après celui de Luanda, est situé dans une baie naturelle profonde, d’environ 5 km de long et près de 1,5 km à son point le plus large. Sa profondeur moyenne, de 14 mètres, permet d’accueillir de grands navires. En 2023, la gestion des terminaux à conteneurs et conventionnel du port de Lobito a été confiée à Africa Global Logistics (AGL), filiale de Mediterranean Shipping Company  (MSC) depuis décembre 2022, qui a remporté l’appel d’offres devant International Container Terminal Services, une société de gestion portuaire établie à Manille (Philippines).

Le port de Lobito, d’une capacité de 500 000 conteneurs/an, est une porte de sortie pour les minerais et les produits agricoles. Son trafic a augmenté de 20 % en 2024 grâce au CFB.

En 2023, la gestion des terminaux à conteneurs et conventionnel du port de Lobito a été confiée à Africa Global Logistics (AGL)

Le CFB

Lobito est le point de départ et le terminus du CFB qui s’étend, d’ouest en est, sur quelque 1330 km, jusqu’à Luau, ville-frontière avec la RDC, notamment avec sa province du Lualaba. Sa vocation première, qui n’a pas changé, était de relier les provinces minières du Congo belge et de la Rhodésie du nord (actuelle Zambie) à l’Atlantique afin de faciliter l’exportation des produits miniers, dont le cuivre.

Entamée le 1er mars 1903, à partir de Lobito, sa construction s’est achevée en 1929.  La connexion du CFB avec le réseau de la Société des Chemins de fer Léopoldville-Katanga-Dilolo (LKD), créée en 1927, devenue plus tard la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC), a été inaugurée le 1er juillet 1931.

La guerre civile ayant détruit une partie des rails, des bâtiments et du matériel roulant et interrompu le trafic, la réhabilitation du CFB a été confiée à une entreprise chinoise, sur un prêt de la Chine, entre 2006 et 2014, ce qui a permis de relancer le trafic entre Lobito et Luau.

Le contrat de concession, attribué au consortium Lobito Atlantic Railway, porte sur la gestion du chemin de fer (modernisation et exploitation du CFB) et du terminal pétrolier du port de Lobito

Relance du CFB avec le consortium LAR

Présidée depuis 2017 par Joâo Lourenço, qui a succédé à Eduardo dos Santos, l’Angola a entrepris, en 2021, de relancer les investissements en infrastructures pour connecter ses 18 provinces et intégrer le pays dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Cette décision a débouché, entre autres, sur la mise en concession du CFB.

Lancé en septembre 2021, l’appel d’offres international a été attribué en juillet 2022 à Lobito Atlantic Railway (LAR), un consortium de 3 sociétés européennes : le trader suisse Trafigura (49,5 %),  le groupe de BTP portugais Mota-Engil (49,5 %) et l’opérateur ferroviaire privé belge Vecturis (1 %).

Le contrat de concession porte sur la gestion du chemin de fer (modernisation et exploitation du CFB) et du terminal pétrolier du port de Lobito, connecté directement à la ligne ferroviaire pour faciliter l’exportation des minerais.

Le consortium LAR devra assurer en priorité le transport international (minerais), le transport domestique portant sur des marchandises (productions agricoles, produits alimentaires, ciment, matériaux de construction, etc.) destinées à l’Angola,  et le transport des passagers.

Le projet est soutenu par les États-Unis, l’Union européenne , des gouvernements africains et plusieurs institutions financières africaines, dont la Banque africaine de développement, l’Africa Finance Corporation et la Development Bank of Southern Africa.

Pêche et aquaculture

Outre les services portuaires et logistiques, la province de Benguela mise sur la pêche,, l’agriculture et les services et le tourisme pour dynamiser ses activités  et être un des acteurs de la réduction de la dépendance au pétrole national.

La pêche, tant industrielle qu’artisanale, ainsi que la transformation du poisson occupent une place importante dans l’économie provinciale. Grâce à la présence du courant froid de Benguela, qui coule depuis l’Afrique du Sud et remonte les côtes de Namibie et d’Angola, les ressources halieutiques de la province sont diversifiées et abondantes. On y trouve, notamment, des sardines, des maquereaux, des thons, des crabes et des crevettes….  

Grâce à la présence du courant froid de Benguela, les ressources halieutiques de la province sont diversifiées et abondantes. On y trouve, notamment, des sardines, des maquereaux, des thons, des crabes et des crevettes

Benguela abrite l’un des plus grands ports de pêche d’Afrique australe, avec une production de poisson estimée à plus de 500 000 tonnes/an. Le gouvernement vise à doubler la part de la pêche dans le PIB provincial d’ici 2027, via des investissements en transformation (conserves, farines) et en flotte moderne, soutenus par la BAD.

La pêche fluviale est plutôt artisanale. Développées autour de Lobito, l’aquaculture et la mariculture (élevage de crevettes) permettent de diversifier les revenus et de recycler les effluents riches en nutriments sur les parcelles de légumes.

La province produit également environ 123 200 tonnes de sel marin, soit près de 80 % de la production nationale.  

Agriculture et élevage

Ses sols fertiles, ses vallées irriguées (dont celles de Cavaco, Catumbela, Dombe Grande et Culango) et son climat favorable, malgré une pluviométrie variable et des risques de sécheresse dans certaines zones, font de Benguela l’une des plus grandes provinces agricoles du pays. Elle contribue entre 10 et 15 % à la production agricole nationale. Diverses mesures, notamment en matière d’irrigation, ont été prises pour développer le secteur.

Si elle repose largement sur l’agriculture familiale et de subsistance, l’agriculture intègre aussi des productions commerciales et irriguées. Les principales productions sont le maïs, le sorgho, le millet, le manioc, les haricots, les patates douces et les pommes de terre, le palmier à huile ainsi que les fruits (agrumes) et les légumes pour le volet vivrier, les fruits (bananes), le tabac, le café et le sisal, pour le volet exportation. Avec quelque 127 000 tonnes produites en 2022/2023, la banane est l’une des productions phares avec un fort potentiel d’exportation.

Il existe un élevage extensif ou semi-extensif de bovins, porcs, caprins et volailles, en complément à l’agriculture, généralement en pâturage naturel.

Si elle repose largement sur l’agriculture familiale et de subsistance, l’agriculture intègre aussi des productions commerciales et irriguées.

Exploitation pétrolière, raffinage

Le potentiel pétrolier est assez élevé dans le bassin de Benguela, qui comprend, en eaux peu profondes, les blocs pétroliers 10, 11, 12, 13 et, en eaux profondes, les blocs 25, 26, 39, 40. Certains d’entre eux sont en phase d’exploration et/ou d’exploitation. L’activité mobilise la Sonangol, la société publique ainsi que des majors étrangers dont l’italien ENI, l’américain British Petroleum (BP) le norvégien Equinor et le français TotalEnergies..

D’une capacité de traitement de 200 000 bpj, une raffinerie est en cours de développement à Lobito. Sa construction est réalisée par la China National Chemical Engineering (CNCEC), suite à un protocole d’accord signé avec la Sonangol.  Elle traitera des pétroles bruts légers et moyens, notamment celui de Cabinda. Une fois pleinement opérationnelle, elle produira environ 46 000 barils/jour d’essence, plus de 100 000 barils/jour de diesel, ainsi que du kérosène (Jet A1) et du fioul. La valeur globale du projet est estimée à 6,27 milliards de dollars, avec 1,4 milliard déjà investi par Sonangol. La raffinerie devrait être opérationnelle en décembre 2027.

D’une capacité de traitement de 200 000 bpj, une raffinerie est en cours de développement à Lobito. Elle devrait être opérationnelle en décembre 2027.

Mines

Le secteur minier est modeste et artisanal, avec peu de grands projets extractifs. La province renfermerait des phosphates et quelques minéraux industriels mais il n’y a pas encore d’exploitation à grande échelle. Des opportunités existent pour l’exploration, mais Benguela reste secondaire, avec un focus sur l’extraction et la valorisation des matériaux de construction (pierres ornementales, granulats et matériaux industriels), qui sont utilisés pour la construction et les projets d’infrastructure (routes, bâtiments, port de Lobito, etc.). Ces activités soutiennent le boom urbain et industriel autour de Lobito/Benguela.

Industrie manufacturière

La province de Benguela se positionne comme un pôle industriel émergent hors pétrole et mines, grâce à son emplacement côtier, ses infrastructures de transport et son pôle industriel majeur, centré sur les villes de Benguela et de Lobito : le Polo de Desenvolvimento Industrial da Catumbela (PDIC), qui abriterait, selon le Jornal de Angola,  98 entreprises dont 28 en exerce. Soutenues par le gouvernement, des coopératives et des petites entreprises font  de la transformation de bananes, de légumes et de produits animaux.

L’industrie manufacturière compte plusieurs branches.  Les activités de la branche agro-industrielle porte sur le traitement du poisson et la transformation de productions agricoles locales (farines). Il existe aussi des unités de production de savons, de produits d’hygiène, d’emballages, d’outils ainsi que des usines de fabrication de matériaux de construction (ciment, clinker, granulats, céramique, briques, etc.) et de structures métalliques, dont certaines opèrent dans le PDIC. En 2026, une unité intégrée de production de pâte à papier agro-industrielle devrait voir le jour dans la province, pour un investissement de 750 millions $.

La province de Benguela se positionne comme un pôle industriel émergent hors pétrole et mines, grâce à son emplacement côtier, ses infrastructures de transport et son pôle industriel majeur, le Polo de Desenvolvimento Industrial da Catumbela (PDIC),

Le Grupo Carrinho

Établi dans la province de Benguela, le Grupo Carrinho, une des plus importantes entreprises agro-industrielles d’Angola, intègre toute la chaîne de valeurs (approvisionnement, stockage, transformation). Il compte trois pôles d’activité : l’agriculture, l’industrie et la distribution. Son complexe industriel comprend 19 usines, avec une capacité de traitement de plus de 1,5 à 2 millions de tonnes de matières premières par an. Sa capacité de stockage est de 100 000 tonnes de céréales et 55 000 mètres cubes de produits oléagineux. L’entreprise produit des farines (maïs, blé), du riz, des pâtes, des biscuits, des céréales pour petit-déjeuner et raffine des huiles alimentaires (tournesol et soja). Elle fournit également des engrais aux petits exploitants agricoles.

Services et tourisme

La province mise sur les services logistiques et industriels, la réparation navale et le stockage, avec une offre en entrepôts, pour accompagner l’activité de transport multimodal du Corridor de Lobito.

Le Benguela s’affirme également comme destination touristique, proposant notamment trois grands produits, toujours associés à un volet culturel

Le Benguela s’affirme également comme destination touristique, proposant notamment trois grands produits, toujours associés à un volet culturel : le tourisme balnéaire, sa côte étant dotée de belles baies et plages, dont la plage bleue vers Catumbela, qui sont propices à la baignade et à la pêche sportive ; le tourisme mémoriel avec des visites des grands centres historiques comme Benguela, Lobito, Cubal ; l’écotourisme pour découvrir de magnifiques sites naturels, dont le Morro do Sombreiro et le parc naturel régional de Chimalavera.

  • Province de Benguela
  • 39 826 km²
  • Altitude : 39 m
  • 2 597 638 habitants
  • Capitale : Benguela
  • 23 districts
  • Langues : Portugais, Umbundu