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dimanche 11 avril 2021
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Belgique – RD-Congo, ce passé colonial qui ne passe pas

Les relations entre la Belgique et son ancienne colonie, la République démocratique du Congo, n’ont pas toujours été au beau fixe depuis 1960. Le passé colonial, qui resurgit de temps en temps, reste l’un des sujets de friction entre les deux parties. Mais des initiatives sont prises pour faire évoluer les choses.  

Le meurtre, en mai, aux États-Unis, de George Floyd, un Noir de 46 ans, et la vaste campagne de dénonciation, par des mouvements tels que Black Lives Matter, du « racisme systémique » dans ce pays, ont eu des répercussions hors des frontières américaines, notamment en Belgique.

Dans la foulée, on a assisté par-ci, par-là, à l’émergence de groupes réclamant, pêle-mêle, le renforcement de la lutte contre le racisme, le déboulonnage de statues considérées comme étant à la gloire de la colonisation ou d’esclavagistes, la révision des programmes scolaires, etc.

Plus largement, le débat sur la décolonisation agite de nombreux pays, dont la Belgique, ancienne puissance coloniale. Le Royaume a, en effet, colonisé la République démocratique du Congo jusqu’en 1960 et, en vertu d’un mandat qui lui avait été attribué en 1923, administré le Rwanda et le Burundi. Avant la première guerre mondiale (1914-1918), le Rwanda et le Burundi, appelés antérieurement le Ruanda-Urundi, faisaient partie de l’empire colonial allemand, outre le Togo, le Cameroun, la Tanzanie continentale et la Namibie. Après le conflit, l’Allemagne, vaincue, a été dépossédée de ses colonies, au profit de la France, du Royaume-Uni et de la Belgique. C’est ainsi que le Ruanda-Urundi est tombé dans l’escarcelle de la Belgique.   

Premier écriteau de l’entrée de l’AfricaMuseum @monampembele

Le Musée royal de l’Afrique centrale, symbole marquant du colonialisme belge

L’un des symboles les plus marquants du colonialisme belge reste le musée royal de l’Afrique centrale, construit dans le parc de Tervuren, à la périphérie de Bruxelles. Tout commence en 1897, l’année de l’installation à Tervuren de la section coloniale de l’exposition universelle de Bruxelles, qui attire de nombreux visiteurs. Le musée (un établissement scientifique fédéral) est érigé sur le site entre 1905 et 1910. En 1910, lors de son inauguration, l’institution est baptisée musée du Congo belge, puis musée royal du Congo belge en 1952. Elle devient le musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) en 1960 et, depuis 2018, l’AfricaMuseum.

Mais ce musée traîne aussi, comme un boulet, une histoire sordide : il trône fièrement à l’emplacement du zoo humain dans lequel des Belges avaient parqué des Congolais lors de l’exposition universelle.

Cet imposant bâtiment dessiné par Charles Girault, l’architecte français du Petit Palais à Paris, est un joyau d’architecture néo-classique. Mais ce musée traîne aussi, comme un boulet, une histoire sordide : il trône fièrement à l’emplacement du zoo humain dans lequel des Belges avaient parqué des Congolais lors de l’exposition universelle.

Palimpsest of the Africa Museum 

Sur la décolonisation, de nombreux articles et des livres ont été écrits. Ne voulant être en reste, Matthias de Groof, de nationalité belge, et Mona Mpembele, d’origine congolaise, ont coréalisé un film documentaire intitulé « Palimpsest of the Africa Museum ». Pourquoi Palimpsest ? C’est un parchemin, dont la première écriture a fait place à un nouveau texte. Le titre du documentaire porte ainsi l’idée de revisiter le récit officiel de la colonisation afin de tenter d’en combler les déficiences éventuelles. Même si Mona Mpembele et Matthias de Groof n’ont pas forcément la même sensibilité, les deux réalisateurs ont toutefois réussi à croiser leurs regards sur la décolonisation.

« Notre film documentaire pointe du doigt le paradoxe d’une institution coloniale qui se lance le pari de se décoloniser. »

« Notre film documentaire pointe du doigt le paradoxe d’une institution coloniale qui se lance le pari de se décoloniser. On a voulu décoloniser une institution coloniale. C’est un peu paradoxal. Le film est donc un témoignage de ce processus complexe et révèle les difficultés d’un dialogue dépassionné entre Africains et représentants du musée. Il pointe du doigt le paradoxe de la volonté de décolonisation d’un des plus grands vestiges de la colonisation », explique Mona Mpembele.

« Ce documentaire contient la chronique d’une décolonisation boiteuse. Pendant des années, on suit le processus d’une volonté de décoloniser, mais… On explore les difficultés liées à cette tentative, ou même des tentatives de récupération de ce discours à d’autres fins », affirme, pour sa part, Matthias de Groof.

Les obstacles à la décolonisation

« Palimpsest of the Africa Museum » a remporté le « Filaf d’argent », lors du dernier festival international du livre d’art et du film (Filaf), un événement qui se tient chaque année à Perpignan (France). L’édition de 2020 a eu lieu du 26 octobre au 1er novembre. Ce prix permet au documentaire de rejoindre la filmographie des compétitions internationales.

Réalisé en partie à Kinshasa, où une série d’entretiens a été menée, le film met en lumière les obstacles à la décolonisation et soulève une foule de questions 

Réalisé en partie à Kinshasa, où une série d’entretiens a été menée, le film met en lumière les obstacles à la décolonisation et soulève une foule de questions : quelle est la fonction d’un tel musée ? Quelle est sa mission scientifique ? Le tournage a également eu lieu en Belgique et des images d’archives ont également été utilisées.

Le fonds flamand de l’audiovisuel a financé, à concurrence de 50 000 euros, la production de ce film dont le tournage a pris deux mois. Le texte a été écrit par In Koli Jean Bofane, un romancier congolais basé en Belgique et lauréat de plusieurs prix littéraires.

Certes, la colonisation a fait des dégâts dans les esprits aussi bien en Belgique que dans les ex-colonies. Mais dans les deux camps, des voix s’élèvent pour dire que les choses doivent avancer. « Les Belges ont été colonisés mentalement aussi, par la propagande des institutions, des films orientés, etc. D’où cette nécessité de se décoloniser et de voir aussi les perspectives qui viennent du Congo. La colonisation a construit une divergence. La décolonisation implique de déconstruire cette opposition de vues, alors qu’il y a une réalité partagée », note Matthias de Groof.

Vives critiques de visiteurs

Le musée a longtemps été l’objet de vives critiques de visiteurs qui pouvaient y découvrir une plaque sur laquelle était inscrit « La Belgique a apporté la civilisation au Congo ». Cette situation a conduit des structures composées de personnes venues de diverses régions du continent africain à faire part de leurs préoccupations aux responsables du musée.

Les discussions suscitées par la décolonisation vont bien au-delà des milieux congolais, rwandais et burundais.

Les discussions suscitées par la décolonisation vont bien au-delà des milieux congolais, rwandais et burundais. Bruxelles, ville multiculturelle, accueille de nombreux étrangers. Le « Collectif – mémoire coloniale », une association militante, regroupe des Africains issus de plusieurs pays du continent. Les groupes qui ont fait part de leurs préoccupations aux responsables du musée étaient constitués de personnes venues de diverses régions du continent africain.  

« Les communautés africaines voulaient devenir des acteurs du changement que l’on réclame. Ce musée a été et est encore, d’une certaine manière, l’instrument principal du roi Léopold II pour faire accepter, en Belgique et dans le reste du monde, l’entreprise coloniale qu’il menait au Congo », explique Billy Kalonji, un spécialiste des questions de « diversité culturelle inclusive ».

Le Comraf

Cette démarche, effectuée il y a une vingtaine d’années, s’était, dans un premier temps, heurtée au refus des administrateurs du musée. C’est après la conférence de Durban sur le racisme, organisée sous l’égide des Nations Unies, en 2001, que les choses se sont accélérées et que la Belgique s’est engagée à lutter efficacement contre ce fléau. Le Royaume avait été indexé pour sa gestion des problématiques touchant à la diversité.

En 2002, le nouveau directeur du musée a reçu des représentants de communautés africaines et accepté d’examiner leurs revendications. Ces échanges ont débouché sur la mise en place du Comité de concertation MRAC-Associations africaines (COMRAF) chargé de nouer le dialogue avec l’institution muséale. Dirigé par Billy Kalonji, le Comraf est composé de 17 membres, dont des Belges.

« Nous avons réalisé que nous ne pouvions plus accepter ce qui était présenté dans ce musée. Nous tenions à ce que l’Afrique et son histoire soient présentées autrement qu’à travers le prisme colonial », note Billy Kalonji.

« Nous avons réalisé que nous ne pouvions plus accepter ce qui était présenté dans ce musée. Nous tenions à ce que l’Afrique et son histoire soient présentées autrement qu’à travers le prisme colonial » 

Lifting du musée

Le musée a subi un lifting entre 2014 et 2018. Des travaux ont été effectués pour moderniser les installations et intégrer notamment les préconisations du Comraf.

AfricaMuseum. Bruxelles. Exposition permanente. Décembre 2018 @monampembele.

Les relations entre les parties ont parfois été houleuses. Néanmoins, les choses bougent peu à peu, même si le chemin à parcourir est encore long. « Le Comraf avait pour objectif d’être un acteur au sein du musée. Ce n’est toujours pas le cas. Donc on ne peut pas encore dire mission accomplie », précise, avec une pointe de regret, Billy Kalonji.

« Le tableau n’est pas complètement sombre. De plus en plus de Belges et d’Africains se montrent disposés à engager le dialogue pour évacuer ce passé qui plombe parfois le ‘‘vivre-ensemble’’ »

Malgré les incompréhensions suscitées par la période coloniale avec son lot de tragédies, de plus en plus de Belges et d’Africains se montrent disposés à dialoguer pour évacuer ce passé qui plombe parfois le « vivre-ensemble ». Les jeunes générations semblent généralement plus promptes à tourner la page et à avoir des rapports plus apaisés avec l’histoire.  

Une Commission Vérité et Réconciliation

« L’idée que le colonialisme n’était pas une idée géniale est largement partagée en Belgique. Ceux qui sont dans l’idéologie coloniale constituent une petite minorité aujourd’hui, toutes générations confondues », explique Matthias de Groof.

« L’idée que le colonialisme n’était pas une idée géniale est largement partagée en Belgique. Ceux qui sont dans l’idéologie coloniale constituent une petite minorité aujourd’hui, toutes générations confondues »

Autre fait positif : le Parlement belge a annoncé la mise en place, en décembre, d’une Commission Vérité et Réconciliation pour se pencher sur l’époque coloniale et faire des recommandations. Cette commission aura une année pour rendre ses conclusions avant l’ouverture d’un grand débat sur toutes les questions sensibles liées à la colonisation qui sont restées taboues ces dernières années. On s’attend à ce que les vérités soient dites et (toutes) les archives ouvertes au public. 

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