Commerce de détail : qui vend quoi, où et à qui au Congo-Brazzaville ?

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Longtemps dominé par des Ouest-africains et quelques Congolais, pour le commerce de détail, et par le groupe Casino s’agissant de la grande distribution, au fil du temps, le secteur de la distribution a vu apparaître de nouveaux acteurs et de nouveaux types de magasins. Parmi ces opérateurs figurent les Indiens, qui s’imposent de plus en plus dans ce secteur. L’autre nouveauté est l’émergence de centres commerciaux, plus ou moins vastes. Le marché traditionnel, de produits frais notamment, demeure l’apanage des Congolais, principalement des femmes.

En une décennie, le commerce, alimentaire et de services, s’est transformé au Congo-Brazzaville. Le petit commerce, une activité plus ou moins informelle, dont les lieux de vente sont souvent des échoppes, ainsi que le marché traditionnel sont toujours vivants. Toutefois, la grande distribution (hypermarché, supermarchés et supérettes), dont la formule de vente dominante est le libre-service, se développe. Les boutiques spécialisées se diversifient tandis que des centres commerciaux ont fait leur apparition dans le paysage urbain. Par ailleurs, dans le secteur moderne, la gestion et la commercialisation recourent davantage aux technologies d’aujourd’hui (informatique, réseaux sociaux, etc.).

La grande distribution et les boutiques modernes spécialisées sont plutôt l’apanage des étrangers, notamment des Indiens et des Libanais.

La grande distribution et les boutiques modernes spécialisées sont plutôt l’apanage des étrangers, notamment des Indiens et des Libanais, rejoints, plus récemment, par des Turcs. Les Ouest-Africains restent cantonnés dans leurs petites échoppes. Les acteurs congolais de la distribution forment deux catégories. Les plus nombreux opèrent dans le commerce plus ou moins informel (vente de boissons, caves et marchés traditionnels), tandis qu’un groupe, très restreint, évolue dans des secteurs plus pointus, exigeant des compétences techniques, et utilise des outils modernes de gestion et de vente.

Géant Casino et Grand fleuve

Pendant longtemps, la grande distribution a été dominée par l’enseigne Casino de Score Congo, filiale du groupe monégasque Mercure International. L’entreprise compte un hypermarché à Brazzaville, le tout premier du genre au Congo, et un supermarché à Pointe Noire. 

Pendant longtemps, la grande distribution a été dominée par l’enseigne Casino de Score Congo.

Sa force ?  À Pointe-Noire, l’enseigne bénéficie de la présence d’expatriés, habitués aux produits européens, notamment français, qu’elle propose largement. À Brazzaville, outre une clientèle, expatriée ou congolaise, également habituée aux produits français, d’autres facteurs ont joué en sa faveur. Primo, la taille de son hypermarché baptisé « Géant Casino » (2500 m2), ouvert, en avril 2016, en remplacement de l’ex-supermarché Score, et son implantation dans le centre commercial dénommé « Grand fleuve » qui regroupe une Fnac et plusieurs boutiques. En second, la variété de son offre, la promotion de produits locaux et de la sous-région et, cerise sur le gâteau,  des plats cuisinés, essentiellement congolais, préparés par des « mamans » brazzavilloises. Pizzas, poulets grillés, barquettes de légumes préparés sur place, riz mijoté, saka-saka, madessou (haricots), poissons grillés ou fumés et autres plats congolais… L’éventail est large. L’ensemble a fait de « Grand fleuve » un lieu d’achat mais également de promenade en famille ou entre amis, en particulier le dimanche.

Les Indiens s’imposent dans la grande distribution

Si l’hypermarché Géant Casino reste une référence dans la grande distribution, force est de reconnaître que les Indiens lui font de plus en plus concurrence. Ces derniers se sont d’abord installés, à la fin des années 1990, à Brazzaville où le groupe Regal, une filiale de Gay Impex, a été fondé en 1998 par Parmanand Daswani. Puis, de Brazzaville, le groupe a mis pied à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, où la communauté indienne, désormais très implantée, domine largement la grande distribution, avec de nombreuses enseignes.

Au Congo-Brazzaville, le groupe indien Regal a, au fil des ans, renforcé sa présence, avec des formats de distribution diversifiés. Il a d’abord ouvert un supermarché et des supérettes, sous les enseignes Park’n’ Shop et Regal,  dans chacune des grandes villes du pays (Brazzaville et Pointe-Noire)  et à Dolisie, le chef-lieu du département du Niari.

La force du groupe indien Regal est de ne pas avoir misé seulement sur le supermarché, mais d’avoir opté pour une politique de proximité, avec l’ouverture de supérettes, de taille variable

La force du groupe est de ne pas avoir misé seulement sur le supermarché, mais d’avoir opté pour une politique de proximité, avec l’ouverture de supérettes, de taille variable, qui permet au groupe de s’établir dans des quartiers populaires, loin des centres-villes. En outre, il a su adapter son offre au pouvoir d’achat de ses clients. Ainsi, on ne retrouve pas les mêmes produits dans tous les établissements. Aujourd’hui, le groupe Regal compterait une dizaine de magasins à Brazzaville, 13 à Pointe-Noire dont un Park’n’Shop Intermarché et 2 à Dolisie.  

Loin de se limiter aux produits alimentaires, cosmétiques et d’entretien ainsi qu’à l’électroménager, la petite quincaillerie et les articles de bazar, le groupe a ouvert des magasins spécialisés dans l’informatique, la papeterie et même la vente de motos.

D’autres acteurs, minoritaires, opèrent également dans la distribution. À Brazzaville, Market-Brazza, une enseigne détenue par des Yéménites, a installé un petit supermarché dans le quartier populaire de Moukondo. Pointe-Noire abrite l’enseigne congolo-malienne Super Market group mais également l’enseigne Franprix.

Dans cette recomposition du paysage de la grande distribution, les perdants sont les Chinois. Leur enseigne Asia Congo a quasiment disparu de Brazzaville.

Émergence de centres commerciaux

Grand Fleuve n’est plus le seul grand centre commercial moderne de Brazzaville. De nouvelles galeries commerciales, appelées parfois Mall, ont vu le jour dans la capitale congolaise. L’une d’elles est Leila Mall, dont le promoteur est la société SCI Immoinvest, du groupe Burotop MBTP, fondé par des Libanais. Le centre commercial, qui s’étend sur 8500 m2, près du Trésor congolais, abrite plusieurs enseignes, dont le Comptoir d’électricité du Congo, Sada motors, la Maison Kabalan Plus (ameublement, mobilier de bureau, décoration intérieure, etc.), Star foods, un petit supermarché géré par des Indiens et Kyra (parfumerie et cosmétique), ainsi que deux franchises, Mango (prêt-à-porter pour femme) et le français Paul  (pâtisserie, boulangerie et restauration rapide).

De nouvelles galeries commerciales, appelées parfois Mall, ont vu le jour dans la capitale congolaise.

Situé à deux pas de la gare, un centre commercial, de 5 étages, abrite deux magasins : Orca Congo Brazzaville (ameublement, vaisselle, articles de jardinage), une filiale de la chaîne éponyme, dont le fondateur est le libanais Jalal Kaawar, établi à Dakar (Sénégal), et une succursale de LC Waikiki, nom d’une ancienne marque française rachetée par la société turque Tema Textile.

Un nouvel espace, le « Brazza Mall », a été mis en service, en décembre 2023, dans le quartier de Mpila. Bâti sur un espace de 48 000m2 , il offre plusieurs lieux de vente et de restauration. Pour l’heure, la crise aidant, il n’attire pas encore beaucoup de commerçants.

Pointe-Noire n’est en reste en matière de magasins et de galeries commerciales. Elle accueille une succursale de LC Waikiki, un magasin d’Orca Congo et bien d’autres enseignes ainsi que plusieurs centres commerciaux dont Moka, King Chop, La Pointe, etc.

Lire aussi : Galerie-Art-Brazza : changer le regard sur l’art.https://www.makanisi.org/galerie-art-brazza-changer-le-regard-sur-lart/

Petit commerce de proximité des Ouest Africains

Bien qu’ils commencent à être concurrencés par les supérettes indiennes, les Ouest-Africains (Mauritaniens, Maliens, Sénégalais, Guinéens, etc.), surnommés Ouest-Af ou Waras par les Congolais, ont toujours un pied dans le petit commerce d’alimentation. Peu de villes, de quartiers et de villages échappent à leurs filets. Seule la cité de Mouyondzi, dans le département de la Bouenza, a pu se soustraire à leur hégémonie. Et pour cause. Réputés pour être de redoutables commerçants, les Bembé, majoritaires dans la région, ne leur ont cédé quasiment aucune boutique.

Les Ouest-Africains, surnommés Ouest-Af ou Waras par les Congolais, ont toujours un pied dans le petit commerce d’alimentation

Les lieux de vente des Ouest-Africains sont principalement des échoppes, dont la plupart ne paient pas de mine. Certaines sont même réduites à un conteneur. S’y entassent toutes sortes de produits : conserves alimentaires, biscuits, yaourts, lait en poudre, boissons sucrées, eaux minérales, bougies, savons et autres produits d’entretien et de beauté… Peu d’articles frais, à l’exception du pain, des viennoiseries, des oignons et de quelques rares fruits, surtout des pommes. Chaque boutique dispose au minimum d’un frigo et d’un petit congélateur. Et d’un groupe électrogène pour les plus nantis, qui alimente aussi une ampoule placée sur la façade extérieure du magasin. Ce qui permet, au passage, d’éclairer la rue quand le « courant est parti ».

Les Ouest-Af ne se sont pas cantonnés au commerce de première nécessité. On les trouve dans la vente d’objets artisanaux, de bijoux, en argent et en or, qu’ils fabriquent eux-mêmes. Ils opèrent aussi dans la vente de divers produits : vêtements « prêt-à-porter » et chaussures, pagnes, wax notamment, matériel électrique, électroménager, hifi, téléphonie mobile, quincaillerie, matériaux de construction, etc. Des marchés qu’ils doivent partager avec d’autres Africains (Camerounais, Rwandais et Nigérians) et des Chinois. Plus rarement avec des Congolais. Reste que nombre de ces commerçants originaires d’Afrique de l’Ouest font peu d’efforts pour moderniser leur magasin. En milieu urbain, cela pourrait leur être fatal à long terme.

 
Plus de modernité chez les Congolais

Les Congolais, les jeunes notamment, occupent aussi le créneau de la vente de téléphones portables et de matériels électroniques et informatiques. Les plus entreprenants ajoutent à ce commerce un plus, basé sur une offre de services, qui requiert une compétence technique. Tel est le cas de Vivien Ngoma et de sa start-up Phoenix, qui, outre la vente de matériel bureautique et informatique et d’articles de téléphonie mobile, propose des services de dématérialisation de process, de digitalisation, de gestion électronique de documents et de création de sites web.

Les Congolais les plus entreprenants ajoutent à la vente de matériels un plus, basé sur une offre de services, qui requiert une compétence technique.

Des jeunes Congolais se sont également lancés dans la distribution de produits frais, selon la méthode du « circuit court ». Ce qui n’a pas toujours été un succès, la majorité de la population étant peu familiarisée avec ce mode de distribution, préférant aller au marché, qui est aussi un lieu d’échanges notamment entre femmes.

D’une manière générale, les jeunes, qui ont acquis des compétences, recourent assez volontiers à des techniques de vente plus modernes, n’hésitant pas à utiliser les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Tik-Tok) pour se faire connaître et communiquer avec leurs clients. Certains ont même misé sur le e-commerce, la vente en ligne leur évitant de louer une boutique, dont le loyer est cher, et leur épargnant casse-tête des déplacements et des délestages d’électricité, de plus en plus fréquents. 

Les jeunes, qui ont acquis des compétences, recourent assez volontiers à des techniques de vente plus modernes, n’hésitant pas à utiliser les réseaux sociaux

Caves, marchés traditionnels et vente de pains

On retrouve les Congolais (hommes et femmes) dans la vente de boissons alcoolisées. Un créneau délaissé par les commerçants musulmans d’Afrique de l’Ouest, qui ne consomment pas d’alcool. La bière et les sucrés (sodas) font l’objet d’un commerce informel de proximité. Plus d’une « maman » vend, en effet, à ses voisins, ces breuvages très prisés des Congolais qu’elle stocke chez elle dans son frigo. La vente de vin et autres alcools se réalise plutôt dans des échoppes, surnommées « caves », tenues par des Congolais, qui font aussi office de bars. En revanche, les Congolais sont moins présents qu’autrefois dans le rayon habillement. Le pouvoir d’achat ayant baissé, la population se rabat sur les fripes.

La vente de vin et autres alcools se réalise plutôt dans des échoppes, surnommées « caves », tenues par des Congolais, qui font aussi office de bars

Le marché traditionnel, en dur, couvert ou non, reste le domaine incontestable et incontesté des Congolais. Des Congolaises plutôt, qui sont les reines du commerce du vivrier frais : légumes, fruits, feuilles, poissons, viandes, volailles et autres. Dans toutes les villes et les bourgades du pays, elles sont les premières levées pour aller vendre leurs productions avant d’aller aux champs. Mieux vaut se rendre au marché avant 8 heures, au risque de revenir bredouilles. 

Un autre secteur commercial tenu par les Congolais est celui de la boulangerie artisanale. Cette activité s’est développée pendant la pandémie de Covid-19 et avec la crise.  En revanche, la vente de pain industriel, de viennoiseries et de pâtisseries est contrôlée par les Libanais. À Brazzaville, leurs pâtisseries les plus connues sont la Mandarine, avenue du cardinal Bayenda et la Gourmandine, près de l’hôtel Mikhael.  

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