Congo-B : le football en crise, la justice intervient

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Jean-Guy Blaise Mayolas, président de la FECOFOOT, présentant ses voeux en 2024

La crise qui secoue la Fédération congolaise de football (FECOFOOT) a franchi un nouveau cap, avec l’arrestation, fin février 2026, du secrétaire général Badji Mombo Wantete, ainsi que du responsable des services financiers. Si les raisons de ces incarcérations n’ont pas été divulguées, tout porte à croire qu’elles s’inscrivent dans le long feuilleton qui paralyse le fonctionnement du football congolais. Un feuilleton qui tient le public en haleine et qui inclut notamment l’inculpation du président de la FECOFOOT et du secrétaire général, aujourd’hui en détention. En arrière-plan, se profile une affaire de gros sous, sur fond de rivalités entre le ministre des sports et quelques hauts responsables de la Fédération.

Jean-Guy Blaise Mayolas, le président de la FECOFOOT, et le secrétaire général Badji Mombo Wantete sont appelés à comparaître devant le Tribunal correctionnel de Brazzaville pour des faits présumés de blanchiment et de détournements de fonds. Cette décision intervient à l’issue d’une longue enquête judiciaire.

L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée en 2025 par le ministre des Sports, Hugues Ngouélondélé. Le ministre accuse les dirigeants fédéraux d’avoir détourné près de 1,5 million de dollars versés par la FIFA, notamment dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 et du développement du football féminin. Sans surprise, Jean-Guy Blaise Mayolas et Badji Mombo Wantete se défendent de tout recours à des pratiques répréhensibles ou illégales dans le cadre de cette affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Les deux inculpés bénéficient de la présomption d’innocence, en attendant l’ouverture de leur procès dont la date n’a pas encore été officiellement fixée.

Des flux financiers au cœur des soupçons

Les éléments versés au dossier indiquent que la FECOFOOT aurait procédé à plusieurs virements considérés comme inexpliqués par les enquêteurs, en faveur de quelques entreprises et établissements domiciliés au Congo, parmi lesquels La Forestière congolaise du Niari, Confort Travel Service, les établissements Mack, Kouth, Catho et Lionel. La justice est appelée à établir la nature exacte des prestations fournies et à déterminer s’il y a eu favoritisme ou usage irrégulier des fonds fédéraux.

Pour l’essentiel, les charges retenues à ce stade contre les protagonistes de cette affaire portent sur des transactions financières suspectes, une possible attribution préférentielle de contrats à des sociétés proches de certains dirigeants, ainsi qu’une gestion contestée des ressources de la Fédération. Les accusations et démentis se succèdent à une vitesse vertigineuse. La justice sera amenée à trancher après avoir entendu toutes les parties concernées.

Une crise institutionnelle aux ramifications internationales

La crise éclate publiquement en octobre 2024, lorsque le ministère des Sports intervient directement dans la gestion de la FECOFOOT et installe une commission ad hoc chargée de diriger la Fédération. Une initiative vivement critiquée par la FIFA, farouchement opposée aux ingérences gouvernementales dans la gestion du football national. La doctrine de la FIFA est claire : le football doit être considéré comme un sanctuaire et tenu à l’écart des contingences politiques. 

L’Assemblée générale extraordinaire ayant conduit à la mise en place de ce comité est déclarée « nulle et de nul effet » par l’instance mondiale. Quelques mois plus tard, le 6 février 2025, la FIFA suspend la FECOFOOT de toutes les compétitions internationales, invoquant précisément l’immixtion des autorités politiques.

Cette sanction entraîne l’exclusion des Diables Rouges, l’équipe nationale, et des clubs congolais des compétitions continentales, aggravant une situation sportive déjà fragile. La suspension est néanmoins levée en mai 2025, après que des mesures visant à rétablir l’autonomie de la Fédération aient été mises en place.

Une gouvernance instable et des décisions annulées

Le comité ad hoc, dirigé par William Théodule Bouka, était chargé d’expédier les affaires courantes. Mais en décembre 2024, il est à son tour fragilisé par des accusations de malversations internes. La FIFA suspend alors le comité et invalide l’ensemble de ses décisions, réaffirmant son opposition aux interférences politiques.

Dans ce contexte, l’instance internationale procède à la réhabilitation de l’équipe dirigeante conduite par Jean-Guy Blaise Mayolas, perçue par ses soutiens comme une victoire institutionnelle.

En novembre 2025, le Tribunal arbitral du sport (TAS) condamne les membres de la commission ad hoc dissoute à verser 25 millions de francs CFA à la FECOFOOT, estimant que l’Assemblée générale de septembre 2024 avait été organisée en violation des statuts fédéraux. Cette condamnation s’inscrit dans le droit-fil de la sentence rendue par le TAS en faveur de la FECOFOOT de Jean-Guy Blaise Mayolas.

Un conflit politique et personnel

Derrière la bataille institutionnelle se profile également un affrontement politique. Le ministre des Sports, Hugues Ngouélondélé – ancien maire de Brazzaville et gendre du président Denis Sassou N’Guesso – accuse publiquement Jean-Guy Blaise Mayolas d’être responsable du déclin du football congolais. Les désaccords dépassent la seule question de gouvernance et traduisent une défiance personnelle et institutionnelle profonde.

Ancien inspecteur du Trésor, Jean-Guy Blaise Mayolas dirige la FECOFOOT depuis 2018, à l’issue d’une élection sans concurrent. Sous sa présidence, le football congolais traverse une période de régression marquée. Jean-Guy Blaise Mayolas rejette toute responsabilité dans l’état léthargique du football congolais. Il tient parfois des propos qui surprennent de nombreux amateurs du sport roi. « Le football est secondaire. Il faut que vous sachiez cela. Ça reste un jeu. Donc il ne faut pas être passionné par un jeu. Lorsqu’on vient jouer, c’est comme on joue aux dames, on n’est pas passionné », a-t-il déclaré tout récemment.

Un football national à l’arrêt

Le championnat national est paralysé depuis près de deux ans. Les stades restent fermés sur décision ministérielle. Les joueurs, les clubs et les supporters expriment leur lassitude face à une crise qui semble sans issue.

Sur le plan sportif, les Diables Rouges ne se sont plus qualifiés pour une phase finale de Coupe d’Afrique des Nations depuis 2010. Le pays, vainqueur de la CAN en 1972, traverse une longue disette qui alimente la nostalgie d’un football autrefois compétitif sur le continent africain. Révolus sont les temps où les équipes congolaises tutoyaient l’élite du football continental. Avant l’arrêt du championnat, on avait observé une baisse de fréquentation dans les stades. Le public, qui s’est détourné des gradins et des tribunes, paraît désormais plus enclin à suivre les matchs des championnats étrangers diffusés par des chaînes de télévision par satellite ou sur Internet. C’est ainsi que de plus en plus de Congolais semblent disposés à discuter de la rivalité entre le Real Madrid et le FC Barcelone en Espagne ou entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint Germain en France, plutôt que des hauts faits des clubs locaux tels que les Diables Noirs, l’Étoile du Congo ou le CARA.

Une crise aux conséquences durables

Jean-Guy Blaise Mayolas et Badji Mombo Wantete font l’objet d’une interdiction de sortie du territoire, sans qu’une décision officielle n’ait été publiquement notifiée. Les deux hommes, proches, incarnent désormais une gouvernance fédérale fragilisée par la justice, la politique et la défiance populaire.

Au-delà des responsabilités individuelles, la crise révèle les faiblesses structurelles du football congolais : retard dans la professionnalisation, dépendance financière, déficit de gouvernance, désaffection du public. Les clubs sont dirigés à l’ancienne, avec des bailleurs de fonds et autres généreux donateurs qui investissent dans un gouffre sans fond, sans le moindre espoir de rentabiliser leurs investissements. Pourtant, le football a des ressources. Une réflexion profonde pourrait amener les acteurs à comprendre, une bonne fois pour toutes, que les clubs peuvent générer des revenus en se métamorphosant et en tablant sur la palette de recettes utilisées sous d’autres cieux : billetterie, « merchandising », « naming », publicité, produits dérivés, droits de diffusion… Encore faut-il que les différents intervenants parviennent à un consensus sur les règles de base. S’ils sont à peu près d’accord sur le diagnostic qui est posé, les solutions envisageables pourraient être loin de faire l’unanimité. Le sport roi au Congo est malade et les amateurs sont au moins sûrs d’une chose : il faudrait un remède de cheval pour soigner le mal qui est beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air. Dans un pays où le football demeure un puissant vecteur d’unité nationale, l’enjeu dépasse largement le sort d’une fédération.