Sixième producteur africain de pétrole et premier de la zone Cemac, membre de l’OPEP et de l’Organisation Africaine des Producteurs de Pétrole (APPO) dont le siège est à Brazzaville, le Congo a enregistré une baisse de sa production d’hydrocarbures sous la conjugaison de plusieurs facteurs dont la pandémie de Covid-19 et la baisse des prix du pétrole qui ont ralenti l’investissement, plusieurs problèmes techniques et le déclin de certains champs. D’où la nécessité de relancer l’exploration, d’autant que le Congo, dont le volume des réserves prouvées équivaudrait à environ 25 ans de production, mise sur le développement du gaz, considéré comme une énergie propre, pour assurer sa transition énergétique.
Avec une production de 262 047 barils/jour (bbl/j), en 2023, selon le ministère congolais des Hydrocarbures et le Statistical Review of World Energy 2024, de l’Energy Institute, le Congo s’affiche comme le sixième producteur de pétrole d’Afrique, derrière le Nigeria, l’Algérie, l’Angola, la Libye et l’Égypte. Et le premier producteur de la zone CEMAC devant le Gabon (191 000 bbl/j), le Tchad (124 000 bbl/j) et la Guinée Équatoriale (108 000 bbl/j). Ces bonnes places ne doivent pas pour autant occulter les problèmes que le secteur pétrolier congolais rencontre.
Avec une production de 262 047 barils/jour (bbl/j), en 2023, le Congo s’affiche comme le sixième producteur de pétrole d’Afrique
Espoir en 2024
D’après le ministère congolais de l’Économie et des Finances (Direction générale de l’économie), de 122,644 Mbbl en 2019, la production pétrolière n’a cessé de décroître tombant à 99,9 Mbbl en 2021, 96,092 Mbbl en 2022. Elle est estimée à 95,647 Mbbl en 2023. Une baisse liée à la pandémie du Covid-19 et à la baisse des cours mondiaux qui ont pesé sur l’investissement, ainsi qu’à la limitation des échanges, notamment maritimes, qui ont retardé la livraison d’équipements nécessaires à l’activité pétrolière. Sont venus s’ajouter des dysfonctionnements techniques et des problèmes d’électricité. Le tout s’est traduit par des arrêts ponctuels de la production sur certains champs, notamment en 2022.
Production annuelle et journalière de pétrole brut en baril (Huile+GPL+Condensats)
| année | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 est. |
| MillionBarils/an | 120,394 | 122,644 | 112,271 | 99,899 | 96,092 | 95,647 |
| barils/jour | 329 847 | 336 013 | 306 753 | 272 950 | 263 267 | 262 047 |
En 2023, la reprise des investissements et la livraison d’équipements aidant, la production devait se redresser pour atteindre 100 Mbbl. Mais de nouveaux problèmes techniques en fin d’année ont entraîné un nouvel arrêt temporaire de la production. Les données ont dû être revues à la baisse.
L’année 2024 s’annonce sous de meilleurs auspices. La production est projetée à 107 Mbbl, puis plafonnée à ce niveau en 2025 et 2026, à moins de nouvelles découvertes pétrolières.
L’année 2024 s’annonce sous de meilleurs auspices. La production est projetée à 107 Mbbl, puis plafonnée à ce niveau en 2025 et 2026, à moins de nouvelles découvertes pétrolières. Les champs les plus prometteurs sont Moho-Nord, très riche en pétrole, Boatou, Banga Cayo et Holmoni.
La principale destination des hydrocarbures du Congo est l’Asie, dont la part dans le total des exportations est toutefois en baisse depuis 2018, malgré une remontée en 2021. Loin derrière arrive l’Europe dont les importations de pétrole congolais sont en progression.
Évolution des exportations d’hydrocabures par destination (en % du total)
| 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | |
| Afrique | 0,45% | 0,39% | 4,16% | 0,54% | 1,89% | 0,17% |
| Amérique du nord | 4,26% | 5,29% | 2,07% | 2,39% | 2,42% | 5,96% |
| Asie | 88,92% | 86,00% | 81,74% | 91,53% | 73,22% | 77,15% |
| Caraïbes | 0,22% | 0,00% | 0,00% | 0,00% | 0,00% | 0,00% |
| Europe | 1,86% | 5,86% | 9,45% | 3,50% | 15,17% | 14,66% |
| Océanie | 4,29% | 1,63% | 0,91% | 2,04% | 0,00% | 0,00% |
| Amérique du sud | 0,00% | 0,83% | 1,68% | – 0,00% | 7,30% | 2,06% |
L’apport du secteur pétrolier à l’économie
En raison des difficultés évoquées plus haut et de la baisse des cours mondiaux, le Produit intérieur brut (PIB) pétrolier et sa part dans le PIB global sont en baisse. D’environ 60% du PIB en 2018 et 2019, sa part dans le PIB est tombée à 28,6% en 2020 pour s’établir à 37,4% en 2021. Après une remontée en 2021, elle a enregistré une nouvelle baisse en 2023 (23% du PIB), qui devrait, toutefois, être suivie d’une hausse en 2024.
Après une remontée en 2021, la part du pétrole dans le PIB a enregistré une baisse en 2023 (23% du PIB), qui devrait, toutefois, être suivie d’une hausse en 2024.
Évolution du PIB global, du PIB non-pétrolier et du PIB pétrolier de 2018 à 2023 (en milliards de FCFA)
| 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 est. | |
| PIB | 6476 | 6529 | 5937 | 6976 | 8689 | 8587 |
| PIB hors pétrole | 2544 | 2063 | 4245 | 4369 | 6153 | 6616 |
| PIB pétrolier | 3932 | 3926 | 1691 | 2607 | 2536 | 1971 |
Le secteur pétrolier représente, par ailleurs, 80% des exportations et près des deux tiers des recettes budgétaires.
Quatre qualités de pétrole, provenant des gisements du bassin côtier du Congo, sont commercialisées à l’échelle internationale : le Djéno mélange, le Nkossa Blend, le Nkossa propane et le Yombo. La part revenant à l’État au titre des contrats de partage de production est commercialisée par la SNPC.
Les CPP
Le développement du secteur pétrolier congolais repose en grande partie sur des partenariats internationaux. La majorité des opérateurs, qui ont la responsabilité du développement et de la production de gisements de pétrole ou de gaz, sont des filiales de compagnies étrangères. Titulaire de tous les permis (exploitation et recherche), la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) joue rarement le rôle d’opérateur. Elle ambitionne toutefois d’être plus active à ce niveau. Les privés nationaux d’envergure sont encore peu nombreux.
Les activités d’exploration et de production au Congo sont réglementées par des accords de partage de production.
Les activités d’exploration et de production au Congo sont réglementées par des accords de partage de production. Depuis 2016, année de la promulgation d’un nouveau code des hydrocarbures, et plus particulièrement depuis 2019, une série de lois approuvant des contrats de partage de production (CPP) ou renégociant des CPP avec des avenants quand il s’agit de modifications d’articles ou de cession de droits, ont été promulguées. Les anciennes conventions ont été transformées en CPP.
Le top 5 des producteurs
L’exploitation mobilise plus d’une quinzaine d’opérateurs. En principe, lorsqu’un permis d’exploitation est attribué, le champ est censé être développé et produire. Mais, dans la réalité, entre le moment où l’opérateur commence à le développer et le moment où ce champ entre réellement en production (la fameuse « first oil »), il peut se passer plusieurs mois. Pour des problèmes de rentabilité, des champs peuvent aussi être abandonnés. Ainsi, la quarantaine de champs pétroliers, situés en offshore et en onshore dans le bassin côtier, qui ont donné lieu à des permis d’exploitation, ne sont pas encore tous en production.
Cinq compagnies fournissaient l’essentiel de la production pétrolière du Congo en 2023
Cinq compagnies fournissaient l’essentiel de la production pétrolière du Congo en 2023. En tête, TotalÉnergies PE Congo, détenue par le groupe français TotalÉnergies (85%) et QatarEnergy (15%), assurait, en 2023, 41,26 % de la production du pays. Selon le rapport 2023 de TotalÉnergies, sa production est passée de 34 millions de barils équivalent pétrole (Mbep) en 2021 à 27 Mbep en 2022 et 25 Mbep en 2023. On est loin des 49 Mbep de 2019.
En deuxième position arrive le franco-britannique Perenco Congo (20,73% du total), spécialisé dans les champs matures et également investi dans la recherche. La compagnie annonçait, sur son site web, une production de 85 000 bl/j en 2022 et de 90 000 bl/j en 2023.
Eni Congo, filiale de l’italien ENI Spa (Ente Nazionale Idrocarburi), se place au 3ème rang. Selon le rapport 2023 d’ENI Spa, de 28 Mbep en 2022, sa production passe à 25 Mbep en 2023, retrouvant ainsi son niveau de 2021.
La chinoise Wing Wah (4ème rang) voit sa part de production augmenter depuis 2021. Congorep, une joint-venture entre Perenco (51% du capital) et la SNPC, qui arrive au 5ème rang, assure presque 10% de la production congolaise de pétrole brut depuis 3 ans.
Évolution de la production de pétrole des 5 premières compagnies pétrolières de 2018 à 2023 (en % du total)
| Sociétés | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 est |
| TotalEnergies EPCg | 31,16% | 60,40% | 67,44% | 57,16% | 46,01% | 41,26% |
| Perenco | 4,27% | 5,80% | 6,12% | 7,58% | 14,49% | 20,73% |
| ENI Congo | 9,69% | 11,19% | 2,27% | 16,97% | 9,80% | 13,89% |
| Wing Wah | 0,58% | 0,75% | 0,76% | 4,44% | 8,94% | 12,04% |
| Congorep | 5,05% | 11,20% | 6,75% | 9,82% | 9,48% | 9,36% |
Les autres opérateurs
L’exploitation mobilise d’autres opérateurs, souvent des juniors. Certains sont des filiales de sociétés étrangères, comme Olive Energy Congo, filiale de la société de service américaine Olive Energy, le suisse Mercuria (Marine XI) et le nigérian Pelfaco.
Les opérateurs nationaux comptent dans leurs rangs Africa Oil & Gas Corporation (AOGC), créée en 2003 ainsi que la Société nationale de recherche et de production (Sonarep), une des filiales de la SNPC.
Au cours des trois dernières années, de nouveaux opérateurs ont émergé dans l’exploitation.
Au cours des trois dernières années, de nouveaux opérateurs ont émergé dans l’exploitation. Ainsi, le britannique Trident Energy a acquis la totalité du capital de Chevron Overseas Limited Congo, qui avait des participations dans des champs dont TotalÉnergies EP Congo était opérateur. Suite à des négociations avec le groupe français, Trident Energy détiendra une participation directe de 85% dans les champs de Nkossa et Nsoko II, de 21,5 % dans le champ Moho-Bilondo et de 15,75% dans Lianzi. Les négociations devraient être validées par le gouvernement congolais d’ici la fin de l’année 2024. L’italien Ammat Global Resources (Ammat) a également fait son entrée dans le pays.
Les participations minoritaires
Très souvent, des permis d’exploitation associent des sociétés dont les participations sont minoritaires. Des privés nationaux, dont AOGC, Orion Oil, Petro-Congo (Petco) et Ifouret, qui ont fait leur entrée dans la filière à la faveur des dispositions du code des hydrocarbures de 2016, évoluent dans ce segment.
Dans cette catégorie figurent aussi des filiales de groupes pétroliers étrangers et de sociétés également étrangères opérant dans le parapétrolier (ingénierie, construction ou transport). On peut citer Lukoil Upstream Congo, filiale du groupe russe Lukoil, n°2 mondial pour ses réserves, Kontinent Energy (Cameroun), Hemla (Norvège) et DMT Overhood, une société d’ingénierie industrielle installée à Pointe-Noire. Les sociétés Transfal, Bluegreen, filiale du suisse Bluegreen Holdings LTD et l’italien Rosetti sont associés dans les permis opérés par Ammat.
L’exploration mobilise moins d’acteurs, une dizaine environ, pour deux raisons : elle coûte cher et elle est risquée.
Du nouveau dans l’exploration
L’exploration mobilise moins d’acteurs, une dizaine environ, pour deux raisons : elle coûte cher et elle est risquée. Les trois leaders de la production, Eni Congo, Perenco et TotalEnergies EP Congo, sont présents sur ce segment. D’autres opérateurs, dont des juniors, évoluent aussi dans ce secteur. Figurent parmi eux le suisse Philia, le britannique New Age et Oriental Energy Sau, filiale de l’américain Oriental Energy Pte Limited, une société créée en 2008 pour fournir, à l’origine, des services de recrutement à l’industrie pétrolière et gazière offshore, ainsi qu’à l’industrie maritime et à la construction navale
La recherche a attiré récemment de nouvelles compagnies dont la China Oil Natural Gas Overseas Holding, qui a obtenu un permis très contesté, car situé dans le parc national de Conkouati-Douli, ainsi que la société de droit seychellois Dingheng Mining Co Limited, dont le DG chinois, Yongkong Li, est également président de Beijing Fortune Dingheng Investment. Cette dernière a en projet la construction de la raffinerie Atlantique Pétrochimie, dans la ZES de Pointe-Noire, emprise B. Autre nouvelle venue dans l’exploration, la Société Africaine de Recherche Pétrolière et Distribution (SARPD-Oil), dirigée par le Congolais Willy Etoka, a obtenu un permis dans la Cuvette.
Un grand effort d’investissement dans la recherche s’impose pour répondre aux exigences de la transition énergétique du Congo qui mise sur le gaz naturel
Doper la recherche
Compte tenu de la tendance baissière de la production d’hydrocarbures observée au cours des trois dernières années, un grand effort d’investissement dans la recherche s’impose pour répondre aux exigences de la transition énergétique du Congo qui mise sur le gaz naturel, et plus généralement pour doper l’économie et les finances congolaises. Les deux majors semblent avoir pris conscience de l’enjeu. TotalÉnergies a annoncé un investissement de 600 millions de dollars dans l’exploration et l’exploitation, selon la Chambre africaine de l’énergie. ENI Congo investit également, en particulier dans la filière Gaz naturel liquéfié (GNL).
Fin juin, lors de la visite d’État du président congolais, Denis Sassou Nguesso, à Moscou, la compagnie russe Lukoil, dont la filiale au Congo, Lukoil Upstream Congo, est associée dans des permis opérés par ENI Congo, a manifesté son intérêt pour les ressources en hydrocarbures, notamment en gaz, du Congo. Lukoil pourrait donc se positionner à l’avenir comme opérateur dans la recherche pétrolière, mais aussi dans le GNL et la mise en valeur des ressources gazières, telle que la production d’engrais. C’est du moins ce qu’a fait savoir à la presse son vice-président Ivan V. Romanovsky, en marge de la visite d’État du président congolais.














