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dimanche 14 juillet 2024
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Le Congo passe de 12 à 15 départements

De 12 départements, le Congo devrait passer à 15 départements. Une décision qui se justifierait par le souhait du gouvernement congolais de mettre en place une administration de proximité. Les projets de loi soumis par le ministre de l’intérieur, de la décentralisation et du développement local au Conseil des ministres, qui s’est réuni le 3 juillet 2024, ont été approuvés. Il reste au Parlement à donner son avis et à promulguer les lois. Qu’en penseront les Congolais, surtout ceux qui seront directement concernés par les changements ?

Le nouveau découpage territorial proposé prévoit la création de trois nouveaux départements : le Congo-Oubangui, la Nkéni-Alima et le Djoué Léfini. Héritage de la colonisation, le nom de chacune de ces nouvelles entités fait référence à des cours d’eau.

Le nouveau découpage territorial proposé prévoit la création de trois nouveaux départements : le Congo-Oubangui, la Nkéni-Alima et le Djoué Léfini.

Deux principaux arguments ont été avancés pour justifier leur mise en place. L’un est l’éloignement de certains districts par rapport à leur chef-lieu de département, qui rend difficiles les déplacements pour joindre la préfecture et les relations entre l’administration et les administrés.

L’autre est le nombre élevé de districts que comptent des départements comme ceux des Plateaux et du Pool. Parfois les deux problèmes se cumulent. À noter que le département du Niari, qui compte 14 districts et s’étend de la frontière avec le Gabon jusqu’à celles de la RDC et de l’Angola (Cabinda), échappe à ce découpage.

À cette recomposition géographique et territoriale, s’ajoute la création de nouveaux districts, ainsi que l’érection de nouvelles communautés urbaines.

La création de ces entités administratives bouleverse la configuration de cinq départements.

La création de ces entités administratives bouleverse la configuration de cinq départements. Certains comme la Cuvette, la Likouala, les Plateaux et le Pool verront leur superficie et le nombre de leurs districts diminuer. En revanche, le territoire du département de Brazzaville sera légèrement étendu.

Localisation des départements qui seront créés et de ceux impactés par les changements- Montage Makanisi (source :carte des districts parue dans le RGPH-5 2023

Le département du Congo-Oubangui, entre Cuvette et Likouala

Le plus septentrional des nouveaux départements est le Congo-Oubangui, qui regroupera les districts de Mossaka et de Bokoma, tous deux situés dans l’actuelle Cuvette, ainsi que ceux de Liranga et de Loukoléla, riverains de l’Oubangui, l’un des principaux affluents du fleuve Congo. Son chef-lieu sera Mossaka, qui était jusqu’à présent le chef-lieu du district éponyme. L’érection du Congo-Oubangui est justifiée par l’éloignement de ses futurs districts de leurs actuels chefs-lieux de département respectifs.

Le plus septentrional des nouveaux départements est le Congo-Oubangui, qui regroupera les districts de Mossaka et de Bokoma, ainsi que ceux de Liranga et de Loukoléla

Bien évidemment, cette création induit une redéfinition du ressort territorial des départements de la Cuvette et de la Likouala. Amputée de deux districts, la nouvelle Likouala comptera la commune d’Impfondo, qui restera le chef-lieu de département, ainsi que les districts d’Impfondo, Bouanéla, Épéna, Ényellé, Bétou et Dongou.

Également « redimensionnée », selon les termes du Conseil des ministres, la Cuvette comprendra désormais les communes d’Owando et d’Oyo, ainsi que les districts d’Owando, Boundji, Ngoko, Makoua, Ntokou, Tchikapika et Oyo. Son chef-lieu restera Owando.

Le nouveau département de Nkéni-Alima

La création du département de Nkéni-Alima est due au fait que l’actuel département des Plateaux compte onze districts « très éloignés du chef-lieu Djambala », souligne le compte-rendu du Conseil des ministres. D’où la nécessité de « réduire sa taille géographique » pour rapprocher les administrés de l’administration. Ainsi la nouvelle Nkéni-Alima regroupera les districts de Gamboma, Abala, Allembé, Ollombo, Ongoni et Makotipoko. Son chef-lieu sera Gamboma.

La nouvelle Nkéni-Alima regroupera les districts de Gamboma, Abala, Allembé, Ollombo, Ongoni et Makotipoko. Son chef-lieu sera Gamboma.

De quoi enchanter Gamboma, en concurrence depuis des décennies avec Djambala. Chef-lieu de la circonscription de l’Alima-Léfini en 1920, Gamboma a perdu son titre au profit de Djambala en 1933. La ville s’est rattrapée en 1936 en devenant le chef-lieu du département de l’Alima. Un statut qu’elle devra lâcher en 1944, quand Djambala sera promue chef-lieu du département de l’Alima-Léfini. Avec la recomposition territoriale, Gamboma devient l’égal de Djambala ;

Le département des Plateaux redimensionné

Diminué de six districts, le département des Plateaux « reconfiguré » regroupera la commune de Djambala et les districts de Djambala, Lékana, Mbon, Ngo, Mpouya ainsi que Bouemba, une nouvelle entité administrative qui sera mise en place. Djambala en restera le chef-lieu.

Le département des Plateaux « reconfiguré » regroupera la commune de Djambala et les districts de Djambala, Lékana, Mbon, Ngo, Mpouya ainsi que Bouemba, une nouvelle entité administrative qui sera mise en place.

Deux facteurs auraient motivé la création de ce nouveau district. L’un est la présence de Bouemba, une localité située dans l’actuel district de Gamboma, au sud de Makotipoko, sur la rive droite du fleuve Congo. Outre le marché sous-régional qu’elle abrite, la localité est « un atout majeur pour le développement des échanges commerciaux avec la RDC », informe le Conseil des ministres.  

L’autre facteur est « la forte concentration démographique répartie entre les grands villages de Bouemba (1864 habitants), Akana (1046 habitants) Obaba (1597 habitants) et Engankoun (1578 habitants) ». Autant d’arguments qui ont plaidé en faveur de la mise en place de ce nouveau district qui, par conséquent, sera doté des services de base de l’État.

La localité de Mpouya, pour sa part, sera érigée en communauté urbaine. Une récompense pour ce chef-lieu de district éponyme, dont les deux atouts seraient sa connexion par la route avec Ngo,  une agglomération située sur la RN2 et bien reliée aux grands centres du pays, et son rôle important dans le développement des échanges commerciaux avec la RDC.

Le Djoué-Léfini, prend la place du Pool nord

La consécration de ce futur département baptisé Djoué-Léfini s’expliquerait par la taille trop importante de l’actuel département du Pool. En effet, selon le Conseil des ministres, ce dernier « qui englobe la commune de Kintélé et les districts de Mayama, Ignié et Ngabé, oblige les autorités locales de ces circonscriptions administratives territoriales à contourner Brazzaville pour rejoindre le district de Kinkala, chef-lieu dudit département ».

Le département du Djoué-Lefini regroupera cinq districts : Ignié, Vinza, Kimba, Odziba et Ngabé. Son chef-lieu sera Odziba, ce qui donnera lieu à la création du district d’Odziba.

Ainsi, le département du Djoué-Lefini regroupera cinq districts : Ignié, Vinza, Kimba, Odziba et Ngabé. Son chef-lieu sera Odziba, une localité située le long de la RN2, dans l’actuel district de Ngabé.

La transformation d’Odziba en chef-lieu du département du Djoué-Léfini donnera lieu à la création du district d’Odziba, qui sera situé au centre du nouveau département, entre Ignié, Mayama et Ngabé. Les atouts d’Odziba ? « Une activité agricole florissante ainsi que la présence d’infrastructures essentielles, du passage de la route nationale n°2 et de l’accès à l’électricité provenant du barrage d’Imboulou ». La localité d’Odziba a abrité une des stations de recherches secondaires du Centre de recherche agronomique de Loudima (CRAL), devenu Institut national de recherche agronomique (INRA).

Le futur district d’Odziba, « extrait » de l’actuel district de Ngabé, imposera une redéfinition du ressort territorial de Ngabé.

Le « nouveau Pool redimensionné »

La création du Djoué-Léfini entraînera la modification des limites du département du Pool qui comprendra désormais la commune de Kinkala et les districts de Kinkala, Mindouli, Kindamba, Goma-Tsé-Tsé, Mbandza-Ndounga, Louingui, Boko et Loumo. Son chef-lieu demeurera Kinkala.

Le département du Pool comprendra désormais la commune de Kinkala et les districts de Kinkala, Mindouli, Kindamba, Goma-Tsé-Tsé, Mbandza-Ndounga, Louingui, Boko et Loumo

Il reste à souhaiter que la route Kinkala-Mindouli soit rapidement réhabilitée, voire également d’autres routes, pour désenclaver le futur Pool redimensionné. À défaut, ses habitants seraient obligés de passer par Brazzaville pour rejoindre les autres départements du pays.

On aura noté, au passage, la disparition de la commune de Kintélé du département du Pool redimensionné. La raison en est simple. « Cette redéfinition des limites territoriales du département du Pool a logiquement amené le Conseil à examiner un projet de loi portant redéfinition du ressort territorial du département de Brazzaville qui regroupera désormais les communes de Brazzaville et de Kintélé, ainsi que le district de l’ile M’Bamou », précise le Conseil des ministres du 3 juillet.

Le département de Brazzaville regroupera désormais les communes de Brazzaville et de Kintélé, ainsi que le district de l’ile M’Bamou 

Trois nouvelles communautés urbaines

À côté de ces grands bouleversements territoriaux, le Conseil des ministres a examiné et approuvé trois projets de loi portant sur l’érection de trois localités en communautés urbaines, dont les administrateurs-maires sont nommés par décret et non élus.

À côté de ces grands bouleversements territoriaux, le Conseil des ministres a examiné et approuvé trois projets de loi portant sur l’érection de trois localités en communautés urbaines.

L’une est Ngombé, située dans le district de Mokéko, dans le département de la Sangha. Elle abrite notamment la base industrielle de l’entreprise Industrielle Forestière de Ouesso (IFO), une filiale du groupe suisse Danzer, qui gère l’Unité forestière d’aménagement (UFA) Ngombé. La cité est assez bien équipée.

La deuxième est Ngouha 2, sise dans le massif du Chaillu, à 50 km au nord-ouest de Dolisie, dans le Niari, au croisement des districts de Kibangou, Divénié et Moutamba. Implantée dans une zone de forêt dense, la localité a abrité le Centre pilote d’afforestation en limba (Cpal), fruit d’un partenariat entre la France et le Congo. Créé en 1980, le centre a fermé en 1994. En 2017, une station de recherche en sciences exactes et naturelles, dépendant de la zone de Loudima, y a été établie. Le positionnement géographique de Ngouha 2 « constitue un atout dans le développement des échanges commerciaux », selon le Conseil des ministres.

La troisième localité est Loango, chef-lieu du district éponyme et siège de la préfecture du Kouilou. Située au bord de l’Atlantique, elle était le point d’aboutissement de la piste des caravanes et le lieu d’embarquement des esclaves lors de la traite négrière. Elle accueillera la troisième université publique du Congo, créée en 2022, en cours de construction. Baptisée université de Loango, elle assurera notamment la formation des futurs cadres techniques de l’industrie gazière du Congo, ainsi que la recherche sur les énergies de la transition énergétique.

Quel coût ?

Quel sera le coût financier de tous ces changements ? En plus des modifications de certains documents administratifs (pièces d’identité, passeports) et autres papiers, il faudra construire de nouveaux édifices tels que les hôtels de préfecture et de sous-préfecture, pour abriter les nouvelles administrations. Et réactualiser certains rapports et documents, comme le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) par exemple, pour mettre à jour des données statistiques. Le chantier est titanesque

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