
La guerre qui ravage l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a été au centre des discussions lors de la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, tenue le 30 octobre à Paris. Aucune avancée majeure n’a été annoncée au terme de ces travaux. La conférence a été marquée par l’absence de la plupart des chefs d’État de la région déchirée par des violences depuis plusieurs décennies.
Le conflit opposant les forces armées congolaises aux rebelles du M23/AFC, soutenus par le Rwanda, qui a déployé ses troupes sur le sol congolais, se poursuit. Les initiatives de médiation se succèdent, mais les belligérants ne semblent pas prêts à déposer les armes.
La conférence de Paris s’est néanmoins conclue sur une note encourageante : les bailleurs se sont engagés à mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations de la région directement affectées par la guerre.
Des absences remarquées
Les présidents Paul Kagame (Rwanda), Évariste Ndayishimiye (Burundi), Yoweri Museveni (Ouganda) et Samia Suluhu Hassan (Tanzanie) ont brillé par leur absence lors de cette conférence.
La rencontre, organisée conjointement par le Togo et la France, s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation menés sous l’égide de l’Union africaine. Le Togo agit en tant que médiateur officiel désigné par l’Union africaine, tandis que Paris tente de jouer un rôle actif dans la recherche d’une solution à ce conflit aux ramifications régionales complexes. Les tentatives précédentes, pilotées par le Kenya, l’Angola ou encore l’Union africaine, n’ont pas produit de résultats substantiels. Les positions des protagonistes demeurent difficilement conciliables.
La coalition M23/AFC, soutenue par Kigali, a pris le contrôle de plusieurs villes et localités du Nord et du Sud-Kivu
Une violence accrue
Le M23, mouvement rebelle créé en 2012, avait pris la ville de Goma à l’époque. En décembre 2013, les rebelles vaincus par l’armée avaient accepté de mettre fin à leur aventure et de déposer les armes. Mais le mouvement est redevenu actif en novembre 2021, avant d’intensifier ses attaques en 2022. Il a constitué une coalition avec l’Alliance Fleuve Congo, un groupe rebelle dirigé par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale de la République démocratique du Congo (RDC).
La coalition M23/AFC, soutenue par Kigali, a pris le contrôle de plusieurs villes et localités du Nord et du Sud-Kivu. Des soldats rwandais, présents en territoire congolais, combattent aux côtés des insurgés face à une armée congolaise en difficulté.
Les forces loyalistes ont subi une série de revers, tandis que dans les zones occupées, des exactions sont régulièrement rapportées par des organisations de défense des droits de l’homme et par les agences spécialisées des Nations unies.
« Depuis le début de cette année, les violences se sont intensifiées avec une brutalité rarement atteinte. Les offensives menées par l’AFC/M23 dans des zones densément peuplées ont provoqué des affrontements meurtriers et des déplacements massifs. Des villes entières ont été prises, des communautés déracinées, des quartiers vidés de leurs habitants. Les attaques ont visé des camps de déplacés, des hôpitaux, des écoles… », a déclaré le président congolais Félix Tshisekedi lors de la conférence de Paris.
Tout en poursuivant ses opérations militaires, la RDC entend privilégier la voie diplomatique pour parvenir à une issue négociée.
Entre diplomatie et réalités économiques
Tout en poursuivant ses opérations militaires avec le soutien des Wazalendo – des milices locales se présentant comme des résistants -, la RDC entend privilégier la voie diplomatique pour parvenir à une issue négociée. Le conflit a déjà provoqué des centaines de milliers de déplacés internes et poussé de nombreux réfugiés vers les pays voisins.
C’est dans ce contexte qu’un accord de paix préliminaire a été signé au niveau ministériel entre Kigali et Kinshasa, le 27 juin dernier à Washington, sous l’égide de l’administration américaine. Ce texte, censé s’accompagner d’un cessez-le-feu, n’a pas eu les effets escomptés sur le terrain : des affrontements sporadiques continuent, chaque camp accusant l’autre de violer les engagements pris. Des négociations intermittentes se poursuivent à Doha (Qatar), sous supervision américaine, en vue d’un accord final que devraient signer, dans les prochaines semaines, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame à Washington.
Les rebelles et leurs alliés contrôlent plusieurs zones minières, dont la localité de Rubaya (Nord-Kivu) riche en coltan
Les minerais au cœur du conflit
Les véritables enjeux stratégiques de cette guerre – notamment économiques – sont rarement abordés ouvertement.Kinshasa cherche à convaincre Washington de s’impliquer davantage dans la résolution de la crise, consciente que les racines du conflit sont aussi économiques. L’est de la RDC dispose de ressources stratégiques, notamment le coltan, indispensable à la fabrication de composants électroniques. Les rebelles et leurs alliés contrôlent plusieurs zones minières, dont la localité de Rubaya (Nord-Kivu) riche en coltan, qu’ils exploitent. La production est exportée via le Rwanda. Ce trafic rapporte plusieurs millions de dollars chaque mois.
Dans ce contexte, la RDC propose aux États-Unis un partenariat de type « minerais contre sécurité », qui est encore en discussion. L’administration américaine, en pleine guerre économique avec la Chine, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en terres rares et en métaux critiques, essentiels à l’industrie des technologies, des véhicules électriques et de l’armement de pointe. Kinshasa espère ainsi attirer des investissements américains dans son secteur minier en échange d’un engagement accru des États-Unis en faveur de la sécurité dans l’est du pays. Mais la perspective d’une paix durable reste incertaine : ceux qui tirent profit du commerce illicite des minerais n’ont aucun intérêt à voir les armes se taire.
L’aide humanitaire au centre des débats
La conférence de Paris a naturellement accordé une large place aux questions humanitaires, alors que les États-Unis – principaux contributeurs mondiaux à l’aide d’urgence – ont récemment réduit leurs budgets d’assistance internationale. « Ce qui se joue ici à Paris dépasse les frontières de la République démocratique du Congo. Il s’agit de savoir si la communauté internationale est prête à protéger des vies civiles aujourd’hui, pas seulement à commenter leur sort demain. Il s’agit aussi de savoir si nous sommes capables de reconnaître que la paix n’est pas un geste charitable, mais un investissement collectif dans la stabilité d’une région entière de l’Afrique centrale et orientale au cœur des équilibres du continent, » a souligné Félix Tshisekedi.
Mobilisation d’une aide de 1,5 milliard d’euros
Prenant la parole à son tour, le président français, Emmanuel Macron, a annoncé la mobilisation d’une aide de 1,5 milliard d’euros destinée aux populations directement affectées par la guerre dans la région. Ce montant, qui devrait être réuni par plusieurs bailleurs, vise à atténuer les effets de la tragédie qui se déroule dans l’indifférence quasi générale depuis des décennies.
Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé la mobilisation d’une aide de 1,5 milliard d’euros destinée aux populations directement affectées par la guerre dans la région.
« La crise à l’est de la République démocratique du Congo ne saurait être reléguée dans la grande fosse commune des tragédies d’un monde saturé de souffrances. Il ne peut y avoir de hiérarchie dans la douleur ni de double standard dans la solidarité », a déclaré Emmanuel Macron.
« Je suis fier d’annoncer que vous avez collectivement mobilisé plus de 1,5 milliard d’euros d’assistance pour les populations les plus vulnérables », a précisé le président français.
Ces engagements seront-ils tenus ? Les fonds seront-ils mobilisés de façon urgente ? Sur les quelque 2 milliards d’euros promis dans le cadre du plan de réponse des Nations Unies, seulement 16 % ont été financés jusqu’à présent. La réunion de Paris fera-t-elle la différence ? Pendant ce temps, sur le terrain, les armes parlent encore, de temps à autre.













