La RDC et le Rwanda au bord d’une guerre frontale ?

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Les FARDC. ©Presidence RDC

Dans l’est de la République démocratique du Congo, les forces armées congolaises et leurs alliés sont aux prises avec les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, qui a déployé des milliers de soldats sur le sol congolais. Un nouveau palier a été franchi dans les relations tendues entre les deux camps, après le passage de Goma, la plus grande ville de la province du Nord-Kivu, sous le contrôle des rebelles et des soldats rwandais présents en nombre sur place. Les revers des forces armées congolaises dans cette partie du territoire national se succèdent, quelques jours après la publication d’un rapport de l’ONU qui est accablant pour Kigali. La situation ne cesse de s’envenimer et une confrontation directe n’est plus à exclure entre Kigali et Kinshasa.

Les rebelles du M23, soutenus par des soldats rwandais, ont pris le contrôle de la ville de Goma et de quelques localités du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, après des combats contre les forces armées congolaises et leurs alliés. Les rebelles et leurs et les forces rwandaises gagnent du terrain, surtout après la mort, en janvier 2025, aux abords du champ de bataille, de Peter Cirimwami, le gouverneur militaire du Nord-Kivu.

De leur côté, les forces armées congolaises, appuyées par des éléments de la Monusco, la mission des Nations Unies dans le pays, des soldats sud-africains, burundais, tanzaniens ainsi que des troupes du Malawi, n’ont pas réalisé de conquêtes territoriales majeures ces derniers mois. Une douzaine de soldats sud-africains et certains de leurs camarades malawites ont été tués ces derniers jours.

Face à cette situation, le président congolais, Félix Tshisekedi, a, dans un discours à la nation,  appelé à l’unité nationale et promis une « riposte vigoureuse ». Il a, en outre, affirmé que la RDC « ne pliera pas. Reste à savoir sous quelle forme cette « riposte » – si riposte il y a – pourrait s’organiser. Jusqu’ici, les forces armées congolaises ne se sont pas montrées particulièrement efficaces sur le champ de bataille.

Reste à savoir sous quelle forme cette « riposte » – si riposte il y a – pourrait s’organiser. Jusqu’ici, les forces armées congolaises ne se sont pas montrées particulièrement efficaces sur le champ de bataille.

Front diplomatique

Sur le front diplomatique, la RDC n’a pas enregistré de victoires spectaculaires. Les jours se suivent et se ressemblent. Par-ci, par-là, des condamnations, du bout des lèvres, des agissements criminels du Rwanda sur le sol congolais ont été enregistrées. Cependant, la tonalité générale des instances internationales, même au sein de l’Union africaine, n’a pas beaucoup évolué : Kigali et Kinshasa sont appelés à se mettre autour d’une table pour trouver une issue négociée à leurs désaccords.

La médiation pilotée par le président angolais, Joao Lourenço, pour tenter de mettre un terme à ce conflit, semble être au point mort. Du reste, la rencontre prévue à Luanda en novembre 2024 entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi n’a pas eu lieu. Le président rwandais a fait faux bond à ses homologues angolais et congolais.

Le ton est monté ces derniers jours entre Paul Kagame, l’ancien chef rebelle qui a pris le pouvoir en 1994 au Rwanda, dans la foulée du génocide rwandais, et Félix Tshisekedi, élu, sur fond de contestation, en décembre 2018 et réélu confortablement 5 ans plus tard.

La RDC peine à faire entendre sa voix, alors que le récent rapport des Nations Unies sur cette situation est accablant pour Kigali. Mais en réalité, ce document, publié en décembre 2024, n’apporte pas un éclairage nouveau sur ce conflit qui dure depuis plusieurs années et qui est également une affaire de gros sous. 

« Depuis le 30 avril 2024, la coalition AFC – M23 contrôle et occupe la ville de Rubaya et toute la zone minière autour de Rubaya où le coltan, l’étain (la cassitérite) et le manganèse continuent d’être extraits. » 

Guerre économique

Contrôle de la mine de coltan de Rubaya (l’une des plus productives au monde), vols à grande échelle de ressources minières qui transitent par le Rwanda avant d’être exportées, etc. Le rapport onusien épingle un tas d’éléments plus ou moins déjà connus qui enfoncent Kigali.

 « La coalition AFC – M23 a pris Rubaya, qui possède la plus grande mine de coltan de la région des Grands Lacs. Elle a mis en place une administration parallèle, qui contrôle les activités minières, le commerce, le transport et l’imposition des minéraux produits. Au moins 150 tonnes de coltan ont été frauduleusement exportées vers le Rwanda et mélangées à la production rwandaise, donnant lieu à la plus grande contamination jamais à ce jour des chaînes d’approvisionnement en minéraux de la région des Grands Lacs », indique le rapport onusien.

 « Depuis le 30 avril 2024, la coalition AFC – M23 contrôle et occupe la ville de Rubaya et toute la zone minière autour de Rubaya où le coltan, l’étain (la cassitérite) et le manganèse continuent d’être extraits », précisent les enquêteurs de l’ONU.

 « La conquête de nouveaux territoires n’aurait pas pu se faire sans l’aide de la RDF, qui a dirigé des opérations ciblées et disposait d’armes de haute technologie. La RDF a continué d’apporter un soutien systématique au M23 et de contrôler de facto ses opérations », souligne le document.

Malgré tous ces éléments à charge, le président rwandais, fidèle à ses habitudes, nie tout en bloc. Pour se défendre, il s’en est même ouvertement pris à son homologue congolais qu’il accuse d’être responsable de l’extension du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.

L’image de l’ONU est sérieusement écornée dans le pays. Il est toutefois prévu le maintien d’une présence résiduelle d’éléments onusiens sur place, pour assurer le processus de transition

La Monusco a été créée par la résolution n°1279 du Conseil de sécurité du 30 novembre 1999. Cette mission a néanmoins entamé son désengagement progressif de la RDC où elle est contestée par une partie de la population qui lui reproche son bilan fort peu reluisant. L’image de l’ONU dans le pays est sérieusement écornée depuis plusieurs années. Il est toutefois prévu le maintien d’une présence résiduelle d’éléments onusiens sur place, pour assurer le processus de transition. En octobre 2024, cette mission, déployée en RDC depuis près d’un quart de siècle, était constituée de 13 971 personnes, dont 10 183 soldats. 

L’armée en pleine restructuration

L’armée congolaise, qui ne brille pas par sa puissance de feu, est en pleine restructuration. Les autorités congolaises ont pris quelques initiatives qui sont passées inaperçues auprès du grand public. C’est ainsi que le pays s’est doté d’une ambitieuse loi de programmation militaire votée par l’Assemblée nationale en septembre 2022, qui prévoit une augmentation substantielle du budget de la défense pour la période 2022 – 2025. Cette loi, qui structure la montée en puissance des forces armées congolaises, prévoit la réorganisation de l’outil militaire.

Larmée compte dans ses rangs un certain nombre d’ex-rebelles, de soldats mal formés, mais aussi des éléments issus de bonnes académies militaires

Les premiers effets de ce dispositif sont déjà palpables : en 2023, la RDC a augmenté substantiellement ses dépenses militaires. Ces dépenses ont atteint près de 800 millions de dollars – ce qui représente une hausse de 105 %. La RDC a ainsi signé, en proportion, la plus forte hausse mondiale du budget de la défense.

Toutefois, l’armée compte dans ses rangs un certain nombre d’ex-rebelles, de soldats mal formés, mais aussi un nombre élevé d’éléments issus de bonnes académies militaires. À la faveur des accords conclus au fil des années entre Kinshasa et des groupes armés, certains rebelles, sans formation, ont été intégrés, tout en gardant les grades et les fonctions qu’ils occupaient auparavant. Des colonels et des majors autoproclamés se sont ainsi retrouvés au sein des forces armées congolaises, sans pour autant avoir gravi normalement les échelons. Les autorités congolaises considéraient, à tort ou à raison, que c’était le prix à payer pour que la paix revienne dans l’est du pays. Félix Tshisekedi, qui reste hostile à toute négociation avec les rebelles, a-t-il vraiment pris la mesure de la situation ?