Célèbres pour leurs gisements de cuivre et de cobalt, qui figurent parmi les plus importants au monde, les provinces minières du Haut-Katanga et du Lualaba, situées dans la partie sud-est de la République démocratique du Congo, ne sont pas couvertes de forêt dense, laquelle s’étend principalement dans la partie nord du pays. Pour autant, l’arbre n’y est absent. Ces régions de savanes boisées abritent une forêt claire de type miombo, nom swahili qui désigne indifféremment les principales espèces de cette forêt que sont le Julbernardia, le Brachystegia et l’Isoberlinia,
Les services que rend le miombo tant aux populations locales, qu’à l’environnement sont inestimables. Mais cette forêt est en danger. Sa superficie a diminué depuis 2002, sous l’effet de la libéralisation du secteur minier. Un recul qui a entraîné des perturbations climatiques néfastes tant pour la biodiversité locale que pour les communautés vivant dans ces zones.
L’ONG congolaise Afrewatch (African Resources Watch) a mené une enquête sur l’impact des activités minières sur les écosystèmes forestiers et, par ricochet, sur le climat, dans l’arc cuprifère des deux provinces. Elle a également répertorié les conséquences des perturbations climatiques sur les communautés vivant autour des zones minières.
Makanisi présente les principaux résultats de cette étude, publiée en décembre 2024 et intitulée « État des lieux de la déforestation dans les provinces minières de Lualaba et Haut-Katanga : Cas des zones d’exploitation minière situées dans l’arc cuprifère ».
Pour télécharger le rapport, cliquer sur le lien suivant : https://afrewatch.org/wp-content/uploads/2024/12/Rapport-AFREWATCH-Decembre-2024.pdf
L’arc cuprifère, la zone d’étude
C’est dans l’arc cuprifère katangais, dénommé aussi ceinture de cuivre, des provinces du Haut-Katanga et Lualaba, que l’ONG AfreWatch a situé sa zone d’étude. « Avec une superficie de 48 358 km2, l’arc cuprifère est situé entre 25°4’ à 28°51’ de longitude Est et 10°12’à 13°3’ de latitude Sud », indique l’étude. Pourquoi un tel choix ? Parce que la zone abrite d’importantes ressources minières, notamment de cuivre et de cobalt, la plupart du temps associés dans un même gisement. Plus de 200 sites cupro-cobaltifères ont été répertoriés dans cet arc où de nombreux carrés miniers ont été octroyés à des entreprises. D’où une forte concentration d’entreprises minières et la présence de grandes agglomérations, comme les villes de Lubumbashi, Likasi et Kolwezi dans cette zone.

« Cinq entreprises minières ont servi d’échantillonnage pour déterminer, sur base de leurs superficies respectives, leur apport à la déforestation », informe l’étude. Il s’agit, pour le Lualaba, des sociétés Commus (chinois Zijin Mining), Mutanda Mining (suisse Glencore) et Metalkol (Eurasian Resources Group) et, pour le Haut-Katanga, des entreprises Ruashi Mining (Jinchuan group international Resources) et Société d’exploitation de Kipoi (SEK).
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La forêt claire de miombo met à la disposition des populations des produits forestiers qui couvrent leurs besoins nutritionnels, matériels, énergétiques, pharmaceutiques, ornementaux et pluviométriques.
Les multiples services de la forêt miombo
La forêt claire de miombo, dont une des caractéristiques est la présence de hautes termitières, occupe environ 84% des territoires respectifs du Haut-Katanga et du Lualaba, selon AfreWatch. Cette forêt met à la disposition des populations des produits forestiers qui couvrent leurs besoins nutritionnels, matériels, énergétiques, pharmaceutiques, ornementaux et pluviométriques. Elle fournit des produits forestiers non ligneux (fruits, légumes, miel, champignons, chenilles, fourmis, sauterelles, escargots, serpents, oiseaux, gibier, plantes médicinales, etc.) et ligneux (bois d’œuvre, bois de chauffe, charbon de bois) et constitue un espace pour les activités champêtres. Ces différents produits sont une source d’alimentation et de revenu pour ces communautés locales.
Le rôle du miombo dans le climat
Du point de vue écologique, la forêt de miombo est un réservoir d’une biodiversité exceptionnelle et une composante clé dans la détermination des conditions environnementales. Elle joue un rôle non négligeable dans le puits de carbone régional, lutte contre les érosions, protège le réseau hydrique et maintient la fertilité du sol. « Elle agit également sur le cycle de l’eau influençant ainsi le régime des précipitations et de température dont la moyenne respectivement, d’après la classification de Köppen, varie entre 900 et 1400 mm et 24°C, offrant ainsi des possibilités pour les communautés locales de cultiver différentes cultures, quelle que soit leur écologie », souligne l’étude.

Recul des superficies de la forêt miombo
Toutefois, ce cadre idyllique s’est fortement dégradé depuis une vingtaine d’années. En effet, les activités anthropiques, notamment minières, en forte hausse dans les deux provinces depuis la libéralisation du secteur minier en 2002, ont conduit à une diminution sensible des superficies forestières.
Les activités anthropiques, notamment minières, en forte hausse dans les deux provinces depuis la libéralisation du secteur minier en 2002, ont conduit à une diminution sensible des superficies forestières.
Selon l’ONG Afrewatch, la province du Haut-Katanga a perdu, entre 2001 et 2023, 7120 km2 de forêts dont 498,4 km2 en raison de l’exploitation minière, ce qui représente en moyenne 20 MtCO2 (émission de CO2). Celle du Lualaba a enregistré une perte de forêts de 5550 km2 sur la même période, dont 388,5 km2 dus à l’activité minière, soit l’équivalent d’environ 13.86 MtCO2.
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L’impact négatif du changement climatique sur les communautés
L’impact négatif de la déforestation sur le climat des deux provinces s’est traduit par des variations importantes des précipitations et une hausse de la température. Ainsi, la saison des pluies est devenue plus courte tandis que les séquences de sécheresse ont augmenté pendant cette période et le volume des pluies est inégal d’une année à l’autre.
Bien évidemment, ces changements climatiques ont des conséquences néfastes sur les communautés riveraines de ces zones. Ils « renforcent la vulnérabilité des communautés locales en impactant négativement la production agricole, principale activité économique de ces dernières, déjà mise en mal par les activités minières », signale l’étude. D’où une baisse accrue des rendements agricoles et une diminution des revenus, exposant les communautés locales à une insécurité alimentaire chronique et les condamnant à la précarité.
Les changements climatiques « renforcent la vulnérabilité des communautés locales en impactant négativement la production agricole, principale activité économique de ces dernières, déjà mise en mal par les activités minières »
Les recommandations
Pour faire face à cette situation et tenter d’enrayer le phénomène de dégradation des conditions climatiques, Afrewatch adresse des recommandations à plusieurs partenaires :
– à l’État congolais : imposition aux entreprises minières d’un seuil acceptable d’émission de CO2, instauration d’une taxe carbone, renforcement du cadre légal et réglementaire.
– aux entreprises minières : mesures de financement de l’adaptation aux changements climatiques des communautés locales affectées par leurs projets miniers, mesures de réduction des émissions de CO2, réalisation et publication d’un inventaire annuel de l’émission de CO2 liée à leur activité
– aux ONG : réalisation d’une même étude, en exploitant les images satellitaires, pour dégager le taux de déforestation dans la zone d’étude avant et après l’accès des entreprises privées aux minerais de la RDC ; détermination du degré de vulnérabilité des communautés locales qui font face aux changements climatiques provoqués par l’exploitation minière ; élaboration d’un plaidoyer pour mettre en place un cadre légal sur les changements climatiques.
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