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samedi 3 décembre 2022
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RDC : comment lutter contre les hépatites virales ?

Le 28 juillet marque la journée mondiale contre l’hépatite, une inflammation du foie qui peut se révéler fatale. Le docteur Pascal Tshiamala est en première ligne de la lutte contre les hépatites en RDC. Praticien à la clinique Ngaliema et à la clinique Astryd, cet hépato-gastro-entérologue, qui est l’initiateur d’un programme de lutte contre les hépatites, s’est confié à Makanisi.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu

Makanisi : L’éradication des hépatites virales est-elle envisageable dans un proche avenir ?

Dr Pascal Tshiamala : Le 28 juillet marque la journée mondiale contre l’hépatite. L’Organisation mondiale de la santé a lancé un programme qui vise l’éradication de la menace liée aux hépatites virales d’ici 2030. Nous accompagnons le gouvernement dans l’organisation des activités liées à cette journée.

Toutes les hépatites sont-elles virales ?

Toutes les hépatites ne sont pas nécessairement virales. On parle de plus en plus des hépatites virales ces derniers temps parce qu’elles sont devenues une pandémie mondiale, vu que 400 millions de personnes sont affectées par les hépatites virales B ou C. Mais d’autres types d’hépatites existent. Les hépatites toxiques, par exemple, sont dues à l’alcool ou à la prise de certains médicaments.

Le Dr Pascal Tshiamala, hépato-gastro-entérologue

Comment se manifestent les hépatites virales ? 

En phase aiguë, que ce soit pour le virus B ou le virus C, le malade connaît une poussée de fièvre sur un temps plus ou moins long. Lorsque la montée de la température cesse, le malade devient ictérique. Il a des yeux jaunis. Et à la fin de l’ictère, il est envahi par une fatigue intense. Je signale que 20 % des cas peuvent s’arrêter là, mais les autres, donc 80 %, vont entrer dans la chronicité. La chronicité est une phase silencieuse, mais hautement meurtrière. La personne ne ressent rien de particulier pendant plusieurs années. Et un jour, elle se retrouve avec un ventre gonflé, des yeux jaunes, des jambes enflées… En fait, ce sont des signes de cirrhose. Une cirrhose décompensée qui pourrait évoluer vers un cancer du foie.

Des médicaments efficaces existent pour soigner l’hépatite B et l’hépatite C.

Le meilleur remède reste la prévention…

Absolument. Il faut se faire dépister parce qu’on ne sent rien quand cette maladie devient chronique. C’est latent. Comme la personne malade ne sent rien, elle ignore son état. C’est une maladie silencieuse et fort meurtrière. Si on a la chance d’être dépisté à temps, on va éviter d’aller vers la cirrhose, donc vers le cancer. La guérison est quasiment garantie si la prise en charge se fait à temps, avant les complications. Des médicaments efficaces existent pour soigner l’hépatite B et l’hépatite C. Néanmoins ce traitement coûte extrêmement cher dans un pays comme la RDC où il n’y a pas vraiment de systèmes de mutuelles. C’est un problème de santé publique. Et la pauvreté ne facilite pas les choses. Si toutefois le dépistage se fait tardivement, alors que la maladie est à un stade avancé, le traitement existant n’a pas beaucoup de succès.

Nous réfléchissons à la mise en place d’une sorte de mutuelle pour aider les personnes atteintes à acquérir des médicaments à des coûts plus ou moins acceptables.

Les hépatites virales sont-elles sous-diagnostiquées en RDC ?

Oui. La plupart des Congolais n’osent pas se faire dépister, sachant qu’ils n’ont pas suffisamment de ressources financières pour faire face au traitement éventuel. C’est ainsi qu’ils préfèrent ne pas connaître leur état. Mais cette attitude est dangereuse. Une personne qui vit dans l’ignorance de sa maladie pourrait, par exemple, donner son sang à son enfant lors d’une transfusion. L’enfant contracterait ainsi le virus. Et il le porterait pendant longtemps. Lors de son entrée dans l’âge adulte, il pourrait se retrouver avec une cirrhose ou un cancer. La journée du 28 juillet est une journée consacrée particulièrement à la sensibilisation de la population à la menace que représentent les hépatites. Elle est encouragée à se faire dépister. Le dépistage est gratuit dans nos structures de santé pour inciter les gens à venir nombreux. Malgré cela, il y a beaucoup de Congolais qui hésitent encore. Nous réfléchissons à la création d’une sorte de mutuelle pour aider les personnes atteintes à acquérir des médicaments à des coûts plus ou moins acceptables. Le gouvernement s’est, de son côté, lancé dans la mise en place d’une couverture santé universelle.

La population se montre-t-elle réticente à la vaccination ?

Les réticences sont liées au fait qu’on a peur de découvrir son statut, son vrai état, en se faisant dépister. Certains pensent que cette campagne est destinée à détecter le sida chez eux. Ils ont aussi peur de ne pas pouvoir faire face à au traitement qui coûte relativement cher. Par exemple, pour traiter l’hépatite C, les médicaments coûtent environ 1300 dollars. Peu de Congolais sont en mesure de débourser une telle somme pour recevoir le traitement. La peur d’affronter éventuellement des complications liées aux cirrhoses, aux insuffisances hépatiques ou carrément aux cancers est aussi un facteur dissuasif. Après dépistage, ceux qui se rendent compte qu’ils n’ont pas le virus peuvent avoir accès aux vaccins à un coût nettement plus bas que celui du traitement des hépatites C.

Nous avons mis en route un programme dont l’objectif est de dépister 1,2 million de personnes dans la ville de Kinshasa.

Quelle est l’ampleur du phénomène à l’échelle nationale ?

Si la RDC ne tient pas de statistiques globales régulièrement mises à jour, il existe toutefois des travaux réalisés par-ci, par-là qui nous donnent une idée de la situation. Des travaux de cette nature sont effectués par des étudiants dans le cadre de leur cursus académique. Depuis 2019, avec notre groupe qui s’appelle RDC To Ko Longa Hépatite (RDC, nous vaincrons l’hépatite), nous avons quand même fait dépister autour de 6000 personnes, sur la base du volontariat, dans la ville de Kinshasa. Nous avons noté un taux de prévalence de 7,5 % au sein de cette population. Si on part du postulat que la population de la capitale est estimée à environ 12 millions d’habitants, cela fait beaucoup de monde potentiellement exposé à la maladie. Nous ne nous arrêterons pas là. Nous avons mis en route un programme dont l’objectif est de dépister 1,2 million personnes à Kinshasa.

Nous disposons d’un réseau de zones de santé assez bien structurées, sur lesquelles nous nous appuierons pour réaliser une cartographie des hépatites dans notre pays et ainsi mettre en place une stratégie appropriée pour éradiquer la menace

Vous seriez amené à ouvrir des centres de dépistage un peu partout à travers le pays…

Notre stratégie est de travailler avec des zones de santé. Par exemple, dans la ville de Kinshasa, nous avons commencé avec quatre zones de santé pilotes. Cela nous permettra de mettre en place un modèle en vue de couvrir les 35 zones de santé de la capitale. Et après cette étape, de 2023 à 2030, nous nous emploierons à étendre l’expérience à tout le reste du pays. Nous disposons d’un réseau de zones de santé assez bien structurées sur lesquelles nous nous appuierons pour réaliser une cartographie des hépatites en RDC et ainsi mettre en place une stratégie appropriée pour éradiquer la menace.

Ces vaccins ont été analysés par la direction générale des pharmacies qui a dit « oui » à leur usage, en émettant une autorisation de mise sur le marché.

Quelles sont les particularités des vaccins existants ?

Ces vaccins ont été analysés par la direction générale des pharmacies qui a dit « oui » à leur usage, en émettant une autorisation de mise sur le marché. Nous utilisons notamment l’Engerix, un vaccin contre le virus de l’hépatite B qui nécessite trois doses. Une dose de rappel est requise par la suite, au bout de 5 ans. Enfants et adultes peuvent recevoir ce vaccin. Les résultats sont satisfaisants. Des effets indésirables majeurs n’ont pas été observés. Après l’avoir reçu, certaines personnes peuvent toutefois faire de la fièvre, des démangeaisons, etc. Ces réactions sont rares.  

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