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mardi 29 septembre 2020
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RDC. Makutano, réseau d’affaires et force de proposition

La sixième édition de Makutano, un forum économique international, initialement prévue en septembre à Kinshasa, a dû être reportée en raison de la pandémie covid-19.

La rencontre, qui est annuelle, pourrait  se tenir en décembre, si les conditions sanitaires le permettent. La fondatrice de ce réseau d’affaires, Nicole Sulu, dresse pour Makanisi le bilan des cinq premières éditions et trace les perspectives.

Propos recueillis par Arthur Malu-Malu.

Makanisi : Comment a germé l’idée de mettre en place le Réseau Sultani Makutano?

Nicole Sulu : J’étais dans des conseils d’administration. J’ai constaté que nous ne disposions pas d’un espace congolo-congolais, où nous pouvions nous retrouver pour partager les informations, les expériences, un endroit pour parler affaires entre nous, pour parler de la RDC, de nos linges sales… Je me suis dit que nous devions avoir cet espace. C’est ainsi qu’a démarré le projet Makutano, à la suite duquel nous avons réalisé que nous ne connaissions pas les affaires des uns et des autres, les différentes expertises.

Quel est le bilan du Réseau Sultani Makutano, à ce stade, après cinq éditions ?

N.S. : Nous avons pu créer un nouvel espace pour un nouveau dialogue. Les intelligences des secteurs privé et public peuvent discuter directement, sans intermédiaire, des problématiques du pays, sans que personne ne se sente agressé. Personne n’arrive là-bas avec la carte d’un parti politique. Les discussions sont engagées pour le bien du pays, dans l’intérêt supérieur de la nation. Nous pouvons débattre en toute sérénité. Cela fait 5 ans, je n’ai pas vu un ministre refuser une invitation. J’ai vu des ministres à l’écoute. Cette façon d’aborder les problématiques de la RDC et de l’Afrique, lors de la deuxième édition du forum Sultani Makutano déjà, est un point positif. Par ailleurs, ce sont au moins 600 chefs d’entreprises qui se retrouvent ensemble, des initiatives pour les jeunes, pour les femmes, des partenariats qui se nouent… C’est devenu une force de proposition. Pendant cette crise sanitaire, le réseau a contribué aux mesures économiques et nous avons soumis des propositions au ministère du Plan. Il est également important de souligner que Sultani Makutano n’est pas uniquement le forum de septembre. Nous menons des actions, organisons des débats, recevons des entrepreneurs et interagissons avec le gouvernement et la Présidence tout au long de l’année.

Les intelligences des secteurs privé et public peuvent discuter directement, sans intermédiaire, des problématiques du pays, sans que personne ne se sente agressé.

Y a-t-il une évaluation périodique des partenariats scellés dans le cadre du Makutano ?

N.S. : C’est une question très délicate. J’ai pour habitude de dire que nous sommes des intermédiaires, mais que ce qui se passe après, entre les acteurs économiques, ne nous est pas toujours rapporté. Makutano n’est pas une structure intermédiaire d’affaires, mais un espace de « networking ». Le réseau Makutano permet aux acteurs de se rencontrer, d’identifier leur expertise et leurs intérêts communs… Et pour le coup, l’évaluation des partenariats scellés serait un exercice complexe car ils ne se font pas stricto sensu dans le cadre de Makutano. Nous allons néanmoins mettre en place une grille d’indicateurs dans les prochains mois qui devrait nous permettre de cerner plus objectivement les impacts du forum en termes de business et, plus généralement, d’évaluer notre travail. Cela nous permettra de progresser et d’être plus en phase avec les attentes des acteurs.

Le réseau Makutano permet aux acteurs de se rencontrer, d’identifier leur expertise et leurs intérêts communs…

N.S. : Ce n’est pas tout fait cela. En réalité, nous tentons de faire une ouverture en direction des pays de la sous-région. Nous travaillons à cet effet. Nous avions fait une première édition à Brazzaville pour signer cette ouverture par rapport aux voisins, à la sous-région. Mais il ne s’agissait pas de faire cela chaque année. Le lieu de rencontre du Sultani Makutano reste Kinshasa.

Makutano (rassemblement en lingala) n’est pas une structure intermédiaire d’affaires, mais un espace de networking.

Comment se présente la prochaine édition ?

N.S. : Initialement prévue en septembre, cette édition, la sixième, devrait être reportée à décembre. Nous tenons compte de la crise sanitaire née de la covid-19 qui secoue le monde. Les agendas ont forcément été réaménagés. Nous observons tous l’évolution des choses. Un fait intéressant à signaler tout de même : nous mettrons en place une rencontre hybride, mi-numérique, mi-physique, avec des rencontres digitales, etc. L’année passée, nous avons accueilli plus de 1300 participants venus des quatre coins du monde. Cette édition a été rehaussée de la présence de chefs d’Etat, notamment ceux de la RDC et du Niger. Pour la première fois, un président congolais nous a fait l’honneur d’ouvrir les travaux. Ce geste hautement significatif a « boosté » Makutano. Nous avons reçu du monde en provenance de partout.   

L’année passée, nous avons accueilli plus de 1300 participants venus des quatre coins du monde.

Quels sont les objectifs à court terme ?

N.S. : À court terme, il faut un accompagnement stratégique pour que nous sortions de cette crise sanitaire. Sur ce plan, Sultani Makutano a un rôle à jouer. À lui de devenir une sorte de béquille pour le gouvernement et de lui proposer des pistes de sortie. Il y a une nouvelle façon de faire et d’être dans ce pays. Et nous devons accompagner cet élan. À cela, s’ajoute le « think tank » sur lequel nous avons beaucoup communiqué. Nous voulons le structurer de manière à lui donner de la substance, de sorte qu’il devienne un vrai outil scientifique. Nous travaillons avec des professeurs d’université pour établir des passerelles entre le secteur privé et le monde universitaire.

Il y a une nouvelle façon de faire et d’être dans ce pays Et nous devons accompagner cet élan

Comment voyez-vous Sultani Makutano dans 10 ans ?

N.S. : En « afrochampions » congolais, c’est-à-dire en leader incontournable des synergies entrepreneuriales en Afrique centrale. Nous sommes d’ores et déjà une porte d’entrée pour le business en RDC et un interlocuteur essentiel pour le gouvernement et les organisations internationales. 

En « afrochampions » congolais, c’est-à-dire en leader incontournable des synergies entrepreneuriales en Afrique centrale.

La structure Makutano emploie combien de personnes ?

Huit personnes travaillent pour Makutano pendant l’année. Mais lors de la tenue du forum, quelque 70 personnes s’activent, sans compter les fournisseurs et les autres prestataires. Cela nécessite tout un écosystème. Quelque chose de remarquable se met en place localement. Pour l’essentiel, Makutano emploie des Congolais. Si toutefois, pour une tâche spécifique, nous n’arrivons pas à trouver des compétences locales, nous n’hésitons pas à aller chercher ailleurs. Il faut de l’expertise et à un certain niveau, on ne peut pas se permettre de tâtonner. Grâce à l’école Makutano, des Congolais ont également été formés par des experts venus de l’étranger. Ils ont ainsi acquis un savoir-faire reconnu dans des domaines spécifiques.

Le nouveau leadership congolais a toutes les bonnes cartes en main. À lui de savoir les jouer à bon escient afin de repositionner la RDC (Makutano-5)

Quelles sont les difficultés auxquelles Sultani Makutano fait face ?

N.S. : Hum… Ce n’est pas facile de convaincre des interlocuteurs à qui on présente de nouveaux projets. Il y a traditionnellement beaucoup de méfiance autour de nouveaux projets. On se demande toujours si un nouveau projet ira jusqu’au bout, si ce n’est pas la chronique d’une mort annoncée. Sultani Makutano est quand même parti de cette méfiance manifestée par certains interlocuteurs. Mais chaque année, nous essayons de repousser les limites et de montrer que les choses peuvent se faire dans cet environnement, dans un climat de confiance et dans un esprit gagnant-gagnant.

Quel regard Makutano porte-t-il sur la diaspora congolaise disséminée un peu partout dans le monde, qui pourrait jouer un rôle non négligeable dans le décollage économique de la RDC ?

N.S. : Nous menons régulièrement des opérations « séduction » pour les encourager à revenir au pays, soit en s’y installant, soit en développant des activités avec leur pays hôte. Nous sommes convaincus de la force que représente la diaspora en termes d’innovation, de transfert de compétences, de réseaux internationaux… Elle est indispensable au développement du pays. Nous avons organisé un Makutano Paris et un Makutano Bruxelles, il y a trois ans. Cela a été très riche. Il faut renouveler l’expérience avec, pourquoi pas, un Makutano Montréal ou New York.

Nous sommes convaincus de la force que représente la diaspora en termes d’innovation, de transfert de compétences, de réseaux internationaux…   

Quelles sont les causes qui vous tiennent le plus à cœur ?

N.S. : Je veux voir des Dangote congolais (NDLR : Aliko Dangote, homme d’affaires nigérian, est considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique). Comme au Nigeria, je veux voir, en arrivant à l’aéroport, des jets de Congolais. Je veux voir des immeubles, des mines, des usines qui tournent à plein régime et qui appartiennent à des Congolais. Je veux voir des millionnaires congolais qui bâtissent leur fortune tout à fait légalement et qui ne seront pas tenus de répondre devant les juges pour justifier leur fortune.

Je veux voir des millionnaires congolais qui bâtissent leur fortune tout à fait légalement et qui ne seront pas tenus de répondre devant les juges pour justifier leur fortune.

Avec tout ce qu’elle a, il est incompréhensible que la RDC ne se prépare pas à assumer pleinement son statut de leader de l’Afrique de demain. Sans la RDC, l’Afrique ne pourra pas jouer dans la cour des grands. Il faut que la RDC se réveille, pour elle-même et pour les autres pays aussi. Le nouveau leadership congolais a toutes les bonnes cartes en main. À lui de savoir les jouer à bon escient afin de repositionner la RDC.

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