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dimanche 29 novembre 2020
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RCA. Paix introuvable, élections incertaines

La situation sécuritaire en Centrafrique, dont les deux tiers du territoire sont contrôlés par des groupes armés, ne s’améliore pas, même si le calme est revenu à Bangui depuis plusieurs mois. Des points d’interrogation subsistent autour de la tenue de l’élection présidentielle en décembre prochain. La crise sanitaire liée à la covid-19 exacerbe l’anxiété ambiante dans ce pays divisé, où tout peut arriver.

Chaque jour qui passe rapproche un peu plus les Centrafricains de l’élection présidentielle prévue en décembre 2020. Le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, 63 ans, qui a pris les manettes en 2016 après une élection remportée haut la main au second tour, n’a pas encore officiellement dévoilé ses intentions. Mais c’est un secret de Polichinelle : le locataire du palais de la Renaissance oeuvre, en toute discrétion, pour briguer un autre mandat. Il s’en est ouvert plus d’une fois en petit comité.

Modification de la Constitution ?

Invoquant la force majeure, ses partisans au sein de l’Assemblée nationale avaient initié récemment une proposition de loi qui aurait permis de modifier la Constitution et ainsi de prolonger d’au moins six mois le mandat présidentiel en cours. Il s’agissait, pour eux, de prendre prétexte de la crise sanitaire causée par le coronavirus pour retarder la tenue de l’élection présidentielle tant attendue. Cette tentative de passage en force a toutefois été retoquée le 5 juin dernier par la Cour constitutionnelle qui a estimé que rien ne justifiait, dans les circonstances actuelles, une modification de la Constitution avant le grand rendez-vous électoral qui cristallise les angoisses.

Cette tentative de passage en force a toutefois été retoquée le 5 juin dernier par la Cour constitutionnelle

Parmi la population, les uns se sont réjouis de la décision de la Cour et ont salué l’indépendance des juges ; les autres l’ont mal accueillie, au motif que cette juridiction respectée est dépourvue du sens de l’anticipation, alors que l’incertitude plane sur la tournure que pourrait prendre la covid-19 dans le pays dans les prochaines semaines.

La pandémie suscite des inquiétudes

La covid-19, qui affecte la Centrafrique, tout comme d’autres pays de la région, semble avoir perdu de sa virulence sous la chaleur moite de Bangui et dans les rues poussiéreuses de cette ville. Les mesures prises pour y faire face sont plutôt souples. Les autorités mettent en avant le lavage régulier des mains et la distanciation sociale. Les résidents ne sont pas cloîtrés chez eux.

Un confinement strict dans un tel environnement aurait été difficile à mettre en place, car la grande majorité des habitants tire ses maigres revenus d’une activité dans le secteur informel et est ainsi tenue de sortir de chez elle tous les jours pour aller grappiller quelques sous et faire bouillir la marmite.

Malgré tout, la pandémie n’a pas encore dit son dernier mot et suscite des inquiétudes qui portent de plus en plus sur le système de santé, lequel ne serait pas préparé à faire face à un afflux de patients dans les hôpitaux, au cas où… 

Ainsi, au vu de ce tableau général, des analystes se montrent dubitatifs sur la tenue du scrutin dans les délais prévus. « Quand j’analyse tous les paramètres liés aux élections, je ne vois pas comment elles pourraient se tenir en décembre », souligne Hyppolite Marboua, journaliste consultant en communication. À l’incertitude liée à l’évolution de la pandémie s’ajoute, en outre, la situation sécuritaire du pays.

Ainsi, au vu de ce tableau général, des analystes se montrent dubitatifs sur la tenue du scrutin dans les délais prévus.

Touadéra, Bozizé et Djotodia

Qui fera figure de principal candidat de l’opposition ? L’opposition sera-t-elle en mesure de faire bloc derrière un seul candidat ? A ces deux questions, et à bien d’autres encore, les réponses ne sont pas évidentes. Les ponts n’ont pas été coupés entre François Bozizé et Faustin-Archange Touadéra. Les deux hommes se sont rencontrés plusieurs semaines après le retour au bercail, en décembre dernier, de celui qui avait dirigé le pays pendant 10 ans, après s’être emparé du pouvoir par un coup d’Etat en 2003 et l’avoir légitimé par des élections controversées.

Si l’ex-président n’a pas encore abattu toutes ses cartes après avoir mis fin à son exil, notamment au Cameroun et en Ouganda, il est soupçonné de lorgner le fauteuil présidentiel. François Bozizé, chassé du pouvoir en 2013 par un mouvement rebelle à dominante musulmane dirigé par un ancien ministre, Michel Djotodia, est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité et incitation au génocide. Il fait également l’objet de sanctions des Nations Unies (gel des avoirs et interdiction de voyager) depuis 2014. Mais la justice ne se montre pas pressée de réactiver ce dossier et d’engager des poursuites contre le dirigeant de Kwa Na Kwa, son parti, qui prône le développement par le travail.  

Michel Djotodia, pour sa part, vit au Bénin. Il a effectué un bref séjour à Bangui en janvier dernier, au cours duquel il a eu un tête-à-tête avec le président Faustin-Archange Touadéra. Les deux hommes ne semblent pas nourrir d’animosité l’un pour l’autre. Michel Djotodia ne s’est pas prononcé sur son éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle. Par prudence ? Par calcul ? Aucune hypothèse n’est exclue, même si l’ancien chef rebelle semble se tenir à l’écart de la vie politique de son pays natal.

De toute façon, dans le contexte sécuritaire actuel, l’organisation des élections sur tout le territoire national relèverait d’un pari fou.

L’insécurité règne

De toute façon, dans le contexte sécuritaire actuel, l’organisation des élections sur tout le territoire national relèverait d’un pari fou. En effet, quelque 14 mouvements rebelles opèrent sur le sol centrafricain, imposant leur loi aux habitants des régions qui sont sous leur administration. Près de deux tiers du pays, presque aussi grand que la France, sont dans les mains de ces rebelles sans scrupules. Or le déploiement d’agents électoraux et l’acheminement du matériel électoral dans ces zones ne pourraient pas se faire sans le consentement de ces groupes. Auraient-ils intérêt à voir les opérations préélectorales et le vote s’y tenir ? Rien n’est moins sûr.

Près de deux tiers du pays, presque aussi grand que la France, sont dans les mains de ces rebelles sans scrupules.

Le reste du territoire national, soit seulement un tiers du pays, est contrôlé par le gouvernement. La situation sécuritaire y est meilleure. À Bangui, elle s’est nettement améliorée et la capitale de la Centrafrique ne peut plus être considérée comme une ville dangereuse. La criminalité y est en net recul. Et les affrontements interconfessionnels ont cessé depuis plusieurs mois entre milices chauffées à blanc dans le quartier PK-5, où les habitants sont majoritairement de confession musulmane.  

À Bangui, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée. @MDMM – Juin 2010

Le règne de la contrebande

Les groupes armés sont établis dans des régions riches en ressources naturelles, notamment minières. Ces zones sont par moments le théâtre d’affrontements entre des factions rivales, chacune cherchant à mettre le grappin sur les ressources naturelles et autres biens. Ces groupes rebelles tirent leurs revenus de plusieurs sources dont l’exploitation artisanale de diamants et le trafic d’or. L’or produit dans ce pays est à 90 % exporté en contrebande via des pays voisins tels que le Cameroun, la République démocratique du Congo et le Sud-Soudan. De même, on estime à 30 % – 40 %, la part des diamants qui quitte le pays illégalement, à l’insu de l’Etat qui est ainsi privé de recettes significatives.

Ces groupes rebelles tirent leurs revenus de plusieurs sources dont l’exploitation artisanale de diamants et le trafic d’or.

Les rebelles collectent également les taxes illégales qu’ils imposent aux commerçants qui se rendent dans les zones sous leur contrôle pour s’y approvisionner en denrées alimentaires qu’ils écoulent ensuite à Bangui, une agglomération d’un peu plus d’un million de personnes. C’est par le biais de barrages érigés sur les principales routes qui mènent vers les zones rebelles que les groupes armés prélevent un péage illégal en toute impunité.

Maintien du statu quo

La guerre n’a pas connu d’affrontements de grande ampleur depuis plusieurs années. Elle sert d’alibi aux groupes rebelles qui, manifestement, font des affaires juteuses. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que ces hors-la-loi s’emploient à maintenir le statu quo qui leur permet de gagner de l’argent illicitement. Ils ont signé un accord de cessez-le-feu à Khartoum, en février 2019, avec les autorités établies à Bangui. Ce compromis est, à ce jour, le dernier d’une longue série. Mais l’application de ces accords, qui prévoient notamment le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des combattants dans la vie civile, reste lettre morte. 

Mais l’application de ces accords, qui prévoient notamment le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des combattants dans la vie civile, reste lettre morte.

Les forces gouvernementales, sous-équipées et mal entraînées, semblent incapables de lancer une vaste contre-offensive pour reprendre les zones tenues par des troupes rebelles. Cette situation est jugée insupportable par une partie de la population qui considère Faustin-Archange Touadéra comme un président faible, qui n’a pris aucune initiative forte pour tenter de remporter une victoire militaire face aux groupes armés, avant toute réunification du pays qui reste coupé en deux.  

L’ONU n’est pas en reste

La donne n’a pas changé depuis le déploiement en 2014, de la Minusca, la mission des Nations Unies dans le pays, pour contribuer à une certaine normalisation. Cette mission, forte de quelque 13 250 personnes, engloutit chaque année un budget d’un peu moins d’un milliard de dollars. Les États-Unis, les principaux contributeurs financiers aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, s’agacent de cette situation qui perdure, alors que la sortie de crise ne semble pas se profiler à l’horizon.

Nul ne sait toutefois ce qui pourrait se passer si la mission onusienne se retirait précipitamment du pays. Une rapide dégradation de la situation sur le plan militaire serait à craindre. Les combats pourraient, en effet, reprendre du jour au lendemain, avec des conséquences immédiates pour cette population d’environ 5,5 millions de personnes qui en a vu de toutes les couleurs. Le pays compte près de 600 000 déplacés internes. Autant de Centrafricains ont trouvé refuge dans des pays voisins.

Le pays compte près de 600 000 déplacés internes. Autant de Centrafricains ont trouvé refuge dans des pays voisins.

La capitale centrafricaine est devenue la capitale des ONG. Celles-ci sont omniprésentes et tout voyageur qui débarque à l’aéroport de Mpoko se rend tout de suite compte du nombre de petits aéronefs frappés de logos d’organisations humanitaires. Leur présence est le signe que la situation reste préoccupante dans ce vaste pays qui a connu de longs intervalles d’instabilité et une dizaine de présidents depuis son accession à l’indépendance, en août 1960. 

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