Unicongo. Michel Djombo : « Nous avons élargi notre champ d’action »

835
Michel Djombo présentant les missions d'Unicongo, ©Unicongo

En prévision de la 5ème Rencontre des entrepreneurs francophones, qui se tiendra en juin 2025 à Brazzaville, Michel Djombo présente l’Union Patronale et Interprofessionnelle du Congo (Unicongo), qu’il préside depuis fin 2022. Nouvelles missions et initiatives mises en œuvre pour mieux répondre aux besoins actuels et futurs du secteur privé, difficultés rencontrées par les entreprises congolaises dans une conjoncture économique et un climat des affaires compliqués, relations d’affaires avec le patronat de la République Démocratique du Congo (RDC)… Michel Djombo aborde plusieurs aspects de l’activité de l’Union et des défis économiques que le Congo est appelé à relever.

Propos recueillis par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Combien Unicongo compte-t-elle de membres et de fédérations ?   

Michel Djombo, prdt d’Unicongo

Michel Djombo : Unicongo compte 386 membres. Avec la crise de Covid19, nous étions descendus à 250 membres actifs. Certains adhérents avaient mis leur activité en sommeil, d’autres étaient partis. Fin 2023,  nos effectifs sont remontés à environ 320 membres. En 2024, nous avons dépassé la barre des 350 adhérents, avec un rythme de 5 adhésions par mois sur dix mois. On devrait atteindre les 450 membres en 2025, comme prévu.

Notre union regroupe 17 fédérations dont la dernière-née est la Fédération du tourisme, créée en février, qui comprend une dizaine d’opérateurs du secteur, des agences de tourisme, des représentants du tourisme de conservation et des ONG qui gèrent des parcs nationaux.

Quand vous avez été élu à la tête de l’Union, votre souhait était de faire entrer des PME voire des TPE dans l’association. Qu’en est-il  ?

Unicongo a toujours inclus des PME et des TPE, mais qui étaient principalement des sous-traitants de la chaîne de valeur du pétrole, du transport et des cabinets de conseil. Nous avons progressivement intégré des PME d’autres secteurs d’activité, dont la communication et l’événementiel ainsi que les prestataires de service. Par le bouche-à-oreille, les grandes entreprises nous ont amené leurs sous-traitants, ce qui permet de prendre en compte leurs problématiques spécifiques. 

Nous avons élargi notre champ d’action au-delà de la défense des intérêts proprement dits de nos membres

Quelles sont les initiatives que vous avez lancées au cours des deux dernières années  ?

Nous avons élargi notre champ d’action au-delà de la défense des intérêts proprement dits de nos membres. Nous avons investi dans la formation professionnelle, dont celle des jeunes en particulier et dans la promotion du genre. Sur le plan de la formation, nous étions jusqu’à présent des partenaires d’institutions de développement, mais nous n’étions pas à l’origine des initiatives. Nous sommes devenus actifs en la matière et, maintenant, nous sommes porteurs de projets. Nous avons ainsi élaboré un programme de mentorat destiné aux étudiants en licence, pour une vingtaine de jeunes, dont la première session a eu lieu en 2024. Les sessions, animées par des chefs dentreprise ou des cadres supérieurs, ne visent pas une formation technique ou académique. Elles ont pour but de donner aux stagiaires une meilleure compréhension du monde du travail, des attentes des employeurs et des perspectives de carrière auxquels ils pourront prétendre. Nous les formons aussi à la recherche de stages. Nous avons une plateforme de formation en ligne, UNICONGO ecampus, dont les contenus s’adressent aux jeunes. La formation est gratuite.

Unicongo va montrer l’exemple aux entreprises congolaises en étant la première institution du pays à être certifiée genre.

En matière de genre, Unicongo est exemplaire car elle a toujours compté davantage de femmes que d’hommes dans son équipe. Cela vient du fait qu’elle a toujours privilégié l’égalité en matière de compétences. Aujourd’hui, nous essayons de promouvoir le genre au sein des entreprises. Le PNUD a développé la « certification genre » des institutions. Unicongo va montrer l’exemple aux entreprises congolaises en étant la première institution du pays à être certifiée genre.

Unicongo a initié des visites d’entreprises à ces membres. Quel est l’objectif recherché ?

Les visites d’entreprises ont pour buts de faire connaître les activités des membres d’Unicongo à d’autres adhérents et de créer des relations d’affaires. Pour exemple, la visite d’un sous-traitant permet à un grand donneur d’ordre dans l’industrie de mieux identifier les activités de celui-ci. Cela peut raccourcir la chaîne de décision dans le choix d’un prestataire. Les petites entreprises et les nouveaux membres, notamment ceux qui sont porteurs de nouveaux business model et d’actions innovantes, peuvent se faire connaître aux autres adhérents.

Quels sont les principaux problèmes qui affectent le secteur privé ?  

Les problèmes qui touchent le secteur privé sont toujours les mêmes. On peut citer les contrôles et redressements fiscaux, qui semblent, toutefois, un peu moins nombreux qu’il y a un ou deux ans. Pour exemple, suite à une prise de conscience au plus haut niveau du corps judiciaire des dérives, les pratiques de certains juges, en matière de saisie, ont diminué. Des conseils donnés aux opérateurs économiques et des interventions à haut niveau ont permis de freiner ces pratiques.  

Les problèmes qui touchent le secteur privé sont toujours les mêmes.

Les problèmes de l’énergie, eux, sont structurels. L’offre en électricité est inférieure à la puissance installée, en raison de disfonctionnements dans la production et le transport d’électricité. Dans certaines centrales, comme à Imboulou, des turbines sont en panne. En conséquence, les délestages ont augmenté, notamment à Brazzaville. En supposant que des actions soient menées rapidement pour résoudre ces problèmes et augmenter l’offre, il faudrait 4 à 5 ans pour les réaliser.

La pénurie d’électricité se double d’un problème de gasoil. Des exonérations d’importation ont été suspendues à tous les opérateurs bénéficiaires de convention d’établissement, y compris aux entreprises qui y ont droit légalement. Par ailleurs, la baisse de l’offre en gasoil se répercute sur les stocks de carburant de certaines entreprises, qui ont des difficultés à fonctionner, et sur les prix des produits sur les marchés.

Lire aussi.Congo-B. La Likouala, un département carrefour sous-équipé. https://www.makanisi.org/congo-b-la-likouala-un-departement-carrefour-sous-equipe/

Comment se porte le débat public-privé ?

Les débats avec le secteur public tournent toujours autour de l’amélioration du dialogue public-privé. Si les pouvoirs publics partagent avec nous plus de contenus, notamment de textes législatifs avant qu’ils soient soumis à l’Assemblée nationale, nous sommes toujours peu écoutés et nous avons du mal à nous faire entendre. Nous avons certes d’excellentes relations avec certains décideurs publics, mais sans beaucoup de retombées concrètes sur le terrain.  

On confond réformes sectorielles et stratégies sectorielles.

Depuis des années, on parle de la diversification de l’économie congolaise. Qu’en est-il réellement ?  

Il n’y a rien de palpable sur le terrain car il n’y a aucune stratégie réelle en matière de diversification de l’économie. On confond le Plan National de Développement, qui est conçu comme un recueil de projets, et une stratégie, qui suppose une vision préalable. On confond réformes sectorielles et stratégies sectorielles.

Pour développer un secteur d’activité, quel qu’il soit, la réflexion doit inclure le secteur privé. Récemment, des réunions destinées à faire l’état des lieux du secteur de la santé, se sont tenues, mais sans le secteur privé. Unicongo a signalé au ministre de la Santé que 56 % de l’offre en matière de santé est le fait des privés, selon une étude la Banque mondiale. Le ministère qui a pris acte de notre remarque, doit nous rencontrer pour qu’on revoie, ensemble, le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS). Le manque de stratégie se pose dans de nombreux secteurs.

Le secteur agricole, que vous connaissez bien, semblait attirer des Congolais, il y a quelques années. Comment évolue-t-il ? 

Cette question me touche particulièrement car je suis un des acteurs de ce secteur. On assiste actuellement à l’essoufflement de la première vague d’investissement dans l’agriculture, encouragée par les pouvoirs publics, qui avait démarré, au milieu des années 2000, au sortir de la guerre et qui correspondait à une conjoncture favorable des cours mondiaux du pétrole. C’est à cette époque qu’ont émergé les entreprises Congo-Agriculture, devenue plus tard Todi River farms, ainsi que Tolona et Green Peas, créée par Barreto, également promoteur de La poule qui rit, un élevage de poules ponteuses. Todi River farms a fermé en 2024. Tolona est sur le point d’arrêter ses activités. L’un des associés a quitté le Congo. La plupart des entreprises, qui ont été des moteurs du développement de la culture de maïs, y croit de moins en moins.

On assiste actuellement à l’essoufflement de la première vague d’investissement dans l’agriculture, encouragée par les pouvoirs publics, qui avait démarré, au milieu des années 2000

Toutefois, malgré cet essoufflement, de nouveaux acteurs privés locaux fortunés s’engagent actuellement dans le secteur agricole. Ils vont plus loin que leurs prédécesseurs, mais ils vont trop vite et misent trop fort. Quelque 10 milliards de FCFA pourraient être injectés dans l’agriculture dans les deux prochaines années, sans que cela ait, pour autant, un réel impact sur le développement de l’agriculture. L’enjeu pour nous est de les conseiller pour qu’ils ne connaissent pas le même sort que leurs prédécesseurs. Quant aux petits agriculteurs, rien n’a vraiment changé pour eux.  

Qu’attendez-vous de la 5ème Rencontre des entrepreneurs francophones, qui se tiendra, à votre initiative, en juin prochain à Brazzaville?  

L’objectif premier des Rencontres des entrepreneurs francophones (REF) est de faire connaître à des acteurs économiques venant d’autres régions du monde, les réalités du pays hôte qu’ils ne connaissent pas. Tel est le cas du Québec, de certains pays d’Asie du sud-est (Cambodge, Laos, Vietnam). Pour les pays qui se connaissent déjà, la REF permet de renforcer les liens. Certains acteurs d’Afrique de l’Ouest ont des affaires au Congo où ils se sont installés, mais sans appui localement, notamment du côté d’Unicongo.

L’objectif premier des Rencontres des entrepreneurs francophones (REF) est de faire connaître à des acteurs économiques venant d’autres régions du monde, les réalités du pays hôte qu’ils ne connaissent pas

Beaucoup d’opérateurs d’Afrique de l’Ouest établis depuis de très longues années au Congo, sont des commerçants. En revanche, la plupart des nouveaux venus (Sénégal, Côte d’Ivoire) opèrent dans les services, en particulier dans les techniques de communication (TEC), dans la distribution de marques, pas seulement alimentaires, mais aussi d’équipements électriques, ou dans le BTP. Le but des REF et des patronats locaux est d’identifier ces acteurs, de faciliter leur implantation, de fédérer et de structurer toutes les initiatives. Cela permet de faire travailler ensemble des acteurs de la sous-région francophone.

Quelle est la réalité des relations d’affaires entre le Congo et la République Démocratique du Congo (RDC) ?

Dans le sens RDC-Congo, les échanges, qui sont principalement informels, concernent des  produits de l’industrie légère (objets en plastique, savon). Ils passent par Maloukou et quelques ports informels ainsi que par le port de Yoro à Brazzaville. Dans l’autre sens, les échanges portent sur du carburant de contrebande, et, parfois, sur de la farine de blé en fonction de l’évolution des prix.

Les flux formels (commerce formel dont les congelés) sont le fait d’Indiens ou de Libanais, qui ont un pied dans chaque pays. Certains d’entre eux ont tendance à importer des produits via le port de Pointe-Noire qu’ils font transiter ensuite vers Kinshasa, via les Terminaux du bassin du Congo à Brazzaville. Selon le transporteur maritime Maersk, qui dessert le Congo, entre 10% et 15% de son trafic local est destiné à la RDC. Dans le sens RDC-Brazzaville, les échanges sont des réponses à des marchés publics ou concernent des acteurs du TP.

D’une manière générale, entre les pays de la Cemac et de la CEEAC, il n’y a pas de relations commerciales suivies.

D’une manière générale, entre les pays de la Cemac et de la CEEAC, il n’y a pas de relations commerciales suivies. Les pays voisins vendent leur surplus. Le commerce est fonction des surplus de l’industrie locale, des opportunités et de la conjoncture. Il n’y a pas de stratégie définie, qui permettrait à des acteurs économiques, établis dans une région frontalière, de s’organiser pour créer un marché durable.

Quelles sont les synergies entre Unicongo et son homologue de la RDC, la Fédération des entreprises du Congo ?

Les relations formelles entre les deux patronats étaient quasiment inexistantes depuis une vingtaine d’années. En décembre dernier, une rencontre a eu lieu, à Brazzaville, entre nos deux syndicats pour formaliser notre volonté d’être des partenaires d’une plus grande proximité. Lors de cette réunion, j’ai pu constater que les acteurs économiques de la RDC sont favorables au développement des relations entre les deux pays.

Robert Malumba, le président de la FEC, et moi-même avons décidé de collaborer de façon concrète en facilitant les affaires de nos adhérents qui exportent ou ont des affaires dans chacun des deux pays. Pour prendre un exemple, la présidente de la Commission nationale de l’agriculture de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), qui a une unité de fabrication de farine de manioc à Kinshasa, se fournit en tubercules de manioc dans le district de Ngabé, situé au nord de Brazzaville. Nous l’avons mise en relation avec le patron du groupe Supermarket, qui produit du manioc et cherche des débouchés. La relation est de très bonne qualité. On devait signer un « Memorandum of Understanding » (protocole d’accord), mais, en raison des problèmes liés au conflit dans l’est de la RDC, on a dû reporter la signature.