RDC, 3ème producteur mondial de diamant industriel, malgré de fortes contraintes

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Différents types de qualité de diamant.

La République démocratique du Congo (RDC) est un acteur important de l’industrie mondiale du diamant. Elle détient 9 % des réserves mondiales connues de diamants de qualité industrielle (150 millions de carats). Elle fournit 18 % de la production mondiale de diamants industriels et 3 % de celle de diamants de qualité gemme destinés à la joaillerie. Elle arrive ainsi en troisième position sur le podium des plus grands producteurs de diamants industriels. Selon l’édition 2025 de l’US Geological Survey Minerals Yearbook, la Russie est le premier producteur mondial, avec 16 millions de carats en 2024, suivie du Botswana (8 M de carats) et de la RDC (7 M de carats).

En RDC, les gisements de diamant de qualité industrielle, qui sont utilisés comme abrasifs dans certains outils de forage et de coupe pour l’industrie, se trouvent essentiellement dans la province du Kasaï Oriental. Les diamants destinés à la joaillerie sont localisés principalement dans la province du Kasaï (Tshikapa) et également dans la Tshopo (Kisangani)) et le Kwango (Tembo).

En 2024, les diamants de qualité industrielle ont représenté 65% de la production nationale de diamant. Ceux de qualité semi-industrielle (quasi gemme) ont contribué à hauteur de 30% à la production totale et les diamants de joaillerie à hauteur de 5%.

La production congolaise de diamant est majoritairement assurée par le secteur artisanal (66 %), suivi par l’exploitation industrielle (33 %)

La production congolaise de diamant est majoritairement assurée par le secteur artisanal (66 %), suivi par l’exploitation industrielle (33 %) et le reste par l’exploitation semi-industrielle. Environ 98 % de la production industrielle est réalisée par la Société Anhui-Congo d’Investissement Minier (SACIM) et les 2 % restants par la Société Minière de Bakwanga (MIBA).

Forte baisse des exportations depuis 2003

En dépit de réserves prometteuses, le secteur du diamant de la RDC est marqué par une baisse continue de la production et des exportations depuis plus de 15 ans. En effet, les exportations de diamants bruts sont passées de 32,9 millions de carats en 2006 à 9,240 millions en 2024 pour une valeur de 89,036 millions de dollars.

La première chute significative est intervenue en 2008 (21,3 millions de carats). Elle était liée aux difficultés rencontrées par l’exploitation industrielle, notamment par la Société Minière de Bakwanga (MIBA), une société para-étatique créée en décembre 1961.

La deuxième baisse importante, qui a débuté vers 2017, a été continue jusqu’en 2023, année où les exportations sont tombées à 8,3 millions de carats, soit une baisse de 28 % par rapport à l’année précédente. Il s’agissait du plus faible niveau enregistré depuis plus de 20 ans. Les exportations ont légèrement remonté en 2024, pour s’établir à 9,240 millions de carats,  dont 8,760 millions de diamants industriels (pour une valeur de 54,546 millions de dollars) et 479 914 carats de diamant gem, soit une valeur de 34,420 M de dollars, selon le bulletin des statistiques minières 2024 du ministère des Mines de la RDC.

En dépit de réserves prometteuses, le secteur du diamant de la RDC est marqué par une baisse continue de la production et des exportations depuis plus de 15 ans.

Exportations totales de diamant par types d’exploitation (quantité en carats) : Source : bulletins de statistiques minières du ministère congolais des Mines

Exploitation20242023202220212020
Artisanale 6 353 614   6 671 325   7 353 996   10 028 407     7 832 823   
Industrielle2 887 100   1 634 470   4 322 747   2 657 371   4 381 615  
Total9 240 7148 305 796  11 683 439   12 685 779  12 214 439  

Les principaux pays importateurs de diamant étaient les Émirats Arabes Unis (54% du total des exportations), suivis de la Belgique (44%), de l’Inde (2%),  de la Chine (0,003%), du Botswana (0,002%) et des États-Unis (0,0004%). La SACIM était la seule société industrielle exportatrice. La MIBA, pour sa part, a vendu localement sa production.

Lire aussi : La RDC, 2ème producteur mondial de cuivre métal en 2024. https://www.makanisi.org/la-rdc-2eme-producteur-mondial-de-cuivre-metal-en-2024/

Exploitation industrielle avec la SACIM

En 2024, 98% de la production industrielle de diamants, de qualité industrielle, a été assurée par la Société Anhui-Congo d’Investissement Minier (SACIM), qui opère dans la province du Kasaï-Oriental. Son capital est réparti entre l’État congolais (50%) et la société publique chinoise Anhui Foreign Economic Construction Corporation (AFECC), une entreprise de génie civil et minier.

La SACIM est née, en mars 2013, d’un partenariat entre la Société Congolaise d’Investissement Minier (SCIM), une propriété de la RDC (80%), de l’Institut national de sécurité sociale (10%) et du Fonds de promotion de l’Industrie (10%), et l’AFECC, avec pour objectif d’exploiter le gisement diamantifère de Tshibwe dans le territoire de Miabi, selon l’accord signé entre la RDC et l’AFECC.

Le capital de la SACIM est réparti entre l’État congolais (50%) et la société publique chinoise Anhui Foreign Economic Construction Corporation (AFECC), une entreprise de génie civil et minier.

En contrepartie de l’exploitation du gisement, l’AFECC s’était engagée, dans l’accord, à assister l’État congolais dans la démarche d’obtention d’un crédit préférentiel pour réaliser des projets d’infrastructures sociales, notamment la construction de la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi et de la route reliant la centrale à la ville de Mbuji-Mayi, et à développer l’agro-industrie dans la province.

Au fil des ans, la SACIM est devenue le principal exploitant industriel de diamants en RDC, dont les exportations ont, toutefois, enregistré une baisse, passant de 4,381 millions de carats en 2020 à 2,877 millions de carats en 2024 (32,862 millions de dollars). Par ailleurs, l’entreprise fait l’objet d’accusations, notamment de violations des droits des travailleurs et des droits humains, de fraude fiscale, de pollution, de pillage des ressources et de défaillance par rapport à sa contribution au développement local. Pour répondre aux accusations de fraude, un arrêté ministériel du 22 février 2022 a imposé à la SACIM de vendre ses diamants à des acheteurs choisis et à un prix fixé par l’État congolais. Une décision qui aurait, selon l’entreprise, un impact négatif sur son bon fonctionnement. Selon un article de Radio Okapi, daté du 4 avril 2025, « la SACIM risque de fermer définitivement ses portes si rien n’est fait et dans l’urgence. Spécialisée dans la production et vente des diamants, cette société minière fait face à des mesures lui imposées par le ministère congolais des Mines. Conséquences, les travailleurs accusent plus d’une année d’arriérés des salaires ».

Déclin de la Miba

La présence de l’AFECC dans la filière fait suite à l’effondrement de la MIBA, dont la production n’a cessé de chuter depuis 2000. L’entreprise a contribué, en effet, aux efforts de guerre de l’ancien président Laurent-Désiré Kabila. Selon l’étude intitulée « Les diamants en RDC : un secteur qui peine à briller à nouveau », publiée en avril 2025 par l’International Peace Information Service (IPIS), le déclin de la MIBA « a débuté après la perte de ses concessions les plus précieuses et la conclusion de contrats d’exploitation avec des investisseurs étrangers – problèmes aggravés par le manque d’investissements, l’épuisement des gisements et l’échec des renégociations de contrats. Des allégations de corruption généralisée, notamment de détournement de diamants à grande échelle, ont encore aggravé la crise… ».

Le capital de la MIBA est réparti entre l’État congolais (80%) et le groupe sino-belge ASA Resource (20%), ex-Mwana Africa.

D’autres facteurs ont contribué au déclin de l’entreprise, dont le fort endettement de l’entreprise, le manque d’énergie, la centrale hydroélectrique de Tshiala, gérée par Énergie du Kasai (Enerka), filiale de la MIBA, tournant au ralenti, ainsi que l’intervention de l’AFECC en tant que partenaire technique et financier de la SACIM sur une partie des gisements précédemment détenus et exploités par MIBA et d’autres opérateurs.

La production de la MIBA, dont le capital est réparti entre l’État congolais (80%) et le groupe sino-belge ASA Resource (20%), ex-Mwana Africa, a, ainsi, chuté de 9,5 millions de carats en 1990 à environ 100 000 carats en 2023. En 2024, la MIBA n’exportait plus de diamants.

Un plan de relance de l’entreprise, dont le capital est réparti entre l’État congolais (80%) et le groupe sino-belge ASA Ressource (20%), ex-Mwana Africa, a été initié en 2024 par le président Félix Tshisekedi. Selon ce plan, l’État devait injecter 70 millions de dollars dans l’entreprise et le groupe ASA Ressource 50 millions de dollars pour relancer les activités dans les filières diamant et or et exploiter les gisements de nickel et de chrome récemment découverts dans la province du Kasaï.

Lire aussi : IPIS. Les diamants en RDC : un secteur qui peine à briller à nouveau. Avril 2025. https://ipisresearch.be/wp-content/uploads/2025/04/20250428IPISLes-diamants-en-RDC.pdf

Les sociétés semi-industrielles

Outre la SACIM et la MIBA, la RDC compte des sociétés semi-industrielles d’extraction de diamants, dont la production est très limitée. Selon l’enquête de l’IPIS, « leurs activités ne sont guère surveillées par les services gouvernementaux. Nombre de ces sociétés opéreraient sous la protection d’hommes forts influents ou de membres des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), qui obstruent souvent l’accès et la surveillance par d’autres services gouvernementaux ».

La production artisanale

Si la SACIM contribue à la production congolaise de diamants bruts, ce sont toutefois les mineurs artisanaux qui sont les principaux producteurs. Ils sont très présents dans la province du Kasaï Oriental qui compterait, selon le Plan de développement provincial du Kasaï-Oriental 2023-2027, 19 coopératives minières. On estime que 450 000 mineurs artisanaux fournissent 60 à 80 % des volumes d’exportation de diamants du pays.

Si la SACIM contribue à la production congolaise de diamants bruts, ce sont toutefois les mineurs artisanaux qui sont les principaux producteurs.

Selon l’enquête d’IPIS, l’exploitation artisanale du diamant congolais est confrontée à plusieurs défis majeurs dont la difficulté pour les services de l’État de contrôler la chaîne d’approvisionnement, les bas niveaux de production, l’extorsion des acteurs de l’exploitation minière artisanale à petite échelle (Small-scale mining – ASM) et l’insécurité. De nombreux acteurs de l’ASM échappent en effet à la surveillance formelle des agents de l’État. Les agences gouvernementales ne sont pas en mesure d’effectuer un contrôle efficace au niveau des sites ou de superviser les innombrables et complexes transactions qui caractérisent le commerce du diamant artisanal. Ainsi, ces services seraient contraints de se fier aux volumes et aux origines des diamants déclarés par les négociants locaux, sans aucun moyen de vérification fiable. Le système de contrôle interne de la RDC a également des difficultés à lutter efficacement contre la fraude, selon l’IPIS.

Impact de la baisse de production artisanale

Selon l’étude de l’IPIS, la forte baisse des volumes de production du secteur artisanal cumulée avec celle du prix des diamants et l’instabilité du marché mondial ont ruiné de nombreux négociants locaux. Une situation qui a eu des répercussions négatives sur l’accès au crédit, un facteur essentiel dans le secteur, car les négociants préfinancent généralement les opérations de l’ASM. Ce financement est aujourd’hui plus nécessaire que jamais, car les gisements peu profonds ont été épuisés, poussant les mineurs à creuser plus profondément, généralement sans outils adéquats ou équipement de sécurité, augmentant ainsi le risque d’accidents. La frustration liée aux difficultés d’accès aux zones riches en diamants pousse les jeunes de la province à envahir les concessions de la MIBA, en grande partie inexploitées, malgré la menace d’une répression violente de la part des gardes ou des soldats.

Le Kasaï Oriental, qui dépend fortement de l’industrie du diamant, a été durement touché par le ralentissement du secteur, ce qui a entraîné une crise socio-économique et une émigration importante. Plus de 200 000 personnes auraient quitté les régions diamantifères du grand Kasaï pour s’installer à Kinshasa, la capitale de la RDC, ou dans la province du Haut-Katanga.  

Lire aussi : La RDC, 1er producteur mondial de cobalt en 2024 https://www.makanisi.org/la-rdc-1er-producteur-mondial-de-cobalt-en-2024/

Encadré : Historique de la MIBA

À l’origine de la Miba se trouve la Société minière du Bécéka (Mibéka), filiale créée en 1919 par la compagnie Bas-Congo au Katanga (BCK), et dont la Société́ générale détenait la majorité́ des actions. La Société minière du Bécéka fit exploiter ses gisements de Bakwanga par la Forminière. Cette dernière, dont le siège se trouvait à Tshikapa, le déplaça, en 1954, à Bakwanga, au vu de l’évolution des activités d’exploitation dans la région (Joye & Lewin 1961 : 225-227).

À l’indépendance, après avoir donné son congé aux services de la Forminière, la Société minière du Bécéka reprit en autonomie l’exploitation de ses concessions. Elle créa en 1961 une filiale, la Minière de Bakwanga (Miba), dont 99 % des parts revenaient à la société-mère, la Minière du Bécéka, devenue société anonyme belge, puis Sibéka.

En 1973, la Miba a été « zaïrianisée ». Autrement dit, 100 % de son capital a été restitué à l’état zaïrois. Suite à des problèmes de gestion au sein de l’entreprise, en 1978, 20 % du capital de la Miba ont été rendus à la société belge Sibéka. Cette dernière devint alors une filiale de l’Union minière, l’actuelle Umicore, dont les parts dans la Miba ont été rachetées par Mwana Africa en 2006 (Yager 2006 : 11.3). Source :  « Le Kasaï-Oriental. Un noeud gordien dans l’espace congolais », sous la direction de Jean Omasombo Tshonda. Tervuren, Musée royal de l’Afrique centrale. 2014