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jeudi 30 juin 2022
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Afrique subsaharienne : croissance ralentie, inflation et baisse des revenus

Selon l’édition 2022 des Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, la croissance mondiale devrait diminuer de 2,7 points de pourcentage, sur la période 2021-2024, soit plus de deux fois la décélération subie entre 1976 et 1979. Liée à plusieurs facteurs (guerre en Ukraine, impact de la pandémie Covid-19), cette croissance contenue devrait perdurer jusqu’à la fin de la décennie. Bien qu’inégale selon les régions, elle s’accompagne partout d’une forte inflation et d’une baisse des revenus par habitant.

En Afrique subsaharienne, la croissance devrait se ralentir pour atteindre 3,7 % en 2022 et 3,8 % en 2023. Des pays, comme la RDC, le Cameroun et le Congo, ont toutefois de bonnes perspectives. Mais ils n’échapperont pas à la tendance inflationniste et à la baisse des revenus qui touchera plus particulièrement les populations vulnérables.

 « La guerre en Ukraine, les confinements en Chine, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et le risque de stagflation pèsent sur la croissance. Pour bien des pays, il sera difficile d’échapper à la récession », souligne le président de la Banque mondiale, David Malpass dans l’introduction du rapport Perspectives économiques mondiales 2022.

Décélération de la croissance mondiale

Selon le rapport, « la croissance mondiale devrait chuter de 5,7 % en 2021 à 2,9 % en 2022, soit nettement moins que les 4,1 % prévus en janvier dernier ». Pour 2023 et 2024, elle ne devrait pas connaître de grand changement par rapport à 2022.

Sur la période 2021-2024, la croissance mondiale devrait diminuer de 2,7 points de pourcentage, soit plus de deux fois la décélération subie entre 1976 et 1979. Cette croissance contenue devrait probablement perdurer jusqu’à la fin de la décennie en raison de la faiblesse des investissements dans la majeure partie du monde. 

Le rapport signale par ailleurs que « les hausses de taux d’intérêt décidées à la fin des années 1970 pour juguler l’inflation avaient été à l’origine de la récession mondiale de 1982 et d’une série de crises financières dans des pays émergents et en développement ».

Inflation supérieure aux objectifs

L’inflation, pour sa part, sera certes plus faible mais encore supérieure aux objectifs dans de nombreux pays, en raison du contexte marqué par la guerre en Ukraine « qui perturbe fortement l’activité, l’investissement et le commerce à court terme, par le tassement des effets de rattrapage de la demande et par la levée progressive des mesures de soutien budgétaire et d’accompagnement monétaire ».

En raison des dommages conjugués de la pandémie et de la guerre, le niveau de revenu par habitant dans les pays en développement sera cette année inférieur de près de 5 % à la tendance pré-COVID.

Risque de stagflation

Toujours selon les économistes de la Banque mondiale, le risque de stagflation (période de faible croissance et d’inflation élevée) est aujourd’hui considérable. « Avec une inflation qui évolue actuellement à son plus haut niveau depuis plusieurs décennies dans de nombreux pays et une offre qui devrait croître lentement, il y a un risque de voir l’inflation rester plus élevée plus longtemps », souligne le rapport.

Si l’inflation reste élevée, la répétition des solutions adoptées lors de la précédente stagflation pourrait se traduire par une forte récession mondiale, ainsi que par des crises financières dans certaines économies émergentes et en développement.

Pour télécharger le rapport, cliquer sur le lien suivant  : https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2022/06/07/stagflation-risk-rises-amid-sharp-slowdown-in-growth-energy-markets?cid=ECRENewsletterWeeklyFREXT&deliveryName=DM145511

Des similitudes avec la situation des années 1970

Selon le rapport, la situation actuelle est comparable à celle des années 1970 à trois titres. Elle est marquée par « des perturbations persistantes de l’offre qui alimentent l’inflation, précédées d’une période prolongée de politique monétaire très accommodante dans les principales économies avancées ; des projections de ralentissement de la croissance ; des économies émergentes et en développement vulnérables face à la nécessité d’un durcissement de la politique monétaire pour maîtriser l’inflation ».

Et des différences

Toutefois, plusieurs aspects distinguent l’épisode actuelle de celui des années 1970. Le dollar est fort, alors qu’il était très faible à l’époque, l’ampleur des hausses de prix des produits de base est plus modérée et les bilans des principales institutions financières sont généralement solides. En outre, « les banques centrales des économies avancées et de nombreuses économies en développement ont des mandats clairs envers la stabilité des prix. Au cours des trois dernières décennies, elles ont obtenu des résultats tangibles dans la réalisation de leurs objectifs d’inflation », insiste le rapport.

Recommandations

Pour réduire les risques, les autorités politiques et économiques doivent coordonner l’aide à l’Ukraine, contrer la hausse des prix des hydrocarbures et des produits alimentaires, amplifier l’allègement des dettes publiques, renforcer la lutte contre le COVID-19 et accélérer la transition vers une économie bas carbone, recommande David Malpass. Ce dernier encourage les pays à éviter les restrictions commerciales et préconise de modifier les politiques budgétaires, monétaires, climatiques et d’endettement « pour remédier à l’affectation inappropriée des capitaux et lutter contre les inégalités ».

Forte décélération dans les pays avancés

Dans les pays avancés, la croissance devrait décélérer à 2,6% en 2022 et 2,2% en 2023 après 5,1% en 2021. Ce ralentissement touche les deux grandes puissances mondiales : les États-Unis (+2,5%), en baisse de 1,2 point de pourcentage et la Chine (+ 4,3%) à -0,8 point. Pour la zone euro, la révision est encore plus forte : -1,7 point à 2,5%.

Les pays exportateurs de matières premières s’en tirent mieux

Les prévisions de croissance 2022 ont été revues en baisse pour près de 70% des économies émergentes et en développement. Elle ne devrait pas dépasser 3,4% en 2022 après 6,6 % l’an dernier et une moyenne annuelle de 4,8% sur la période 2011-2019. En outre, l’Ukraine devrait voir son activité chuter de 45,1% cette année, la Russie de 8,9%.

Les pays exportateurs de matières premières, pour leur part, s’en tirent assez bien. La croissance de la région Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a été révisée en hausse (+0,9 point, à 5,3%). Cette hausse bénéficie de l’augmentation des prix du pétrole (+42% en 2022).

Perspectives en Afrique subsaharienne

Après un rebond de 4,2 % en 2021, la croissance en Afrique subsaharienne s’est ralentie en raison de tensions intérieures sur les prix, en partie liées aux difficultés d’approvisionnement consécutives à la guerre en Ukraine. Elle devrait atteindre 3,7 % en 2022 et 3,8 % en 2023, conformément aux projections établies en janvier dernier. Néanmoins, si on exclut les trois plus grandes économies de la région (Afrique du Sud, Nigeria, Angola), la prévision a été revue à la baisse de 0,4 point de pourcentage pour 2022 et 2023. À l’exception de la Guinée équatoriale, les prévisions de croissance entre 2022 et 2024 sont bonnes pour la RDC, le Cameroun, le Congo-Brazzaville, l’Angola, la Centrafrique et le Gabon (voir tableau ci-dessous).

Baisse des revenus par habitant

Les risques – inflation, insécurité alimentaire et pertes de revenus – ne sont toutefois pas absents. La hausse des cours des matières premières peut certes soutenir la reprise dans les industries extractives, mais l’augmentation de l’inflation dans de nombreux pays et les pénuries de denrées devraient frapper de plein fouet les populations vulnérables, aggravant au passage l’insécurité alimentaire.

Selon le rapport, dans environ 45 % des économies d’Afrique subsaharienne et dans la moitié des pays fragiles et touchés par des conflits, le revenu par habitant en 2023 devrait rester inférieur aux niveaux constatés avant la pandémie. En outre, l’augmentation des factures d’importation de denrées alimentaires et de carburant pourrait réduire à néant les récents progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté, notamment dans les pays où les populations vulnérables sont nombreuses (RDC, Nigéria) et dans ceux qui sont très dépendants des importations alimentaires (Bénin, Comores, Gambie, Mozambique), souligne le rapport.

Tableau : Source Banque mondiale

Prévisions pour les pays d’Afrique subsaharienne
(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)

 201920202021e2022p2023p2024p
Afrique du Sud0,1-6,44,92,11,51,8
Angola-0,7-5,20,73,13,33,2
Bénin6,93,87,25,96,16,0
Botswana3,0-8,512,14,14,04,0
Burkina Faso5,71,97,04,85,45,3
Burundi1,80,31,82,53,34,1
Cabo Verde5,7-14,87,15,56,16,0
Cameroun3,70,53,54,04,34,4
Centrafrique3,10,90,93,23,44,0
Comores1,8-0,32,42,83,13,7
RDC4,41,75,76,06,46,1
Congo-0,1-6,2-3,53,53,04,5
Côte d’Ivoire6,22,07,05,76,86,6
Érythrée3,8-0,62,94,73,63,7
Eswatini2,6-1,93,12,01,81,8
Éthiopie29,06,16,33,35,25,9
Gabon3,9-1,81,53,32,63,0
Gambie6,2-0,25,65,66,26,5
Ghana6,50,45,45,55,25,0
Guinée5,64,63,14,35,95,8
Guinée-Bissau4,51,53,83,54,54,5
Guinée équatoriale-6,0-4,9-1,61,8-2,6-2,1
Kenya5,0-0,37,55,55,05,3
Lesotho2,6-6,51,62,32,12,0
Liberia-2,9-3,04,04,44,85,2
Madagascar4,4-7,14,42,64,24,6
Malawi5,40,82,82,14,34,2
Mali4,8-1,23,13,35,35,0
Maurice3,0-14,93,95,96,03,9
Mauritanie5,3-0,92,44,55,37,7
Mozambique2,3-1,22,23,66,05,8
Namibie-0,9-8,50,82,92,12,0
Niger5,93,61,45,27,110,4
Nigéria2,2-1,83,63,43,23,2
Ouganda26,43,03,43,75,16,5
Rwanda9,5-3,410,96,87,27,4
Sao Tomé-et-Principe2,23,11,82,83,03,3
Sénégal4,61,36,14,48,510,6
Seychelles2,0-13,37,94,65,75,0
Sierra Leone5,3-2,03,13,94,44,8
Soudan-2,2-3,60,10,72,02,5
Soudan du Sud23,29,5-5,1-0,82,54,0
Tanzanie5,82,04,35,35,76,1
Tchad3,2-1,6-1,22,83,53,9
Togo35,51,85,15,05,86,4
Zambie1,4-3,03,63,33,64,0
Zimbabwe-6,1-6,25,83,73,63,6

Note : e = estimation ; p= prévision. Les prévisions de la Banque mondiale sont fréquemment actualisées en fonction des nouvelles données et de l’évolution de la conjoncture (mondiale). Par conséquent, les projections présentées ici peuvent être différentes de celles mentionnées dans d’autres documents de la Banque mondiale, même si les évaluations de base des perspectives des pays ne diffèrent pas de façon significative à un moment donné.
1. Les données sont basées sur le PIB mesuré aux prix et taux de change moyens du marché sur la période 2010-19. 2. Chiffres basés sur l’exercice budgétaire. 3. Pour le Togo, le taux de croissance en 2019 est basé sur le recalcul des estimations du PIB pour les années antérieures à 2020.

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