
Au Cameroun, comme dans de nombreux pays dans le monde, l’habitat traditionnel, fruit d’un savoir-faire, parfois ésotérique, transmis de génération en génération, tend à disparaître. C’est le cas en milieu urbain, mais aussi en milieu rural où cet habitat est aussi menacé. Toutefois, il reste encore des cases, des palais et d’autres bâtiments aux fonctions dédiées que l’on peut découvrir dans les villages ou les petites cités. Parfois, la tradition est préservée, surtout quand il s’agit de la demeure d’un chef ou d’un lieu consacré.
L’architecture de l’ensemble de ces bâtiments suit souvent des règles strictes basées sur la cosmogonie et la vision du monde d’une communauté dont elle matérialise l’histoire, les symboles et les croyances communes.
Partons à la découverte de quelques-unes de ces constructions traditionnelles, que n’ont cessé de chanter écrivains et poètes.
« J’ai dormi dans les cases indigènes, toutes les cases, car tu penses bien, ô mieux-aimée, que chaque région et chaque peuplade possède un modèle particulier… », chante Théodore Monod dans « Méharées ». Vous ne dormirez peut-être pas dans les cases des Pahouins, des Doualas, des Yaoundés, des Bamouns ou des Kotokos comme Monod… mais vous éprouverez à coup sûr la même émotion devant la beauté des maisons villageoises camerounaises qui se fondent dans le paysage.
L’habitat est à la fois le reflet de l’environnement et le résultat d’un choix culturel délibéré.
Minéral ou végétal
Minéral ou végétal… Il sera l’un ou l’autre ou les deux à la fois. C’est selon. Car l’habitat rural est à l’image du Cameroun. Aussi pluriel dans ses matériaux et ses formes que le sont les paysages et le génie de ses habitants. Ici rien n’est laissé au hasard et l’habitat est à la fois le reflet de l’environnement et le résultat d’un choix culturel délibéré.
Au plus profond de la forêt équatoriale, dans le sud-est du pays, les campements des populations autochtones sont des huttes totalement végétales, forêt oblige ! Feuilles, écorces et branches d’arbres sont mobilisés pour construire cette demeure temporaire, qui se tresse, se monte et se démonte en clin d’oeil. Et si le « kit » était née au fin fond de la forêt équatoriale ?
En revanche, dans le nord, où le végétal se raréfie, l’habitat sera de paille et de terre et même de pierre. Ainsi les murs des boukarou, les cases d’habitation, et de leurs greniers, qui forment les magnifiques sarés, sont en terre battue, mais leurs toits coniques sont en chaume. De la tige de mil ou de sorgho à cette gerbe d’or en forme de parapluie renversé, il n’aura fallu qu’une moisson et tout l’art du tressage.
Une case « faite à la main comme un vase » … « un travail non de maçon mais de potier ».
Des pains de sucre d’argile cannelée
Dans la plaine du Logone, les cases obus des Mousgoums, « ces prodigieux pains de sucre d’argile cannelée », si lyriquement décrites par Théodore Monod, sont, elles, totalement en terre. A n’en pas douter, leurs formes arrondies donnent envie de les caresser. Normal, c’est une main qui les a moulées. C’est du moins ce que susurre André Gide « dans son Voyage au Congo et Retour du Tchad », quand il nous parle d’une case « faite à la main comme un vase » et « d’un travail non de maçon mais de potier ».
Rondes et sensuelles, ces belles cases n’en abritent pas moins des rituels qui n’ont rien de profane. Ne vous méprenez pas ! C’est bien souvent dans les greniers à l’apparence anodine que se niche le sacré. Chez les Mofous, au nord, plus qu’un lieu de stockage, le grenier représente, en effet, un espace sacré. On n’y entre pas sans précaution rituelle. Et c’est là qu’on y dépose les ingrédients utilisés pour certains sacrifices.
Les demeures des chefs, ces « hauts édifices carrés, en terre, avec le cône énorme du toit d’herbe »
Le travail d’un sculpteur-potier
Dans l’ouest du pays, la case traditionnelle est une alliance de la forêt et de la savane. Noyée dans le vert d’une végétation luxuriante et le rouge d’une terre argileuse, le poto-poto, elle a emprunté à la forêt le bambou ou le bois qui sert à construire son armature serrée, dont les vides sont bouchés au poto-poto. Elle était jadis surmontée d’un toit conique en chaume. Aujourd’hui, la tôle ondulée a bien souvent remplacé le chaume et les briques sèches la terre battue.
Les demeures des chefs, ces « hauts édifices carrés, en terre, avec le cône énorme du toit d’herbe », rapporte Monod, rivalisent en majesté. Leur forme et leur beauté résultent d’un subtil assemblage de bois, de bambous, de fibres végétales et de terre, qui rappelle le travail d’un sculpteur-potier.
Sensualité mise à part, la forme des maisons est aussi le reflet de la manière dont la communauté perçoit les rapports entre ses membres. Ainsi chez les Bamiléké, la case du chef, située au centre du village, est la plus grande et la plus haute de toutes les habitations.
« Sa pure ligne courbe, qui ne s’interrompt pas de la base au faîte, est comme mathématiquement ou fatalement obtenue ! »
Une beauté si parfaite
Tant de beauté vaut bien un coup d’oeil ! Et un cri d’admiration. Écoutons ou lisons Gide une dernière fois : « la case des Massas ne ressemble à aucune autre… Mais elle n’est pas seulement étrange ; elle est belle et ce n’est pas tant sa beauté qui m’émeut. Une beauté si parfaite, si accomplie, qu’elle paraît toute naturelle. Sa pure ligne courbe, qui ne s’interrompt pas de la base au faîte, est comme mathématiquement ou fatalement obtenue ! ».
On peut regretter que l’architecture moderne ne s’inspire que très rarement de ces judicieux savoir-faire et qu’elle n’utilise pas suffisamment les matériaux locaux qui permettent à l’habitat de s’intégrer dans son environnement et à leurs habitants d’être à l’abri des caprices du climat. Une culture et un savoir-faire à remettre à l’honneur à l’heure des changements climatiques.













