En difficulté, le président congolais Félix Tshisekedi veut s’appuyer sur les États-Unis pour résoudre les problèmes économiques et sécuritaires auxquels son pays fait face, alors que les rebelles soutenus par le Rwanda ont toujours le dessus sur les forces gouvernementales congolaises dans l’est de la République démocratique du Congo où ils contrôlent des villes et des villages. Sous l’égide de Washington, Kinshasa et Kigali sont parvenus à un accord de paix à l’issue incertaine, pendant que la RDC et les États-Unis négocient un « deal » minier.
Le Rwanda a déployé des troupes en RDC pour épauler les rebelles qui se sont emparés de plusieurs villages et villes, dont Goma et Bukavu, les capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le M23, qui s’était déjà manifesté dans l’est en 2012, avait accepté un an plus tard de cesser la guerre et de démobiliser ses combattants. Mais ils ont repris les armes en novembre 2021, pour tenter de renverser le président Félix Tshisekedi. Cette fois-ci, ils se présentent sous la bannière d’une coalition formée avec un autre groupe, l’Alliance du fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale.
Cette guerre a une importante dimension économique. Les rebelles exploitent le coltan de Rubaya, à une soixantaine de kilomètres de Goma. La production est envoyée au Rwanda avant d’être exportée. Le deuxième plus grand pays d’Afrique après l’Algérie, en termes de superficie, ne parvient pas à s’imposer sur le champ de bataille.
La victoire militaire des forces armées congolaises serait, dans le contexte actuel, extrêmement difficile à obtenir
L’armée congolaise à la peine
Si le président Félix Tshisekedi, élu sur fond de contestation en décembre 2018 et réélu triomphalement en décembre 2023, a entrepris des réformes dans le secteur de la défense, l’armée congolaise reste toutefois à la peine. Les achats d’armes ne sont pas suffisamment encadrés, malgré l’augmentation considérable des dépenses militaires de la RDC. En 2023, le pays a connu, proportionnellement, la plus forte augmentation des dépenses militaires au monde (105%), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).
L’armée ne parvient pas à reprendre les villes qui sont passées sous le contrôle des forces rebelles. L’image de Félix Tshisekedi est ternie par les mauvaises performances des forces gouvernementales, qui semblent désorganisées et mal équipées.
Dos au mur, Félix Tshisekedi redouble d’efforts diplomatiques, ayant compris que la victoire militaire des forces armées congolaises serait, pour le moment, extrêmement difficile à obtenir.
La guerre du cobalt est dominée par la Chine, qui a compris, avant ses concurrents, qu’elle devait sécuriser ses approvisionnements
Lire aussi : La République Démocratique du Congo en chiffres. janvier 2025. https://www.makanisi.org/la-republique-democratique-du-congo-en-chiffres-janvier-2025/
« Deal » minier
C’est dans ce contexte que Kinshasa a proposé à Washington un « deal » permettant aux entreprises américaines d’accéder plus facilement aux mines congolaises. Les autorités congolaises se targuent d’un futur accord portant potentiellement sur 3 000 milliards de dollars entre des sociétés minières de la RDC et un fonds souverain américain nouvellement créé. La RDC compte sur le poids des États-Unis pour la sécurisation de la partie orientale de son territoire. De leur côté, les États-Unis voient dans l’offre inattendue de la RDC une occasion de concurrencer la Chine. L’Empire du Milieu a discrètement devancé l’Amérique en investissant massivement en RDC où, sans se soucier des questions de gouvernance et de droits de l’homme, il construit des infrastructures, dans le cadre d’un accord signé en 2008 et réexaminé en 2024.
La guerre du cobalt est dominée par la Chine, qui a compris, avant ses concurrents, qu’elle devait sécuriser ses approvisionnements. En 2011, Pékin a inscrit la fabrication de véhicules électriques sur sa liste des 7 « industries émergentes prioritaires ». La Chine a ainsi concentré ses efforts d’investissement sur les provinces congolaises du Lualaba et du Haut-Katanga, issues de la division de l’ancienne province du Katanga (sud-est) en quatre entités, dans le cadre d’une réforme qui est progressivement entrée en vigueur à partir de 2015.
Lire aussi : Quelques dates-clés de l’Histoire récente de la RDC. https://www.makanisi.org/quelques-dates-cles-de-lhistoire-recente-de-la-rdc/
Il ne s’agirait pas, pour la RDC, de redonner aux États-Unis une partie des sites exploités par des entreprises chinoises. La RDC aurait inclus, dans le « package », Rubaya, où se trouve un important gisement de coltan, et Lueshe, qui contient des réserves de pyrochlore. Or, tant Rubaya que Lueshe sont actuellement sous le contrôle des rebelles. La RDC aurait également l’intention de mettre dans la transaction la mine de lithium de Manono, dans la province de Tanganyika. Cette mine intéresse la société californienne Kobold Metals, derrière laquelle se trouvent des milliardaires connus tels que Jeff Bezos et Bill Gates, qui se sont engagés à investir 1 milliard de dollars dans le projet.
La RDC possèderait 18 des 34 minerais considérés comme critiques par les organismes spécialisés
Pilier de l’économie congolaise
Le secteur minier est un pilier de l’économie congolaise. Le pays est le premier producteur et exportateur mondial de cobalt, un métal qui, avec le lithium, est utilisé dans la fabrication des batteries lithium-ion pour les véhicules électriques et les smartphones.
En 2024, la RDC a fourni à elle seule 220 000 tonnes métriques, soit 84 % de la production mondiale de cobalt. L’Indonésie est arrivée loin derrière, avec 28 000 tonnes métriques, le reste de la production mondiale émanant d’une dizaine d’autres pays. La RDC est, en outre, l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, un métal également utilisé dans l’industrie des voitures électriques.
Si les mines du pays sont principalement situées dans l’ancienne province du Katanga (sud-est), dans le Nord et le Sud-Kivu et aussi dans le nord-est du pays, de nouveaux gisements de cuivre et de coltan ont néanmoins été découverts tout récemment dans la province du Kongo Central (ouest), à proximité de la capitale Kinshasa. La production du Kongo Central pourrait être exportée via le port en eau profonde de Banana, actuellement en construction.
Lire aussi : La RDC, 1er producteur mondial de cobalt en 2024. https://www.makanisi.org/la-rdc-1er-producteur-mondial-de-cobalt-en-2024/
Sur la base des connaissances scientifiques actuelles, la RDC possèderait 18 des 34 minerais considérés comme critiques par les organismes spécialisés. Et 12 de ces minerais se trouveraient dans l’est du pays, de la province de l’Ituri jusqu’au Katanga, dans son ancienne configuration. La RDC disposerait également d’une gamme variée de terres rares.
Starlink, la société du milliardaire américain Elon Musk, a obtenu, en mai 2025, l’autorisation d’opérer en tant que fournisseur d’accès à Internet en RDC
Grand marché, nouvelles opportunités
La RDC offre un large éventail d’opportunités dans différents secteurs. Le pays, qui a célébré le 30 juin le 65e anniversaire de son indépendance, tarde à exploiter pleinement son potentiel économique. L’indépendance, acquise en 1960 après des vagues de protestations contre l’administration coloniale belge, a été suivie d’un cycle de sécessions et de rébellions qui ont entravé la difficile progression de la RDC vers le développement.
La RDC est un marché de quelque 110 millions d’habitants. Dans les zones rurales, les infrastructures de base sont généralement en mauvais état ou inexistantes. Les entreprises américaines ont une carte à jouer dans ce pays qui ressemble à un géant endormi. Après un revers en mars 2024, Starlink, la société du milliardaire américain Elon Musk, a obtenu, en mai 2025, l’autorisation d’opérer en tant que fournisseur d’accès à Internet en RDC. Les tarifs compétitifs de Starlink la mettent en concurrence directe avec les sociétés qui offrent généralement un service de qualité douteuse à des prix élevés, dans ce pays où le taux de pénétration d’Internet reste faible.
Début 2025, Erik Prince, fondateur de Blackwater, a conclu un accord avec le gouvernement congolais pour sécuriser et monétiser plusieurs réserves minières du pays. Cet accord vise à aider la RDC à améliorer la collecte des impôts et à lutter contre les réseaux de trafiquants qui exportent illégalement des produits minéraux à partir du territoire congolais.
Soucieuse d’exploiter pleinement ses ressources naturelles, la RDC a également lancé un appel d’offres pour 55 blocs pétroliers, dont 3 ont été attribués. Ces blocs sont situés dans les zones protégées de la Cuvette Centrale. Cette initiative, vivement critiquée par les organisations de protection de l’environnement, pourrait néanmoins attirer des entreprises américaines.
L’administration Trump ne s’est pas désolidarisée du projet de « corridor de Lobito », qui reliera à terme les océans Atlantique et Indien
Regain d’intérêt américain pour la RDC
Le regain d’intérêt des États-Unis pour la RDC et ses abondantes ressources ne date pas du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le 20 janvier 2025.
En décembre 2024, Joe Biden s’est rendu en Angola où il a rencontré les dirigeants angolais, congolais, zambien et tanzanien et annoncé un financement de 600 millions de dollars pour la construction du « corridor de Lobito ». Il s’agit d’une ligne de chemin de fer qui faciliterait l’exportation de minéraux stratégiques de la Zambie et de la RDC via le port angolais de Lobito, à quelque 500 km au sud de la capitale Luanda. Le « corridor de Lobito » réduira le temps nécessaire pour transporter les produits miniers de la RDC ou de la Zambie jusqu’à la côte, passant d’environ 40 jours par la route aujourd’hui à 40 à 50 heures par train.
Jusqu’à présent, l’administration Trump ne s’est pas désolidarisée du projet de « corridor de Lobito », qui reliera à terme les océans Atlantique et Indien. Ce chemin de fer moderne aura un impact majeur sur les économies des pays qu’il traverse.
Le Rwanda et la RDC ont formellement signé un accord de paix, au niveau ministériel, à Washington, le 27 juin 2025
Washington s’érige en médiateur
Reste que la guerre fait peur aux investisseurs et l’insécurité est l’ennemie de la croissance économique. Forte de ce constat, l’administration Trump s’est impliquée dans des efforts de médiation visant à trouver un terrain d’entente entre Kigali et Kinshasa. Le Rwanda et la RDC ont formellement signé un accord de paix, au niveau ministériel, à Washington, le 27 juin. Les présidents rwandais et congolais sont attendus prochainement dans la capitale fédérale américaine pour apposer leurs signatures au bas de ce document, avant la conclusion du « deal minier » tant attendu par Kinshasa, entre la RDC et les États-Unis.














