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vendredi 25 juin 2021
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Centrafrique : Bozizé ôte son masque et rejoint la rébellion

L’incertitude plane sur l’avenir politique de François Bozizé, l’ancien président centrafricain, qui, après l’exclusion de sa candidature à l’élection présidentielle, a pris la tête d’un regroupement de mouvements rebelles. Plongé dans l’embarras, son parti, Kwa na Kwa, qui compte quelques députés à l’Assemblée nationale, tarde à définir sa nouvelle ligne.

Chassez le naturel, il revient au galop. Le rebelle qui somnolait en François Bozizé s’est réveillé : après avoir nié son implication dans la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), qui a tenté de perturber la tenue des élections présidentielle et législatives de décembre 2020, il a accepté de s’assumer en tant que leader de ce regroupement de six mouvements rebelles. François Bozizé donne ainsi du crédit aux forts soupçons des autorités centrafricaines et des responsables de la mission des Nations Unies déployée dans le pays depuis une dizaine d’années, qui voyaient sa main derrière les opérations militaires récentes destinées à prendre la capitale, Bangui, le siège des institutions.

Esseulé sur la scène politique

À 74 ans, François Bozizé, semble esseulé sur la scène politique. Les rangs de ses partisans se vident peu à peu et il est difficile, à ce stade, de savoir lequel de ses traditionnels alliés politiques le soutient dans sa nouvelle entreprise. Celui qui avait pris le pouvoir après un putsch en 2003, pour en être chassé dix ans plus tard, était soupçonné d’être l’instigateur de la nouvelle coalition. Mais Kwa na Kwa, son parti, avait, dans un premier temps, rejeté mollement ces accusations jugées sans fondement. Pourquoi l’ancien putschiste qui, jusque-là, se posait en démocrate, a-t-il choisi de reprendre les armes pour tenter de renverser l’ordre institutionnel en place ?

Le parti Kwa na Kwa est empêtré dans ses contradictions. Ses dirigeants ne savent plus à quel saint se vouer et se font discrets

Kwa na Kwa est empêtré dans ses contradictions. Ses dirigeants ne savent plus à quel saint se vouer et se font discrets depuis que François Bozizé s’est résolu à privilégier la kalachnikov comme mode d’accession aux plus hautes responsabilités nationales. « C’est une situation embarrassante pour Kwa na Kwa qui a des députés à l’Assemblée nationale », explique Romain Sopio, maître de conférences à l’université de Bangui et actuellement inspecteur général de l’Education nationale.

Un parti politique plutôt ethnique

Kwa na Kwa repose sur une base largement constituée de membres de la communauté ethnique gbaya, majoritaire en Centrafrique. Il est peu probable que, dans cet environnement où l’élément ethnique structure encore les rapports sociaux et influence le vote, François Bozizé, qui est lui-même gbaya, soit lâché par les siens. Si l’ancien président a indiqué qu’il se détacherait du parti, appelé de ce fait à se choisir un nouveau dirigeant, des analystes pensent toutefois qu’il continuera à exercer discrètement une grande influence sur les choix stratégiques de Kwa na Kwa.

Il est peu probable que dans cet environnement où l’élément ethnique structure encore les rapports sociaux et influence le vote, François Bozizé, qui est lui-même gbaya, soit lâché par les siens.

Même s’il est visé par un mandat d’arrêt national pour crimes contre l’humanité et actes de génocide, Bozizé se voyait reconquérir le pouvoir par la voie des urnes, après son retour au pays, en décembre 2019, au terme de 6 ans d’exil en Ouganda. Mais après le rejet de sa candidature, il a apporté son soutien à Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et seule personnalité de grande envergure dans les starting blocks qui avait quelque chance d’inquiéter le président sortant, Ange Touadéra, réélu confortablement avec un score de plus de 53 %, dès le premier tour. Peu avant l’ouverture des bureaux de vote, l’ex-président avait lancé un appel au boycott des élections, sous prétexte que les conditions n’étaient pas réunies pour une tenue d’élections libres, transparentes et démocratiques. Mais son appel n’a pas dissuadé les électeurs de se rendre massivement aux urnes.

Échec de l’offensive rebelle

L’offensive de la CPC, qui menaçait de « marcher sur Bangui », a été mise en échec par les forces gouvernementales appuyées par la mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), forte de 14 500 personnes, ainsi que des « instructeurs » russes et des renforts militaires rwandais.

Les rebelles ont été chassés de la ville de Bangassou, à environ 750 km à l’est de Bangui, qui était passée sous leur contrôle après le retrait des forces régulières. Dans la foulée, d’autres localités ont également été récupérées par les troupes gouvernementales. Cependant, l’armée, mal équipée et démotivée, peine à reprendre toutes les régions contrôlées par les groupes armés.

Les troupes gouvernementales, mal équipées et démotivées, peinent à reprendre toutes les régions contrôlées par les groupes armés.

Depuis plusieurs années, on estimait aux 2/3 la part du territoire national contrôlé par les rebelles. Mais Vladimir Titorenko, l’ambassadeur russe à Bangui, qui multiplie les déclarations ces derniers temps, a affirmé qu’après les élections, les forces armées centrafricaines contrôlaient désormais près de 60 % du territoire national. Quelles perspectives pour la mosaïque de mouvements rebelles qui opèrent dans le pays depuis plusieurs années ? Plusieurs rounds de pourparlers ont eu lieu entre les parties belligérantes et débouché sur des accords de paix qui n’ont toutefois jamais été pleinement mis en œuvre. Reste à savoir si les rebelles, qui se livrent à toutes sortes de rapines et prélèvent des taxes illicites, seront poussés dans leurs derniers retranchements et contraints de déposer les armes.

Le soutien de Moscou et Kigali

Moscou et Kigali, de plus en plus présents militairement en Centrafrique, soutiennent ouvertement le président Faustin-Archange Touadéra. Généralement considéré comme faible et doté d’une marge de manœuvre étroite, cet universitaire présente un bilan en demi-teinte après son premier mandat de 5 ans à la tête du pays. Sur le plan sécuritaire, qui préoccupe tant les Centrafricains, le chef d’État a accompli peu de choses. La fièvre post-électorale est certes retombée dans le pays, mais les problèmes majeurs n’ont pas disparu pour autant. Derrière la présence remarquée du Rwanda et de la Russie sur le sol centrafricain, se cache un jeu d’influence qui voit la France, ancienne puissance coloniale, se poser mille et une questions sur son positionnement.

La Russie, soupçonnée de privilégier la manière forte, ne fait pas l’unanimité. Si certains Centrafricains voient la Russie comme un « sauveur potentiel », d’autres, en revanche, s’en méfient.

La Russie, soupçonnée de privilégier la manière forte, ne fait pas l’unanimité. Si certains Centrafricains voient en Moscou un « sauveur potentiel », d’autres, en revanche, s’en méfient et souhaitent une plus grande implication dans la résolution de la crise de ce qu’on appelle communément le « camp occidental ». « La Russie tente de changer la donne ici. Mais ce n’est pas un modèle de démocratie. Les Russes ne se gênent pas, ils foncent. S’il faut tout raser, ils rasent tout. Les Russes ne se cachent pas. La France ne nous aide pas tellement, mais on sait qu’elle n’est pas enthousiaste face à la présence russe », souligne Romain Sopio.

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