24.5 C
Kinshasa
dimanche 11 avril 2021
Accueil Pays Congo Congo. Scrutin présidentiel 2021 : DSN, un président à vie ?

Congo. Scrutin présidentiel 2021 : DSN, un président à vie ?

Sans surprise, le président sortant, Denis Sassou N’Guesso, au centre du jeu politique congolais depuis plusieurs décennies, a remporté, dès le premier tour, l’élection présidentielle du 21 mars 2021, avec 88,57 % des suffrages exprimés selon les résultats provisoires annoncés par le ministre de l’Intérieur le 23 mars dernier. Selon la même source, 67,55 % des quelque 2,65 millions d’électeurs sont allés voter.

Sept candidats s’affrontaient au scrutin présidentiel du 21 mars : le président en exercice, Denis Sassou N’Guesso (Parti Congolais du Travail), Guy Brice Parfait Kolélas (Union des Démocrates Humanistes-Yuki), Pascal Tsaty Mabiala (Union panafricaine pour la démocratie sociale), Mathias Dzon (Alliance pour la République et la démocratie), Joseph Kignoumbi Kia Mboungou (La Chaîne), Anguios Nganguia Engambé (Parti pour l’action de la République) et Uphrem Dave Mafoula (Les Souverainistes). La candidature de Michel Mboussi Ngouari (Convention des partis républicains) avait été rejetée, pour notamment des pièces manquantes dans son dossier.

Loin derrière le président sortant, déclaré vainqueur avec 88,57% des suffrages exprimés, est arrivé Guy Brice Parfait Kolélas, avec 7,84% des voix

Un score électoral quasi-stalinien

Nouveauté de ce scrutin : quelque 55 000 à 60 000 membres des forces de sécurité ont voté en avance le 17 mars, nourrissant ainsi des suspicions de fraude. Et, selon une pratique instaurée en 2016, qui semble se transformer en règle, l’internet a été coupé et les sms suspendus, du 21 mars au matin jusqu’à la proclamation des résultats provisoires.

Loin derrière le président sortant, déclaré vainqueur avec 88,57 % des suffrages exprimés, est arrivé Guy Brice Parfait Kolélas, seul vrai rival de Sassou N’Guesso, après la condamnation et l’incarcération de Jean-Marie Michel Mokoko, ancien chef d’état major de l’armée et candidat malheureux à la présidentielle de mars 2016.

Parfait Kolélas, arrivé en tête dans les sous-préfectures de Kinkala et de Louingui dans le Pool et dans l’arrondissement de Makélékélé (Brazzaville), a recueilli 7,84 % des voix. Mais, décédé du Covid-19, à 61 ans, le lendemain du scrutin, dans l’avion médicalisé qui assurait son évacuation sanitaire vers la France, Kolélas n’aura plus son mot à dire.

Ainsi le président Denis Sassou N’Guesso, âgé de 77 ans, entame un nouveau mandat de cinq ans, fort de son « écrasante » assise électorale. En effet, entre la présidentielle du 20 mars 2016 et celle du 21 mars 2021, son score s’est nettement amélioré passant officiellement  de 60,19 % à 88,57 %. Une manière de montrer qu’il est toujours le maître ?

Entre la présidentielle du 20 mars 2016 et celle du 21 mars 2021, son score s’est nettement amélioré passant officiellement de 60,19 % à 88,57%. Une manière de montrer qu’il est toujours le maître ?

2016, une présidentielle sous haute tension

Pour rappel, selon les résultats proclamés par la cour constitutionnelle le 4 avril 2016, Denis Sassou N’Guesso remporte la présidentielle du 20 mars 2016, avec 60,19% des suffrages exprimés, suivi de Parfait Kolélas (15,04%) et de Jean-Marie Michel Mokoko (13,74%). Le taux de participation au scrutin, qui oppose neuf candidats, est de 68,92 % selon la cour constitutionnelle.

La campagne électorale se déroule dans un climat délétère, des candidats de l’opposition étant  assignés à résidence, interdits de voyager à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ou faisant l’objet de multiples mesures d’intimidations. Le scrutin a lieu à « huis clos ». Pendant cinq jours, avant, pendant et après le vote, toutes les communications téléphoniques, les sms et internet sont coupés. L’opposition conteste vigoureusement ces résultats. Il s’ensuit une période de fortes tensions et d’affrontements. Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, un ancien ministre de Sassou N’Guesso qui avait rejoint l’opposition en 2015, sont condamnés chacun à 20 ans de travaux forcés pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État et détention illégale d’armes de guerre ».

Président du Congo depuis 1979

Président de la République populaire du Congo à partir du 9 février 1979, le colonel Denis Sassou N’Guesso perd l’élection pluraliste organisée en août 1992 et remportée, au second tour, par Pascal Lissouba avec 61,33 % des suffrages exprimés. Évinçant le président Lissouba au terme d’une guerre civile qu’il gagne, en 1997, avec l’appui des troupes angolaises, Denis Sassou N’Guesso est proclamé président le 25 octobre 1997.

Évinçant le président Pascal Lissouba au terme d’une guerre civile qu’il gagne, en 1997, avec l’appui des troupes angolaises, Denis Sassou N’Guesso est proclamé président de la république le 25 octobre 1997

S’ouvre alors une période de transition qui s’achèvera  avec l’organisation de différents scrutins en 2002. Le 20 janvier de la même année, un référendum constitutionnel approuve une nouvelle Constitution, la 7ème depuis l’indépendance du pays en 1960. Le 10 mars 2002, Denis Sassou N’Guesso triomphe, lors de la présidentielle, avec 89,4 % des suffrages exprimés. Sept ans plus tard, le 12 juillet 2009, candidat à sa propre succession, il est réélu à la tête du pays, au premier tour, avec un score de 78,61%.

Un président à vie ?

Denis Sassou N’Guesso aurait dû quitter le pouvoir en 2016, la Constitution de 2002 n’autorisant que deux mandats présidentiels. À l’initiative du PCT, un changement de constitution est proposé. Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, le 25 octobre 2015, dans un climat de contestation, l’opposition appelant à la désobéissance civile et au boycott de cette consultation. Selon les résultats officiels, le « oui » l’emporte avec 92,96 %. Le taux de participation se situe à 72,44 %.

En vertu de cette huitième Constitution, taillée sur mesure pour permettre la réélection de Denis Sassou N’Guesso, on est passé du septennat au quinquennat tandis que le nombre de mandats présidentiels est limité à trois. Aucune limite d’âge n’est fixée pour le candidat à la magistrature suprême.

Qui peut encore croire en des élections démocratiques et transparentes au Congo-Brazzaville ? 

Après ses multiples victoires, dont celles de 2016 et de 2021, celui que le président ivoirien, Alassane Ouatara, a surnommé « l’empereur », peut encore rêver d’un autre (sinon dernier ?) mandat.

Reste que son image dans l’opinion politique nationale et internationale ne cesse de se dégrader. Car qui peut encore croire en des élections démocratiques et transparentes au Congo-Brazzaville ? Au pays, lasse de ce que certains qualifient de parodies électorales, la vox populi proclame, non sans humour, à qui veut l’entendre : « Sassou n’a qu’à se proclamer roi, cela coûtera moins cher en organisation d’élections, en énergie et en vies perdues. Allons seulement… ».

Quel défi pour l’opposition ?

Les manœuvres du régime et le sentiment de lassitude de nombre de Congolais face à ce qu’ils considèrent comme  des mascarades électorales, mettent en évidence une opposition considérablement affaiblie. En proie à des dissensions internes, cette opposition se montre incapable de renverser la vapeur et la société civile, qui donnait de la voix à une certaine époque, se fait de plus en plus discrète. L’une et l’autre devront trouver un nouveau leadership pour répondre aux préoccupations d’une population constituée majoritairement par une jeunesse désabusée.

Résultats provisoires de l’élection présidentielle du 21 mars 2021

Source : Journal officiel

  • – Inscrits : 2.659.934
  • – Votants : 1.796.882
  • – Taux de participation : 67,55%
  • – Bulletins blancs et nuls : 32.204
  • – Suffrages exprimés : 1.764.678

Ont obtenu :

  • – SASSOU N’GUESSO Denis : 1.562.948 voix, soit 88,57%
  • – KOLELAS Guy Brice Parfait : 138.433 voix, soit 7,84%
  • – DZON Mathias : 33.496 voix, soit 1,90%
  • – KIGNOUMBI-KIA-MBOUNGOU Joseph : 10.607 voix, soit 0,60%
  • – MAFOULA Dave Huphrem : 9.585 voix, soit 0,54%
  • – ONIANGUE Albert : 6.908 voix, soit 0,39%
  • – NGANGUIA ENGAMBE Anguios : 2.701 voix,  soit 0,15%
- Advertisment -

ARTICLES LES PLUS LUS

Lutte contre le Covid-19… et si la solution venait de la RD Congo ?

Une équipe de chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université de Lubumbashi (Unilu- RD Congo) a présenté récemment un protocole qui...

Coronavirus : la RDC, terre du quinquina, au centre des enjeux mondiaux

Face au Covid-19, des traitements associant la chloroquine, produit synthétique inspiré de la formule chimique de la quinine, seraient prometteurs. La RDC...

Kinshasa : 10 000 tonnes de déchets/jour à traiter d’urgence

« Kinshasa, urbanisation et enjeux écologiques durables », tel est le titre de l’ouvrage de Holy Holenu Mangenda, paru en janvier 2020 chez l’Harmattan....

RDC. Alexandre Kayumba, 27 ans, un entrepreneur à succès

Alexandre Kayumba, 27 ans, est à la tête du Groupe Barthélémy Alexandre (GBA) qui comprend des entreprises de plusieurs secteurs d’activité : distribution de carburants,...