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mardi 4 août 2020
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Commerce de détail au Congo : les rayons bougent

Au Congo, excepté le marché traditionnel, tenu par les Congolais, principalement les femmes, le commerce de détail – grande et petite distribution – est l’apanage des étrangers. Mais ces places fortes commencent à être ébranlées… par une nouvelle génération de Congolais qui comptent bien s’imposer dans le secteur.

Les « Ouest Af », champions du commerce de proximité

Même s’ils commencent à être timidement concurrencés par des Congolais ou d’autres étrangers, les champions du commerce de proximité restent encore les Ouest-Africains – Mauritaniens, Maliens, Sénégalais, Guinéens. Les Ouest-Af, comme on les appelle ici, tiennent en premier lieu les boutiques d’alimentation. Pas une ville, pas un quartier et quasiment aucun village n’échappent à leurs filets. « Ils ont maillé le pays, contrôlant ainsi toute la filière, depuis l’approvisionnement jusqu’à la vente locale. Ils disposent de centrales d’achat à l’étranger, ont des agents au port de Pointe-Noire et se réunissent chaque jour pour s’informer de la concurrence et des prix pratiqués », assure Marguerite, une Brazzavilloise. Seule la ville de Mouyondzi, dans le département de la Bouenza, échappe à leur hégémonie. Et pour cause. Réputés pour être de redoutables commerçants, les Bembés ne leur ont cédé quasiment aucune boutique.

Échoppes et conteneurs

Les lieux de vente des Ouest-Africains sont principalement des échoppes, dont la plupart ne paient pas de mine et certaines sont réduites à un conteneur. S’y entassent toutes sortes de produits : conserves, biscuits, yaourts, lait en poudre, boissons sucrées, eaux minérales, bougies, savons et autres produits d’entretien et de beauté… Peu d’articles frais, à l’exception du pain, des viennoiseries, des  oignons et de quelques rares fruits, surtout des pommes. Chaque boutique dispose au minimum d’un frigo, souvent d’un congélateur. Et d’un petit groupe électrogène pour les plus nantis, qui alimente entre autres une ampoule placée sur la façade extérieure de la boutique. Ce qui permet, au passage, d’éclairer la rue quand le « courant est parti ».

Les Ouest-Af ne sont pas cantonnés au commerce de première nécessité

Les Ouest-Af ne sont pas cantonnés au commerce de première nécessité. On les trouve dans la vente d’objets artisanaux, de bijoux, en argent et en or, qu’ils fabriquent eux-mêmes, de vêtements « prêt-à-porter » et de chaussures, surtout pour hommes, de tissus, de pagnes, des wax notamment, de matériels électrique, électroménager et hifi, de smartphones, de quincaillerie, de matériaux de construction, etc. Des marchés qu’ils doivent partager avec quelques Congolais et d’autres Africains – Camerounais, Rwandais et Nigérians. Et avec des Chinois. Voire avec des Congolais, des jeunes notamment,  dont les techniques de vente utilisent les réseaux sociaux. Des technologies en revanche négligées jusqu’à présent par les Ouest Af  qui, par ailleurs, ont fait peu d’efforts pour moderniser leur boutique. En milieu urbain, cela pourrait leur être fatal à long terme.

Chinois et Indiens dans la grande distribution

Connus pour être de bons commerçants,  les Chinois, pour leur part, ont investi la vente de matériel électrique, électroménager, de hifi, de smartphones,  d’ustensiles de cuisine, d’objets de décoration, de tissus, souvent des matériels bas de gamme, importés de Chine. Pour preuve de leur emprise sur le terrain, à Brazzaville, ils se sont établis avenue de la Paix, qui fut longtemps le royaume exclusif des Ouest-Africains.

Toutefois les Chinois ont subi un revers dans la grande distribution, où ils avaient mis pied avec l’enseigne Asia, qui proposait toute la gamme de produits que l’on peut trouver dans ce type de magasins, importés en grande partie de Chine : alimentation, produits d’entretien, vaisselle et autres marchandises manufacturées. Des trois petits supermarchés qu’Asia comptait à Brazzaville, seul celui de Bacongo est encore fonctionnel. Celui de Ouenzé a fermé et celui du centre-ville, situé en face du Géant Casino, est à l’agonie.

En revanche, les Indiens, qui se sont installés au Congo à partir de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, où ils sont très implantés, prospèrent. Le groupe indien Regal a ainsi ouvert des supermarchés et des supérettes à Brazzaville (en centre-ville, à Poto-Poto, à Moukondo, etc.) ainsi qu’à Pointe-Noire et à Dolisie, la troisième ville du pays, située dans le Niari, sous les enseignes Park’n Shop et Regal. Nouvelle venue dans le secteur, l’enseigne Market-Brazza, détenue par des Yéménites, a installé une supérette dans le quartier populaire de Moukondo.

Les Indiens, qui se sont installés au Congo à partir de Kinshasa, la capitale de la RDCongo, où ils sont très implantés, prospèrent

Géant Casino et Grand fleuve

La grande distribution reste dominée par l’enseigne Casino de Score Congo, filiale du groupe monégasque Mercure International. L’entreprise compte un hypermarché à Brazzaville, le tout premier du genre au Congo, et un supermarché à Pointe Noire. Malgré la crise et la concurrence, l’enseigne résiste. Sa force ? À Pointe Noire, elle bénéficie de la présence d’expatriés, habitués aux produits européens notamment français, que propose largement l’enseigne. À Brazzaville, plusieurs facteurs jouent en sa faveur : la taille de son hypermarché « Géant Casino », un mastodonte de 2500 m2 ouvert en avril 2016 en remplacement de l’ex-supermarché Score, la variété de ses produits, son implantation dans le centre commercial dénommé « Grand fleuve »  qui regroupe une Fnac et plusieurs boutiques, la promotion de produits locaux et de la sous-région et, cerise sur le gâteau, des plats cuisinés, essentiellement congolais, fabriqués par des « mamans » brazzavilloises. Pizzas, poulets grillés, barquettes de légumes préparés sur place, mais aussi riz mijoté, saka-saka, madessou (haricots), poissons grillés ou fumés et autres plats congolais… l’éventail est large et alléchant. Le tout, qui attire une large clientèle, a fait de « Grand fleuve » un lieu de d’achat mais également de promenade, en particulier le dimanche.

Les Congolaises, reines du marché traditionnel

Le marché traditionnel, en dur et couvert ou non, est le domaine incontestable et incontesté des Congolais. Des Congolaises plutôt, les reines du vivrier frais : légumes, fruits, feuilles, poissons, viande, volailles et autres. Dans toutes les villes et les bourgades du pays, elles sont les premières levées pour aller vendre leurs productions avant d’aller aux champs. Mieux vaut se rendre au marché avant 8 heures, au risque de revenir bredouilles. Les zones qui approvisionnent les marchés urbains, notamment Brazzaville et Pointe-Noire, se sont étendues avec le bitumage des grands axes routiers, la RN1 et la RN2.

Le marché traditionnel, en dur et couvert ou non, est le domaine incontestable et incontesté des Congolaises, les reines du commerce vivrier frais

On retrouve les Congolais dans la vente des boissons alcoolisés. Un créneau que leur ont laissé les commerçants musulmans d’Afrique de l’Ouest, qui ne consomment pas d’alcool. La bière fait l’objet d’un commerce informel de proximité. Plus d’une « maman » vend, en effet, de la bière, qu’elle stocke chez elle dans son frigo avec quelques sucrés (sodas) et qu’elle revend à ses voisins. En revanche, la vente de vin et autres alcools se réalise plutôt dans des petites échoppes, surnommées « caves », tenues par des Congolais, qui font aussi office de bars.

Offensive des Congolais de la génération « réseaux sociaux »

Phénomène récent, une nouvelle génération de Congolais a pris pied dans la distribution. Ainsi des Congolais de la diaspora ont ouvert un supermarché au Plateau des Quinze ans à Moungali. Leur enseigne ? Zando – Market, zando en lingala signifiant boutique/marché. La distribution de produits maraichers bio se développe également. Cette nouvelle génération de commerçants n’hésite pas à faire de la publicité et utilise largement les réseaux sociaux. Pour preuve, Franck Makoye, un « agropreneur », dont la société Day Enterprise s’est spécialisée sur la niche du bio (légumes et fruits), recourt largement à Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin et surtout Whatsapp pour communiquer avec sa clientèle. Une commande sur Whatsapp, et, en un clin d’oeil, les clients sont servis. Parmi ces derniers  figurent  des cantines, des privés, des restaurants et des hôtels, mais aussi les boutiques des stations-service Total. Le groupe Total n’est pas le seul distributeur de produits pétroliers à avoir ouvert ce type de boutiques bien utiles sur la route mais aussi en ville,  où, à toute heure, on peut acheter de l’eau, des sodas, du vin, des biscuits, des mouchoirs en papier et autres marchandises. Sans compter les sandwichs, les croissants et les boissons chaudes.

Cette nouvelle génération de commerçants nʼhésite pas à faire de la publicité et utilise largement les réseaux sociaux

Outre des centres de collecte dans les zones de production agricole, Mackoye ambitionne de d’installer des points de vente de proximité dans les secteurs-clefs des grandes villes du pays. « Il faut réduire les intermédiaires et favoriser les contacts directs producteurs-consommateurs finaux », martèle le jeune entrepreneur. Une révolution dans le système de distribution du pays, après la carte bancaire et les plats cuisinés. De quoi faire trembler les Ouest Af ?

Les Congolais occupent d’autres créneaux plus classiques,  dont la vente de téléphones portables et autres matériels électroniques ou informatiques. Un rayon qui leur est cher est également celui de l’habillement, qu’ils se disputent avec les Ouest-Africains. Néanmoins la vente de vêtements féminins et de produits de beauté reste une activité féminine congolaise. Pour preuve, les boutiques de fringues et accessoires divers, aux noms accrocheurs, tenues par ces dames, se succèdent sur les grandes artères des quartiers populaires.

Boulangerie et pâtisserie

Un autre secteur commercial tenu par les Congolais est celui de la boulangerie artisanale. Une  activité qui se développe avec la crise. Ainsi cet hôtelier s’est reconverti dans la fabrication du pain. « Les gens auront toujours besoin de manger, mais le tourisme est très lié à la conjoncture. Dans mon hôtel, le nombre des clients a baissé drastiquement avec la crise, mais ma boulangerie ne désemplit pas », assure ce dernier.   

En revanche, la fabrication de pain industriel est contrôlée par les Libanais, qui règnent également sur les pâtisseries. À Brazzaville, les plus connues sont la Mandarine, avenue du cardinal Bayenda (ex-Foch) et la Gourmandine près de l’hôtel Mikhael. Les Libanais sont également actifs dans l’hôtellerie et la vente de meubles.

Peu à peu la distribution, petite ou grande, et ses acteurs se modifient, avec une place plus importante prise par les Congolais

Gages de propreté et de modernité, les supérettes fleurissent dans les quartiers populaires de Brazzaville, de Pointe Noire et de Brazzaville et autres cités. Petit à petit, la distribution, petite ou grande, et ses acteurs se modifient, avec une place plus importante prise par les Congolais. Malgré la crise, l’accent est mis sur le « look » du magasin, la modernisation des techniques  de vente et la « com« . Le tout pour attirer des clients plus exigeants.

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