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mardi 4 août 2020
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Congo. Annoncia Badiabio, l’art de positiver

A la différence de milliers de jeunes Africains en quête d’un eldorado introuvable chez eux et prêts à prendre des risques inconsidérés en tentant de traverser la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune, Annoncia Badiabio a, elle, fait le chemin inverse.

Diction claire, discours bien construit, voix enjouée, cette jeune femme ne fait pas son âge et parle comme les jeunes de sa génération, décomplexés et ouverts sur le monde. Son expression est lardée d’anglicismes couramment entendus dans le monde des entreprises.  

Senior manager du cabinet EY au Congo, elle arbore, à 39 ans, un long CV qui met en exergue des sociétés prestigieuses où elle a fourbi ses premières armes professionnelles dans l’audit et la fiscalité : AXA, Enablon (un éditeur de logiciels français spécialisé dans la gestion de risques), etc.  

Faire carrière dans un cabinet de conseil

Née à Brazzaville et partie à l’âge de 5 ans en France où elle a fait toute sa brillante scolarité, cette collectionneuse de diplômes rêvait de faire carrière dans un grand cabinet de conseil. Mais toutes ses tentatives de rejoindre un tel cabinet s’étaient révélées infructueuses pendant plusieurs années. Après cette série d’échecs, elle a compris qu’elle devait procéder autrement pour atteindre son objectif. Première étape : elle analyse minutieusement les filières génératrices de consultants en région parisienne et se rend vite compte que la majorité de ces consultants sont sortis d’écoles de commerce.

Deuxième étape : elle s’inscrit à l’Ecole supérieure de commerce de Paris. Elle se dit qu’une fois diplômée de cet établissement de bonne réputation, elle aura plus d’atouts dans sa manche pour réaliser son vieux rêve. Après l’obtention d’un Executive Master spécialisé en gestion de grands projets, en plus de ses diplômes d’université, elle commence à fréquenter assidûment le Club affaires Afrique, un réseau de la diaspora qui s’implique dans le développement économique de l’Afrique. Dans ce cercle, elle rencontre d’autres jeunes Africains qui semblent, comme elle, tentés de rentrer sur le continent.

A cette époque, PWC souhaite s’attacher ses services. Ce cabinet d’audit et de conseil mondialement connu nourrit alors l’ambition de mettre en place un nouveau réservoir de talents pour l’Afrique. L’histoire est belle, mais elle ne se conclura pas. En effet, un cadre de PWC, qui a décelé son potentiel, la convainc d’aller avec lui chez EY. Il lui demande si elle serait disposée à intégrer la nouvelle équipe qu’il forme. La réponse ne tarde pas. C’est un « oui ». Pourquoi ? « La stratégie africaine d’EY était la plus aboutie ».

Direction EY à Kinshasa et à Brazzaville

En janvier 2013, elle débarque, pour le compte d’EY, à Kinshasa, en RD Congo, où elle ne connaît pas grand monde. N’empêche, elle prend le temps d’apprendre et de se construire de solides réseaux. Avant d’atterrir en Afrique, il y a 6 ans, elle avait auparavant effectué plusieurs voyages en Europe, en Amérique et en Chine.

Cette première expérience lui apprend à démonter les idées reçues. Elle qui regardait ce continent de loin et en parlait lors de conférences. Après Kinshasa, EY lui confie un poste à Brazzaville, sur l’autre rive du fleuve Congo. Ses fréquents déplacements sur le continent lui ouvrent les yeux. « Je me suis dit qu’au lieu de pointer du doigt la vision négative que les autres ont du continent, il faudrait que nous essayions, nous mêmes, de bâtir une Afrique différente. J’ai ‘’switché’’ d’une Africaine de la diaspora à un cadre africain nouvelle génération sur le terrain. »

La jeune femme s’y sent comme un poisson dans l’eau. L’Afrique qu’elle sillonne du nord au sud, d’est en ouest ne correspond pas à sa caricature, véhiculée souvent par les « grands » médias occidentaux, qui ont du mal à aller au-delà des clichés sur ce continent riche de ses 54 pays aux réalités diverses et multiples.

La double facette de l’Afrique

Annoncia Badiabio, qui touche du doigt les réalités de la vie quotidienne dans plusieurs villes africaines, se veut optimiste.  « Quand je regarde l’Afrique, je vois une terre d’opportunités. Quand on a une logique, un état d’esprit de bâtisseur, c’est un fantastique terrain de jeu. J’ai appris énormément de choses, notamment sur le plan culturel. C’est presque partout pareil, mais il y a des subtilités dans les codes en Afrique. Pour autant, tout n’est pas rose. Elle découvre également, au fil des années, des aspects moins reluisants de ce continent qui n’a pas encore dévoilé tous ses secrets. Si elle s’y sent beaucoup plus à l’aise maintenant, elle admet toutefois que le chemin est encore long pour opérer une révolution des mentalités.   

Afropolitaine

« J’ai appris énormément depuis mon retour. Les difficultés d’adaptation sont manifestes, mais j’ai réussi à les surmonter. Ce n’est jamais gagné d’avance. Je reconnais toutefois que même si les codes ne m’échappent plus complètement, des efforts sont à déployer pour changer certaines mentalités. Je me considère comme culturellement hybride. Vu de mon côté européen, je dirais qu’il y a encore des efforts à faire. En même temps, mon côté africain admet que des avancées considérables ont été réalisées », explique-t-elle.

Annoncia Badiabio se définit comme une « Afropolitaine ».  Que signifie, dans son entendement, ce néologisme ? « Je suis une Afropolitaine, c’est-à-dire une jeune femme d’origine africaine, qui vit dans son temps et qui sait allier tradition et modernité en ayant une ouverture sur le monde, une ouverture sur sa propre culture aussi et de la tolérance à l’égard des deux. Une femme afropolitaine est une femme qui peut faire le pont entre les deux rives. »

Fan de Dambisa Moyo

Elle est admirative de Dambisa Moyo, une économiste zambienne spécialiste de la macroéconomie et auteur d’un best seller sur les méfaits de l’aide au développement dans les pays récepteurs en Afrique. « Dambisa Moyo incarne, pour moi, la nouvelle génération de jeunes femmes africaines décomplexées et bien éduquées. Je fais partie d’une génération de jeunes cadres africains qui n’a pas à pâlir de ce qu’ils sont et de leur appartenance à l’Afrique. »

Dans dix ans, où se voit-elle ? « Je me vois diriger une grande entreprise en Afrique. » La politique ne la laisse pas indifférente, si elle est appelée à servir le Congo au sein d’un gouvernement. Elle croit que le secteur privé peut être le générateur d’une nouvelle génération de politiciens dotés d’une vraie vision économique. « Il nous faut des Aliko Dangote, Tony Elumelu, Mo Ibrahim dans l’arène politique. Pourquoi la politique resterait-elle ancrée dans des schémas traditionnels ? Mo Ibrahim, pour moi, est un politicien qui ne dit pas son nom. Il n’est pas au sein d’un gouvernement, mais il encourage plusieurs chefs d’Etat et œuvre pour une meilleure gouvernance en Afrique. Ces hommes d’affaires savent générer la croissance, créer des emplois et améliorer la vie des populations », tranche-t-elle.   

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