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mardi 30 novembre 2021
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Congo-B : de l’eau purifiée pour tous avec l’Aqua Box

Alors qu’à la COP26, qui se tient à Glasgow (Écosse), on parle de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique, en Afrique, notamment au Congo-Brazzaville et en RDC, des sociétés privées développent des solutions à base d’énergie propre, sans impact carbone, pour permettre à la population de vivre dans de bonnes conditions et de créer des activités.

Tel est le cas d’Africa Solaire, fondé et dirigé par Sandy Mbaya, qui a parié, il y a plus de dix ans, sur le photovoltaïque. Les nombreux équipements qu’il a réalisés pour l’accès à l’eau et à l’électricité répondent aux exigences de la transition énergétique, de la décarbonation et du développement durable. L’une de ses récentes réalisations, l’Aqua box, met à disposition de la population une eau purifiée prête à boire, que Sandy Mbaya présente aux lecteurs de Makanisi.

Propos recueillis à Kinshasa par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Vous avez installé une Aqua Box à Bacongo, qui permet à la population d’accéder à de l’eau purifiée. Pouvez-vous présenter cet équipement ?

Sandy Mbaya : L’Aqua Box est une station automatique de fourniture d’eau purifiée, comprenant une chaîne de purification et de distribution en continu. Nous en avons installé une, il y a un an et demi, dans l’arrondissement de Bacongo à Brazzaville. La station se présente sous la forme d’un conteneur, assaini et aménagé, qui a une capacité de 12 m3 d’eau/jour. Nous n’utilisons que des conteneurs premier voyage, qui n’ont servi qu’une fois. L’eau y est purifiée par des systèmes de filtrage de dernière génération afin de la rendre potable. Aucun produit chimique n’est utilisé. Tout le système fonctionne grâce à des panneaux solaires.

L’Aqua Box est une station automatique de fourniture d’eau purifiée, comprenant une chaîne de purification et de distribution en continu.

D’où vient l’eau ?

S.M. : L’approvisionnement en eau se fait de deux manières. Dans les zones rurales, non connectées au réseau public, l’eau provient généralement d’un forage. Nos équipements qui fonctionnent grâce au solaire, permettent de pomper l’eau de la nappe phréatique. En zone urbaine, si le quartier est connecté au réseau public, nous utilisons l’eau de La Congolaise des eaux (LCDE), l’ancienne Société nationale de distribution d’eau (SNDE). Notre système étant autonome en énergie, grâce au solaire, nous pouvons implanter la station partout. Seule la source d’approvisionnement en eau diffère.

N’y-a-t-il pas des risques de contamination au niveau du robinet d’eau ?

S.M. : Non, car il n’y a aucun contact humain direct avec le robinet d’eau, ni pour l’ouvrir ou le fermer, ni pour recueillir l’eau. Le robinet s’ouvre et se ferme automatiquement par une clef magnétique. Chaque consommateur apporte son propre récipient.  Ce robinet dit « intelligent » permet en outre de réduire le gaspillage de l’eau.

Il n’y a aucun contact humain direct avec le robinet d’eau, ni pour l’ouvrir ou le fermer, ni pour recueillir l’eau.

Que faut-il faire pour avoir la clef ?

S.M. : Quand un client vient nous voir pour la première fois, on lui remet un lecteur magnétique, sous forme d’un porte-clef. Cette clef contient plusieurs renseignements sur le client : photo, nom, numéro de téléphone, code d’identification, heure de collecte, quantité recueillie et crédit d’eau disponible. Ces informations sont stockées dans une base de données, pour mieux cerner et quantifier les besoins de consommation d’eau dans une région donnée.

Aqua Box à Bacongo (Brazzaville). @Africa Solaire.

Comment et où le client peut-il recharger sa clef ?

S.M. : Notre système d’achat d’unités d’eau fonctionne comme celui des recharges des téléphones portables. Chaque client peut mettre des unités dans sa clef. Pour la recharger, il se rend à un point de vente,  qui est généralement un petit kiosque, appelé aussi cabine, tenu par les jeunes gens qui vendent du crédit-téléphone. Une fois sa clef rechargée en crédit-eau,  il peut aller se ravitailler en eau à l’Aqua Box. Nous fournissons un logiciel à nos revendeurs qui leur permet de transmettre des unités à nos clients via un téléphone portable.

Notre système d’achat d’unités d’eau fonctionne comme celui des recharges des téléphones portables.

Combien coûte un litre d’eau purifiée ? Et un litre d’eau potable en bouteille ?

S.M. : 25 litres d’eau purifiée coûtent 500 fcfa (environ 75 centimes d’euros) soit 175 unités d’eau. Généralement les clients viennent au point d’eau avec des bidons de 25 litres. Le client peut acheter la quantité d’eau qu’il souhaite en fonction de ses besoins et de ses moyens.

Un litre d’eau en bouteille coûte 500 F cfa. Dix litres reviennent à 1000 Fcfa. S’il s’agit d’eau minérale, notamment importée, c’est encore plus cher. L’eau qui ne provient pas d’une source naturelle est traitée et purifiée avec les mêmes procédés que ceux que nous utilisons.

25 litres d’eau purifiée coûtent 500 fcfa (environ 76 centimes d’euros) soit 175 unités.

Vous fournissez de l’eau 24h/24 ?

S.M. : le système est opérationnel de 6 heures jusqu’à 19 heures. Il n’y a aucun contact humain. Tout se déclenche automatiquement. Le client pose sa clef sur le robinet et met son récipient dessous. Quand il pose sa clef, il peut lire le nombre de litres d’eau qui lui restent en temps réel.

Comment sécurisez-vous votre installation ?

La station est fermée à partir de 19 heures jusqu’au lendemain, 6 heures. Elle est éclairée par des lampadaires solaires et une caméra de surveillance renforce la sécurité. Les robinets ne sont pas accessibles durant la nuit.

Qui sont vos clients ?

S.M. : À Bacongo, nos clients sont très divers. Ce sont des ménages à faible revenu, mais aussi des cadres, avec des revenus confortables. On a pu le constater en voyant les véhicules, souvent des 4×4, qui se garent près de la station de fourniture d’eau et remplissent jusqu’à 6 bidons d’eau à la fois. Soit 125 litres à 150 litres d’eau à la fois.  Les économies faites sur l’achat d’eau permettent aux parents d’investir dans les études et l’avenir de leurs enfants.

Nos clients sont très divers. Ce sont des ménages à faible revenu, mais aussi des cadres, avec des revenus confortables.

Comment développer à grande échelle et assurer la viabilité d’un tel projet ?

S.M. : On peut développer ce type de projet en partenariat public-privé, avec l’État, une collectivité décentralisée ou une association. On se met d’accord sur un volume d’eau à gérer en partant des besoins d’une population donnée, que nous pouvons évaluer compte-tenu de notre expérience. L’État ou une autre institution peut apporter le capital pour l’achat des équipements, notamment des panneaux solaires et Africa Solaire assurer l’installation, la maintenance et la gestion des équipements ainsi que les relations avec la clientèle.

En ce moment se déroule la COP26 à Glasgow où l’on parle notamment de transition énergétique. Votre projet s’inscrit totalement dans cette problématique…

S.M. : oui, totalement. Nous nous sommes spécialisés sur le photovoltaïque. Les équipements à base de solaire que nous avons réalisés utilisent une énergie propre et renouvelable. Sans énergie, on ne peut pas développer d’activités et améliorer les conditions de vie des habitants. Notre Aqua Box a un triple avantage : économique, sanitaire et écologique. Il fournit de l’eau potable, donc évite des problèmes de santé liés à l’eau. En milieu rural, il soulage le travail des femmes et leur permet d’économiser du temps pour le consacrer à d’autres activités que celle d’aller puiser de l’eau à la rivière. Alimenté en énergie solaire, l’équipement ne pollue pas et ne dégage pas de CO2. Enfin, la source est renouvelable.

Notre Aqua Box a un triple avantage : économique, sanitaire et écologique.

Vous avez installé une Aqua Box au Congo. Envisagez-vous d’en implanter en RDC, à grande échelle, dans les zones rurales ?

S.M. : On peut installer des Aqua Box en milieu urbain, mais il est vrai que les difficultés d’accès à l’eau et le manque d’eau potable touchent particulièrement les zones rurales en RDC. L’eau de la nappe phréatique est disponible et de très bonne qualité quasiment sur tout le territoire congolais. On ne peut pas attendre que le réseau d’eau de la Regideso se développe partout et en peu de temps. On est à l’heure de la décentralisation. Nous pouvons fournir ce service très rapidement.

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