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mardi 30 novembre 2021
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RDC. Cap sur le café bio, équitable et de spécialité

Après s’être effondrée au cours de la décennie 1980, la filière café a redémarré à partir des années 2010, sans pour autant avoir retrouvé ses bons niveaux de production et d’exportation d’antan. La relance a été favorisée par les appuis fournis par des ONG, des coopérations bilatérales et des organismes internationaux, aux petits producteurs qui assurent l’essentiel de la culture. L’accent est mis sur la certification (bio et équitable), les cafés de spécialités (cafés gourmets), l’amélioration du traitement et de la transformation et l’implication des femmes et des jeunes dans la filière. Toutefois, des mesures restent à prendre pour la rendre plus compétitive, développer des labels et accroître la consommation locale de café.

Autrefois principale culture d’exportation, le café vert a connu une forte baisse de sa production à partir des années 1980. De 101 000 tonnes en 1989, elle a chuté à 49 846 tonnes en 2009, selon les statistiques de l’ex-ONC (Office national du café). Elle est estimée à 50 000 tonnes aujourd’hui. De l’ordre de 120 000 tonnes en 1989, les exportations sont tombées à 8 897 tonnes vingt ans plus tard, pour remonter à environ 12 000 tonnes par an aujourd’hui. Les principaux marchés d’exportation étaient situés en Europe (Italie, France, Belgique, Pays–Bas, Suisse, Allemagne, Angleterre, Espagne, Roumanie, Grèce, Pologne, Slovénie…), aux États-Unis et en Afrique (Maroc, Afrique du Sud, Soudan, Tchad… ).

De 101 000 tonnes en 1989, la production de café a chuté à 49 846 tonnes en 2009… Elle est estimée à 50 000 tonnes aujourd’hui.

Robusta et arabica

Deux variétés de café sont cultivées en RDC. Le robusta est produit dans le nord-ouest du pays (provinces de l’ex-Équateur et de l’ex Province orientale), l’ex-Bandundu, une partie des Kasaï et le Nord-Kivu. La province du Kongo central se distingue par une variété spécifique dénommée Petit Kwilu. Plante d’altitude, l’arabica pousse essentiellement dans l’est, sur les hautes terres volcaniques bordant les lacs Kivu et Édouard (provinces du Kivu) et dans le nord de la province du Tanganyika. À Yangambi (province de la Tshopo) existe une variété de café naturellement décaféinée.

Plante d’altitude, l’arabica pousse essentiellement sur les hautes terres volcaniques du nord-est du pays (Kivu)

Recul de la production

Le recul de la production et des exportations a débuté à la fin des années 1980, suite à la dégradation progressive de l’activité économique, aux difficultés d’évacuation des produits et aux mesures dites de « zaïrianisation » de 1973 prises par l’ex-président Mobutu, qui se sont traduites par l’abandon progressif des plantations, le manque d’entretien et le vieillissement du verger. Au cours de la décennie 1990, sont venus se greffer les pillages de 1991 et 1993, ainsi que les rébellions et les guerres qu’a connues la RDC, surtout dans le nord et l’est du pays, de la fin des années 1990 jusqu’au milieu de la décennie 2000. Dans l’Est, en Ituri, notamment, encore aujourd’hui, la relance est rendue difficile par la présence de groupes armés.

Le projet mené par Catholic Relief Services (CRS) a joué un grand rôle dans la  renaissance de la caféiculture, en appuyant les petits producteurs et en misant sur la qualité et le haut de gamme (café gourmet).

Relance à partir de 2010

Des mesures de relance de la filière ont été prises dans les années 2010, avec notamment l’élaboration d’une stratégie en 2011 et des programmes d’appui aux petits producteurs. « Le projet mené par Catholic Relief Services (CRS) a joué un grand rôle dans la renaissance de la caféiculture, en appuyant les petits producteurs, en misant sur la qualité et le haut de gamme (café gourmet), qui se vend mieux sur les marchés internationaux », indique Jim Li­seki, conseiller en entreprise coopérative et représentant d’Agriterra en RDC.

Le relais a été pris par des ONG comme Agriterra, une association néerlandaise qui conseille des coopératives et les accompagnent à l’exportation, ou Rikolto, une ONG belge qui soutient les agriculteurs familiaux.

Récemment des sociétés privées, comme la Boîte (marque la Kinoise), se sont lancés comme producteurs et transformateurs dans la filière. Toutefois, malgré un meilleur contrôle, la fraude n’a pas disparu, On estime que 40 % de la production nationale, robusta et arabica confondus, passent les frontières en contrebande pour être consommée et/ou exportée par les pays voisins.

Aujourd’hui, à quelques exceptions près, la caféiculture est le fait de milliers de petits producteurs villageois regroupés en coopératives.

Production, traitement et exportation

À l’époque coloniale et dans les premières années de l’indépendance, les plantations étaient exploitées en majorité par des agro-industriels. Aujourd’hui, à quelques exceptions près, la caféiculture est le fait de milliers de petits producteurs villageois regroupés en coopératives. La filière compte plusieurs catégories d’acteurs : « des coopératives qui produisent, celles qui produisent et exportent et des acheteurs-exportateurs », explique John Katambu, directeur commercial à l’Office national des produits agricoles du Congo (Onapac), qui encadre les producteurs, vulgarise les nouvelles techniques culturales, agrée les entrepôts et octroie des agréments aux acheteurs et aux exportateurs. Pour traiter le café cerise et garantir un café de qualité, des micro-stations de lavage, qui forment une section des coopératives, sont construites près des caféiers. Leur mise en place est appuyée par des ONG comme Rikolto qui met les coopératives en relation avec les acheteurs de café gourmet.

La mise en place de micro-stations de lavage près des caféiers est appuyée par l’ONG Rikolto

Sopacdi et ses 12000 membres

Certaines coopératives peuvent regrouper plusieurs centaines de producteurs. Tel est le cas de la Sopacdi (Solidarité pour la promotion des cafés et le développement intégral), située à Minova (Sud-Kivu), qui compte 12 000 membres et exporte 20 containers de café vert par an. Un effort a été fait pour intégrer les femmes et les jeunes, dans la filière, depuis l’étape de la plantation et de la culture, jusqu’au lavage et au séchage des cerises. Un moyen pour ces derniers d’acquérir des revenus et d’être autonomes.

Les principaux acheteurs et exportateurs, en particulier de l’arabica, sont des sociétés (Virunga Coffee Company, Tsongo Kasereka ou Coffee Lake) ou des coopératives qui ont l’agrément d’exportation comme la Coopac (Coopérative des produits agricoles du Congo), le RAEK (Regroupement des Agriculteurs et Éleveurs de Kabare), la Copak (Coopérative des produits agricoles du Kivu) ou la Société coopérative des producteurs novateurs du café au Kivu (Scpnck), installée sur l’île d’Idjwi, au milieu du lac Kivu.

La caféiculture est une culture biologique. « La plupart des producteurs n’utilisent que de l’engrais organique », affirme Katambu.

Une culture bio et équitable

La caféiculture est une culture biologique. « La plupart des producteurs n’utilisent que de l’engrais organique », affirme Katambu. Dans de nombreuses coopératives, l’engrais organique provient des résidus de café cerise après dépulpage.

L’essentiel de la production de café, qui est dominée par le robusta, est exportée vert, après un premier traitement (dépulpage, tri, lavage et séchage).

La certification, organique et équitable  (fairtrade, Symbole des producteurs paysans-SPP, C.A.F.E. practices), se développe dans l’est de la RDC. C’est principalement le café arabica qui est concerné. Cette approche permet une meilleure qualité et une meilleure rémunération du café cerise et des producteurs et assure la traçabilité du produit. La RDC ne comptant aucune agence de certification, ce sont des agences étrangères qui viennent vérifier sur le terrain et accordent la certification. Certaines d’entre elles ont des représentants dans le pays. 

Le Label Café Kivu est de plus en plus mis en avant par les producteurs du Kivu, qui « tiennent à promouvoir leur arabica à l’international. »

Promouvoir le label Café Kivu

Le Label Café Kivu est de plus en plus mis en avant par les producteurs du Kivu, qui « tiennent à promouvoir leur arabica à l’international. Mais en RDC,  aucun organisme s’occupe de la promotion. La plateforme Kawa Kivu les conseille sur le plan marketing, mais il faut élargir son action », indique Li­seki. Si les producteurs maîtrisent de plus en plus les techniques culturales, en revanche, ils sont confrontés à des problèmes de réglementation, de logistique, d’évacuation, à une pléthore de taxes, légales et illégales, et à la difficulté d’obtenir des agréments d’exportation, alors que « de plus en plus de caféiculteurs veulent exporter eux-mêmes leur production », ajoute-t-il. En outre, les acheteurs préfèrent traiter au Rwanda où la logistique est plus facile.

Les producteurs sont confrontés à des problèmes de réglementation, de logistique, à une pléthore de taxes, légales et illégales, et à la difficulté d’obtenir des agréments d’exportation.

Accroître la torréfaction et la transformation

Le café vert exporté, qui représente la majorité des volumes produits, est torréfié à l’étranger. Le reste, essentiellement de l’arabica, que l’on peut acheter dans les supermarchés et autres boutiques d’alimentation du pays, est traité, torréfié, moulu et même transformé en café soluble et en capsules (Kitoko), sur place.

Variétés de marques de café arabica commercialisées en RDC par la Coopac

La torréfaction et le moulage sont des activités essentiellement artisanales, qui connaissent encore des problèmes de formation et d’encadrement, bien que des efforts aient été faits pour les améliorer. À Kinshasa, la torréfaction industrielle est réalisée par Carioca, qui produit du café moulu et soluble, International Business Alliance (IBA) et l’Onapac.

Pour doper la production et augmenter la valeur ajoutée de la filière, l’Onapac, acheteur occasionnel de café, a acquis une usine de torréfaction, d’une capacité de traitement de 600 kg/heure, inaugurée fin septembre 2021 à Kinshasa. « Il s’agit d’un partenariat public privé avec la Congolaise du Commerce et des Investissements (Cocoi). L’Onapac met à la disposition de Cocoi ses machines. En contrepartie,  Cocoi achètera en grande quantité, du café produit en RDC qui sera traité et torréfié dans notre usine. Les charges d’exploitation et la main d’œuvre seront partagées à part égale », informe Katambu.

l’Onapac, acheteur occasionnel de café, a acquis une usine de torréfaction, d’une capacité de traitement de 600 kg/heure, inaugurée fin septembre 2021 à Kinshasa.

Doper la consommation locale

Bien qu’en légère augmentation dans les grandes villes depuis quelques années, comme en témoigne la place grandissante qu’occupent les paquets de café made in Congo, sur les rayonnages des supermarchés, la consommation domestique de café reste faible, à peine 5 % de la production nationale, et porte en grande partie sur l’arabica. La demande locale est complétée par des importations de café moulu, en grain, soluble ou en capsules, en provenance essentiellement d’Afrique du Sud, de Belgique, d’Italie ou de France.

Pour inciter les Congolais à consommer davantage de café, l’Onapac produit du café robusta moulu, sous la marque Léopard. « Nous faisons cela à titre pédagogique pour apprendre aux Congolais à produire du café moulu de très bonne qualité. Nous voulons faire connaître le café du pays et encourager les Congolais à le boire », souligne Katambu. Ainsi le partenariat public-privé Onapac-Cocoi pourra doper la production et la consommation du café en RDC.

Reste à mettre en place une panoplie de mesures, notamment fiscales, pour augmenter la production, assurer un café de qualité, l’exporter au meilleur prix et en faire bénéficier les Congolais.

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