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mardi 18 janvier 2022
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Congo. Franck Makoye : «génération agro-preneur»

Il se définit comme un  « agro-preneur », entendez un entrepreneur agricole. Mais un entrepreneur bio, qui défend jalousement une agriculture saine et éco-responsable.

C’est en 2015 que Franck Makoye crée sa start-up, qu’il baptise  « Day enterprise », en référence au surnom « day » que ses proches lui donnaient quand il était petit. Pourtant peu de choses le destinaient à l’agriculture. « Je voulais devenir astronome », confie le jeune homme, âgé de 29 ans. Après un an d’études à la faculté des sciences de l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville, il bifurque et passe le concours de l’Institut de développement rural (IDR). Un peu pour faire plaisir à papa, ingénieur des eaux et forêts de son métier, qui a fait partie des équipes de mise en place de deux parcs nationaux dont celui de Conkouati. Bingo ! Franck gagne le concours. Il sortira de l’IDR quatre ans plus tard, avec un diplôme d’ingénieur agronome en poche.

 «Je voulais devenir astronome», confie le jeune homme

Naissance d’une vocation

La vocation, voire la passion pour l’agriculture, ne viendra toutefois qu’en 2012 lorsque Franck fait un stage à Kinkala, organisé par l’Institut régional de coopération développement (IRCOD), une ONG française. « J’y ai découvert les techniques traditionnelles ou tradi-modernes des maraîchers. Je devais définir un système de production », indique l’agronome en herbe d’alors, qui, par la suite, ne manquera jamais de potasser revues et ouvrages d’agronomie pour parfaire ses connaissances. 

Du maïs à la tomate

Fort de cette belle expérience, Franck décide de créer sa structure avec des amis. C’est ainsi qu’en 2015 voit le jour Day Enterprise, qui compte au départ 13 associés, « des techniciens et des financiers ». La start-up a son siège à Brazzaville, mais les champs sont près de Boko, dans le Pool. Objectifs : « cultiver du maïs toute l’année pour fabriquer de l’aliment pour bétail et permettre ainsi l’essor de l’élevage ». D’où la nécessité de mettre au point un système d’irrigation adapté et de renforcer la qualité des sols avec des bio-fertilisants. Mais Franck devra renoncer à la culture du maïs pour des raisons financières. «  Nous nous étions autofinancés pour créer la start-up. Mais nous manquions de moyens pour réaliser les investissements qui  coûtaient cher ».

Après le maïs, place aux tomates avec deux cycles de production. D’abord sur 2 hectares mais avec un rendement de seulement 7 à 8 tonnes à l’hectare. Puis sur 2,5 hectares et une production de 20 tonnes. En 2016, la crise politico-militaire dans le Pool met fin à l’aventure agricole, faute de pouvoir écouler la production. Du coup, c’est à Pointe-Noire que les activités de Day Enterprise éliront domicile.

1er prix « startupper de l’année » en 2016

Le démarrage des activités à Pointe noire sera facilité par un concours que remporte Day Enterprise. En mars 2016, l’entreprise gagne en effet le premier prix du challenge « startupper de l’année », organisé  par l’entreprise pétrolière Total E&P Congo, qui récompense des projets innovants. « Pour ce prix, nous avons reçu 12,5 millions de FCFA et un appui à la gestion que nous a apporté la société Aries-Investissements de Loïc Mackosso », indique Makoye.

En mars 2016, l’entreprise gagne le premier prix du challenge « Startupper de l’année », organisé  par l’entreprise pétrolière Total E&P Congo

De quoi mettre en œuvre le projet dont les aspects innovants ont permis à la start-up d’être lauréate. « Compte tenu de notre expérience et des opportunités qui s’offraient, nous avons redéfini notre modèle d’entreprise qui comprend trois corps de métiers : la production de tomates notamment hors-sol à partir d’un système d’irrigation goutte-à-goutte, l’accompagnement d’agriculteurs sous forme d’un soutien technique et d’une formation à la gestion d’exploitation agricole et la commercialisation de leurs produits », explique Makoye.

Le résultat est plutôt positif. La production de tomates agro-écologiques, produit phare de Day Enterprise, cultivée sur un hectare, pour moitié en hors sol et pour moitié en maraîchage tradi-moderne, s’élève aujourd’hui à quelque 15 tonnes. De 12 millions de F CFA en 2015, le chiffre d’affaires de la startup, qui ne compte plus que 7 associés, a grimpé à 79 millions de F CFA en 2018. Et, cerise sur le gâteau, une marge en progression.

Devenir le leader de la distribution de produits « agro-éco »

L’ambition de Franck ne s’arrête pas là. « Nous voulons développer des centres de collecte des produits agricoles près des zones de production et mettre en place un système de distribution basé sur l’installation de points de vente de proximité dans les secteurs-clefs des grandes villes du pays. Il faut réduire les intermédiaires et favoriser les contacts directs producteurs-consommateurs finaux. Notre rêve est de devenir le leader de la distribution  des productions agro-écologiques et de développer les échanges de ces produits dans la zone Cemac », martèle-t-il.

Notre rêve est de devenir le leader de la distribution  des productions agro-écologiques

Outre les réseaux de vente classiques (cantines, hôtels, restaurants, ménages, catering, etc.) Day Enterprise a innové en fournissant des produits agro-écologiques aux boutiques  des stations-service Total. En outre, son entreprise partenaire, EveryDay, dirigée par Danielle Moresmo, a lancé la production de jus de fruits frais bio locaux dont le fameux tondolo, un fruit légèrement acidulé, connu principalement dans les deux Congos. Sa clientèle ? Des hôtels, des restaurants et des particuliers.

Génération « réseaux sociaux »

Génération agro-écolo mais aussi « réseaux sociaux », « l’agro-preneur » Makoye communique sur Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin ou Whatsapp. Une commande sur Whatsapp, et, en un clin d’oeil, le client est servi. Prochainement, un site web verra le jour.  En projet également, une application mobile. Le tout pour faire connaître les produits et commander en ligne.  

Autant dire que Franck Makoye croit dur comme fer aux atouts agricoles de son pays, le seul en zone Cemac à être à cheval sur l’équateur. Un avantage sur ses voisins situés en hémisphère nord, qui ne connaissent qu’une seule saison des pluies. D’où la possibilité pour le Congo de les approvisionner pendant leur saison sèche. Et ainsi de faire travailler ses cultivateurs. Voire des investisseurs étrangers. En veillant toutefois à surveiller étroitement leurs pratiques. Le pire serait de voir se développer de vastes concessions agricoles utilisant des produits chimiques pour améliorer les rendements. Ce qui sonnerait le glas des fruits et des vivriers bio et des productions issues de l’agriculture agro-écologique. 

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