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vendredi 25 juin 2021
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Congo. Parfait Kolélas, un espoir s’est définitivement envolé

Guy-Brice Parfait Kolélas, figure emblématique de l’opposition congolaise, a succombé à la Covid-19, avant l’annonce des résultats de la présidentielle à laquelle il était candidat.

Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2016, remportée haut la main par le président Denis Sassou N’guesso, et fils d’un personnage historique de la vie politique nationale, Parfait Kolélas n’a pas atteint ses objectifs politiques. Qui reprendra le flambeau de la lutte au sein d’une opposition fragilisée et divisée ? Retour sur le parcours d’un homme politique atypique.

Surnommé affectueusement Pako, Guy-Brice Parfait Kolélas est mort aux petites heures du matin du lundi 22 mars, à 61 ans, dans l’avion médicalisé qui assurait son évacuation sanitaire vers la France, quelques heures après le déroulement de l’élection présidentielle au Congo.

Une élection sans suspense

Au plus profond de lui-même, Guy-Brice Parfait Kolélas, considéré ces derniers temps comme le principal dirigeant de l’opposition congolaise, se faisait-il beaucoup d’illusions sur ce scrutin dont il ne connaîtra jamais le vainqueur ? Avec une dose de mauvaise foi et une pointe d’exagération, ses détracteurs les plus virulents se gaussaient de sa candidature qu’ils n’hésitaient pas à qualifier de folklorique.

Il était perçu, dans certains milieux, comme un simple faire-valoir qui, secrètement, visait, tout au plus, le confort associé au train de vie du … chef de file de l’opposition – un statut officiel créé en 2015, assorti de certains « avantages » et occupé jusque-là par un opposant plutôt accommodant, Pascal Tatsy Mabiala, le premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale.

L’issue de l’élection ? C’était tout sauf un suspense insoutenable. Tous les analystes avisés savaient qui l’emporterait : le président Denis Sassou N’Guesso, qui est, depuis plusieurs années, au centre du jeu politique congolais. Sans surprise, il a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle, avec un score de 88,57 %, selon les résultats provisoires publiés le mardi 23 mars.

Gagnées par le découragement et sans doute par une forme de réalisme, quelques pointures de l’opposition ont choisi de se retirer de la course

Comment se faire une place et parvenir au sommet de l’Etat dans un pays dirigé depuis 1979 (sauf entre 1992 et 1997) par un homme, qui, à 77 ans, n’est pas prêt à lâcher le pouvoir ? Gagnées par le découragement et sans doute par une forme de réalisme, quelques pointures de l’opposition ont choisi de se retirer de la course. Mais Guy-Brice Parfait Kolélas n’étant pas du genre à faire les choses à moitié, s’est résolu à briguer la présidence, contre vents et marées. 

Dans l’ombre d’un père charismatique

Guy-Brice Parfait Kolélas a longtemps évolué dans l’ombre d’un père populaire, Bernard Kolélas. Par sa verve, ses formules incisives et son franc-parler, ce leader charismatique, fluet et de petite taille, galvanisait les foules. Guy-Brice Parfait Kolelas a été marqué par la présence « écrasante » de ce père, autant adulé que critiqué, qui avait une aura incontestable dans la partie sud du pays. C’est ainsi qu’il a eu du mal à se faire un prénom. Bernard Kolélas, ancien Premier ministre et ex-maire de Brazzaville, était une forte tête qui représentait, à elle seule, l’immense espoir du retour au pouvoir d’un « Sudiste », dans un pays divisé entre le Nord et le Sud, où le pouvoir est depuis longtemps tenu par « des gens du Nord ».

Le bastion de Bernard Kolélas était le département « rebelle » du Pool, qui enveloppe Brazzaville, où il comptait des milliers de partisans qui respectaient scrupuleusement ses consignes. Même si des avancées ont été réalisées sur ce plan et même si les jeunes générations semblent moins sensibles au vote « communautaire », le pays peine encore à exorciser ses vieux démons de la division ethnique.

Bernard Kolélas, qui avait une bonne intuition, avait décelé chez Guy-Brice des qualités qui pouvaient l’aider à se tailler un destin national. « C’est en plein exil que mon père m’a demandé de poursuivre le combat politique. Il ne l’a dit qu’à moi, pas aux autres, alors que nous étions douze frères et sœurs », a révélé Guy-Brice Parfait Kolélas, lors d’un récent meeting.

Ses études ont été couronnées par un doctorat en économie à l’université de Dijon en 1993, après un séjour au Congo où il était retourné pour aider son père à mettre en place les structures de son parti politique

Études d’économie en France

Né à Brazzaville, en 1959, Guy-Brice Parfait Kolélas débarque en France en 1984, nanti d’une licence en sciences économiques de l’université Marien Ngouabi. Il s’inscrit à l’université de Besançon où il décroche une maîtrise en sciences économiques, option économie d’entreprise. Ses études seront couronnées par un doctorat en économie à l’université de Dijon en 1993, après un séjour au Congo où il était retourné pour aider son père à mettre en place les structures de son parti politique, le Mouvement congolais pour la démocratie et le progrès intégral (MCDDI).

Ses études seront couronnées par un doctorat en économie à l’université de Dijon en 1993

La guerre qui éclate au Congo en 1997 le pousse, encore une fois, à quitter son pays natal. Cette fois-ci, il pose ses bagages en Afrique du Sud où il crée, avec quelques amis, une société qui travaille en partenariat avec la Gécamines, le géant minier de la République démocratique du Congo. Cette entité se donne pour mission de démanteler des réseaux de trafiquants qui commercialisent le cuivre et le cobalt en Afrique australe.

Après la fin du conflit, les impacts de balles sur les édifices publics de la ville de Brazzaville défigurée, témoignent de la violence des combats, qui auraient fait, selon certaines estimations, 400 000 morts.

Chancelant, son unité mise à mal, le Congo doit panser ses plaies, honorer ses fils et filles fauchés par la folie meurtrière des belligérants et s’atteler à sa reconstruction. Guy-Brice Parfait Kolélas rentre au pays après une mesure d’amnistie prise en faveur de son père. En 2007, il entre au gouvernement comme ministre de la Pêche maritime et continentale, chargé de l’aquaculture puis, de 2009 à 2015, comme ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’État.

Membre du Parti communiste, affinités avec le Front national

Pendant son séjour en France, Guy-Brice Parfait Kolélas a été membre du Parti communiste français (PCF). Mais il avait des affinités avec le Front national (Rassemblement national), un parti d’extrême-droite qui a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille.

Guy-Brice Parfait Kolélas a été membre du Parti communiste français (PCF). D’autre part, il avait des affinités avec le Front national (Rassemblement national), un parti  d’extrême-droite qui a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille.

Guy-Brice Parfait Kolélas savait parfois faire preuve de courage politique. Ses proches soutiennent qu’il n’y avait aucune once d’hypocrisie dans son ADN. Il assumait ses amitiés, même celles qui pouvaient paraître embarrassantes. C’est ainsi qu’il ne masquait pas sa proximité idéologique avec le Rassemblement national. Il entretenait de bons rapports avec Louis Aliot, un ancien vice-président du Front national, dont il était proche. Lors d’un entretien avec l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique en 2017, il avait tenu ce propos :

« Dans chaque structure politique, il existe des tendances. Au Front national, un courant est effectivement xénophobe, mais un autre ne l’est pas. J’appartiens à ce dernier. Par ailleurs, le malheur des Africains – et surtout des Congolais – n’est-il pas le fait des politiques menées par la droite et le Parti socialiste français depuis plusieurs décennies ? Le Front national n’y est pour rien. C’est juste un parti nationaliste. »

Un homme de convictions ?

Guy Brice Kolélas était-il un homme de convictions ? Quelles sont les idées pour lesquelles il s’est battu dans l’arène politique, sans grand succès ? Le regard que l’on pose sur son action politique semble contrasté. Pako a navigué entre radicalité, fermeté, allégeance et compromis, au gré des circonstances.

Lors de la présidentielle de 2016, il est arrivé deuxième, avec un peu plus de 15 % des suffrages exprimés. Guy-Brice Parfait Kolélas a cependant été l’un des premiers à s’incliner devant la victoire attribuée à Denis Sassou N’Guesso, sur fond de contestation, alors qu’un autre candidat malheureux, le général Jean-Marie Michel Mokoko, était brutalement jeté en prison.

Que retiendra-t-on de l’homme sur les plans humain et politique ? Andréa Ngombet, membre de l’opposition en exil en France et l’un des dirigeants du mouvement Incarner l’Espoir, répond en ces termes : « Guy-Brice Parfait Kolélas était un libéral, un héritier du combat du président Fulbert Youlou, du cardinal Émile Biayenda et, bien sûr, de son père, Bernard Kolélas, pour les libertés civiles et l’État de droit en République du Congo. Le président Guy-Brice Parfait Kolélas n’est plus, mais son combat, notre combat pour l’alternance, se poursuit ».

La lutte se poursuit

Le dirigeant de l’Union des Démocrates Humanistes-Yuki (UDH-Yuki), le parti qu’il a créé en mars 2017, s’était forgé la réputation d’être celui qui pouvait encore faire rêver une jeunesse ultra majoritaire au sein d’une population globalement désabusée. 

L’homme est mort, mais ses idées ne seront pas enterrées avec lui. Elles survivront à sa disparition à un moment où le pays se trouve à un tournant, entre une opposition fragilisée et la majorité, sous la houlette du président Denis Sassou N’Guesso, qui a renforcé son emprise sur tous les leviers de son pouvoir porté à bout de bras par des institutions taillées sur mesure.

L’homme est mort, mais ses idées ne seront pas enterrées avec lui. Elles survivront à sa disparition à un moment où le pays se trouve à un tournant.

Quel avenir pour l’opposition ?

Quelles conséquences pour l’opposition congolaise ? La disparition de Guy-Brice Parfait Kolélas, l’emprisonnement de personnalités de premier plan telles que Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa (autre candidat malheureux à la présidentielle de 2016) ainsi que Paulin Makaya, et le départ en exil de quelques figures de proue, poussent dans ses derniers retranchements une opposition en panne de stratégie et contrainte de subir les événements. L’incertitude plane sur l’avenir.

« Nous sommes en territoire inconnu. Les conséquences sont à observer sur l’ensemble du territoire. Les regards se tournent vers Denis Sassou N’Guesso pour savoir s’il va brûler le pays en s’entêtant ou s’il aura un sursaut de lucidité dans son interprétation de la Constitution en procédant à l’annulation du scrutin », avance Andréa Ngombet.

La dernière image qu’on gardera de Guy-Brice Parfait Kolélas est celle d’un homme affaibli et rongé par la covid-19, sur son lit d’hôpital, le regard hagard, alors que la mort frappait à sa porte

Appel à un vote massif pour le changement

La dernière image qu’on gardera de Guy-Brice Parfait Kolélas est celle d’un homme affaibli par le covid-19, sur son lit d’hôpital, le regard hagard, alors que la mort frappait à sa porte, qui a réussi à rassembler ce qui lui restait de forces et qui, avec l’énergie du désespoir, exhortait les électeurs à se rendre massivement aux urnes.

« Mes chers compatriotes, je suis en difficulté. Je me bats contre la mort. Cependant, je vous demande de vous lever. Allez voter pour le changement ! Je ne me serai pas battu pour rien. Battez-vous. Levez-vous comme un seul homme, faites-moi plaisir. Je me bats sur mon lit de mort. Vous aussi, battez-vous pour le changement. Allez-y ! Il en va de l’avenir de vos enfants », a-t-il dit péniblement, d’une voix chevrotante, après avoir ôté son masque, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. 

Le taux de participation définitif donnera des indications sur l’écho que cet appel, qui sonne comme un appel d’outre-tombe, a reçu dans un pays où l’accès à Internet a été coupé plusieurs heures avant l’ouverture des bureaux de vote. 

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