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jeudi 13 juin 2024
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Festival Kongo River 2024 : un voyage autour du Pool Malebo

La restitution de la 3ème édition du festival Kongo River qui a eu lieu fin février, à la résidence de l’Ambassadrice du Royaume-Uni en RDC, Madame Alyson King, a été l’occasion pour les organisateurs du Festival Kongo River, d’annoncer officiellement la tenue de la 4ème édition, intitulée « Pool Malebo entre les deux rives », qui aura lieu du 22 au 28 juillet de chaque côté du fleuve Congo.

Pour cette nouvelle édition, Vincent Kunda, président de l’association Kongo River et organisateur du festival, a déjà obtenu l’appui d’institutions et de représentations diplomatiques. Loin de se limiter à des activités festives, le Festival Kongo River, via son volet scientifique, se penchera cette année sur la préservation des écosystèmes liés à l’eau et à la forêt et s’attachera à redynamiser les liens culturels et économiques entre les deux capitales les plus rapprochées au monde, Kinshasa et Brazzaville.    

Propos recueillis à Paris par Muriel Devey Malu-Malu

Makanisi : Pourquoi avez-vous placé la 4ème édition du festival Kongo River, sous le thème du « Pool Malebo entre les deux rives » ?

Vincent Kunda

Vincent Kunda : Après les deux premières éditions qui se sont déroulées à Kinshasa, nous avons opté pour l’itinérance du festival. Le fleuve Congo traversant toutes les provinces de la RDC, le festival ne pouvait pas se tenir uniquement à Kinshasa. C’est ainsi qu’en juillet 2023, la 3ème édition, qui fut la première édition itinérante du festival, a eu lieu à Muanda, une ville située dans le Kongo Central, au bord de l’océan Atlantique, non loin de l’embouchure du fleuve. Son thème était « Fleuve Congo, moteur de l’écotourisme et du développement durable pour la province du Kongo-Central ».

Cette année, le festival se tiendra à Kinshasa mais aussi à Brazzaville, la capitale du Congo voisin. Que vise cette ouverture sur le Congo-Brazzaville ?

Nous avions reçu une invitation de la Commission Internationale du Bassin Congo-Oubangui-Sangha (Cicos) pour assister au Sommet des 3 bassins forestiers tropicaux, qui a eu lieu à Brazzaville fin octobre 2023. Au cours de ce sommet, nous avons réalisé qu’il y avait des enjeux environnementaux importants autour du Bassin du Congo qui est, de fait, le premier poumon de la planète, sa forêt étant encore intacte, comparée à celles des autres bassins.

Au-delà de sa dimension « eau », ce fleuve, dont le bassin versant est le deuxième au monde en termes de superficie, participe de l’équilibre des différents écosystèmes du Bassin du Congo

Or, nous parlons beaucoup du réseau hydrographique du Bassin du Congo. Mais au-delà de sa dimension « eau », ce fleuve, dont le bassin versant est le deuxième au monde en termes de superficie, participe de l’équilibre des différents écosystèmes de cette vaste zone. Sans lui, la grande forêt équatoriale n’existerait pas. C’est ainsi que nous avons décidé de nous positionner comme un événement du Bassin du Congo.

Peut-on dire que la question écologique prend maintenant une dimension plus importante dans votre approche ?

Cette dimension écologique a toujours existé. Le festival se déroule en deux parties : l’une festive et l’autre consacrée à des conférences scientifiques, qui font l’objet de rapports que nous publions sur notre site. Mais il est vrai que nous mettons, aujourd’hui, davantage l’accent sur les questions de biodiversité, de faune et de flore.

Pendant le Sommet de Brazzaville, nous avons visité le stand du Site Touristique de Ngabé. Ce site se trouve à quelque 200 km au nord de Brazzaville, dans le département du Pool. Ses responsables, à qui nous avons présenté le festival Kongo River, ont proposé de collaborer avec nous et de réaliser la 4è édition entre Brazzaville et Kinshasa. Nous avons retenu l’idée d’organiser le festival sur les deux rives du fleuve Congo, un choix d’autant plus judicieux que les deux pays se partagent le fleuve sur une partie de son parcours.

Qu’est-ce qui a été déterminant pour organiser la 4ème édition du festival sur les deux rives du fleuve Congo ?

Pour les responsables du Site Touristique de Ngabé, qui se trouve au bord du fleuve Congo, la question écologique, et notamment celle de l’écosystème du fleuve, est un enjeu important. De notre côté, nous devions trouver un site pour abriter la conférence scientifique. Le partenaire de Ngabé ayant accepté d’accueillir la partie scientifique, nous pouvions alors arrêter définitivement notre choix d’organiser un événement entre les deux rives.

Le Site Touristique de Ngabé accueillera la partie scientifique du festival. il abritera également un salon d’affaires « green », où l’on débattra de la responsabilité sociétale des entreprises et des opportunités économiques entre les deux pays

Quel intérêt représente Ngabé pour vous ?

Le Site Touristique de Ngabé accueillera la partie scientifique du festival. Il abritera également un salon d’affaires « green », où l’on débattra de la responsabilité sociétale des entreprises et des opportunités économiques entre les deux pays qu’il s’agit de dynamiser.

Sur le plan touristique, Ngabé, qui a beaucoup d’atouts, sera le point d’arrivée et de départ de plusieurs circuits. Le premier circuit, qui partira du port de Kinshasa, mènera à Brazzaville, via le fleuve, et aboutira à Ngabé, situé dans le district éponyme. Depuis Brazzaville, on peut joindre la localité par la route ou par le fleuve.  À partir de la localité de Ngabé, lieu de résidence de la reine Téké Ngalifourou, un autre circuit touristique conduira à Mbé, qui est la capitale du royaume Téké et le lieu de résidence du Makoko (roi téké).

Le fleuve joue un grand rôle entre les deux capitales. C’est un pont historique. Le but du festival est de renforcer ce pont culturel, musical, touristique et économique.

Le fleuve joue un grand rôle entre les deux capitales. C’est un pont historique. Le but du festival est de renforcer ce pont culturel, musical, touristique et économique.

Les liens culturels et notamment musicaux entre les deux capitales étaient très forts dans les années 1970-1980. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’était le cas, en effet, mais cela a changé. Les liens culturels et historiques entre les deux capitales, qui étaient très forts, ont été affaiblis par l’usure du temps. Des facteurs politiques ont également contribué à distendre et à fragiliser ces liens. Parmi ces facteurs, on peut citer l’opération Mbata ya Bakolo, en 2013, qui s’est traduit par le refoulement de nombreux Congolais de la RDC qui résidaient au Congo, en particulier à Brazzaville. Il en est resté un sentiment négatif dans leurs cœurs. En tant que Festival Kongo River, nous essayons de renouer le lien entre les deux pays et de faire en sorte que, de part et d’autre du fleuve, on oublie ce moment difficile et que, tous ensemble, on aille de l’avant. Nous avons un héritage commun. Nous devons réfléchir à nos avantages et à nos inconvénients et trouver des solutions communes à nos problèmes communs.

Nous avons un héritage commun. Nous devons réfléchir à nos avantages et à nos inconvénients et trouver des solutions communes à nos problèmes communs.

Quel indice vous permet de penser avec certitude que le lien peut se rétablir ?

Pendant la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), qui se tenait en Côte d’Ivoire, un slogan unificateur faisait rage sur les réseaux sociaux. Des Congolais de Kinshasa demandaient à leurs frères du Congo-Brazzaville « de surveiller le fleuve », pendant que les Léopards, l’équipe nationale de la RDC, participaient à la compétition. Et les Congolais de Brazzaville de répliquer : « OK, nous surveillons le fleuve, mais rapportez-nous la coupe ». Cela faisait rire tout le monde sur les deux rives. Ce slogan renforçait l’idée qu’il fallait préserver notre patrimoine commun. La 4ème édition du Festival Kongo River vise à réveiller les consciences. Elle nous incite à nous rassembler et à veiller sur nos intérêts.

À cinq mois environ de la tenue du festival, quels sont les appuis institutionnels que vous avez pu obtenir?

À Kinshasa, nous avons l’appui de l’Office national du Tourisme, du Cicos et de l’Unesco et à Brazzaville, celui du Site Touristique de Ngabé. Nous sommes en pourparlers avec le ministère de l’Industrie Culturelle, Touristique, Artistique et des Loisirs ainsi qu’avec celui de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo. 

La visite de Kinshasa by night amènera les festivaliers dans le quartier Matonge et à Bandal (Bandalungwa), deux endroits « d’ambiance », réputés pour leur côté festif et chaleureux

Pouvez-vous nous donner quelques précisions sur le programme du Festival 2024 ?

La 4ème édition se déroulera du 22 au 28 juillet. Il débutera par quatre jours à Brazzaville, dont deux jours consacrés à la conférence scientifique et deux jours aux visites touristiques. Puis le vendredi 26 juillet, les festivaliers se rendront à Kinshasa, où se tiendra la partie festive. La visite de Kinshasa by night amènera les festivaliers dans le quartier Matonge et à Bandal (Bandalungwa), deux endroits « d’ambiance », réputés pour leur côté festif et chaleureux. Ce sera l’occasion de découvrir l’histoire musicale attachée à ces quartiers et les musiciens célèbres, comme Papa Wemba, qui les ont animés. Le samedi matin, nous irons visiter Lola ya bonobo, le sanctuaire des bonobos. L’après-midi du samedi et le dimanche seront consacrés à des concerts. Le lundi marquera la fin du festival et le retour des festivaliers dans leurs pays respectifs.

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