24.5 C
Kinshasa
samedi 20 juillet 2024
AccueilPaysAfrique centraleFaible présence de l’Afrique au Salon international de l’agriculture

Faible présence de l’Afrique au Salon international de l’agriculture

La 60ème édition du salon international de l’agriculture s’est clôturée le dimanche 3 mars 2024, à Paris Expo, Porte de Versailles, dans le sud-ouest de Paris. Si quelques pays africains ont participé à ce rendez-vous annuel de terroirs, la présence de l’Afrique a globalement été discrète.   

Si cette édition a été particulièrement marquée par la faible présence de l’Afrique, certains pays ont tout de même tiré leur épingle du jeu. Les stands du Maroc, de la Côte d’Ivoire, qui a fait fort, du Nigeria, du Rwanda, du Sénégal et du Cameroun ont attiré des foules de visiteurs. Au total, ce salon a accueilli plus de 603 000 personnes. Ces visiteurs ont, pour la plupart, pu voir ce que les quelques stands africains proposaient.

Lire aussi : Cameroun : Chine, 1er fournisseur et Pays-Bas, 1er client  https://www.makanisi.org/cameroun-chine-1er-fournisseur-et-pays-bas-1er-client/

À quoi est due cette faible présence africaine ? Le Cameroun, seul pays d’Afrique centrale visible, a été représenté par une délégation diversifiée. La « Team Cameroun » comportait des officiels et des entrepreneurs, mais aussi des chercheurs.  

L’Union européenne est très exigeante sur les normes des marchandises qui entrent dans son territoire.

Le Cameroun à l’honneur

« Nous ne sommes pas venus seulement avec des agriculteurs. Dans le groupe, il y a un institut de recherche, un institut de formation en matière halieutique, l’Institut des sciences halieutiques de Yabassi. La délégation compte aussi des personnalités de l’Institut de recherche agricole pour le développement, dont la réputation internationale est établie, qui a des accords avec le CIRAD, etc. », explique Siméon Abada Assomo, le conseiller technique du président de la Chambre d’agriculture, des pêches, de l’élevage et des forêts du Cameroun (CAPEF).

Le CAPEF au SIA 2024. MDMM

Il s’agit, pour les exposants, de trouver de nouveaux débouchés et de sceller, dans la mesure du possible, des partenariats avec des entreprises françaises ou européennes. Les frais de location de stands ont été totalement pris en charge par le Cameroun. L’État a ainsi voulu donner un coup de pouce à quelques initiatives locales dans le domaine de l’entrepreneuriat. 

Lire aussi : La filière cacao d’Afrique centrale dominée par le Cameroun. 1/2  https://www.makanisi.org/la-filiere-cacao-dafrique-centrale-dominee-par-le-cameroun-1-2/

Les produits camerounais ne sont pas très présents dans les rayons de supermarchés français. Cette situation est en partie liée au fait que l’Union européenne est très exigeante sur les normes des marchandises qui entrent dans son territoire, selon Siméon Abada Assomo. Les sociétés qui exportent au départ des pays africains ont parfois du mal à s’aligner sur les standards fixés par Bruxelles. D’où leur difficulté à accéder au vaste marché européen de quelque 500 millions de consommateurs. « Le bénéfice direct, pour les producteurs, est de trouver ici des partenaires qui peuvent signer des contrats avec eux, dans le but d’améliorer la qualité de leurs produits. », note Siméon Abada Assomo.

« Le problème des normes environnementales ne se pose pas dans les mêmes termes en Europe qu’en Afrique. Nous n’utilisons presque pas de pesticides. »

Divers écosystèmes

Les entreprises qui ont défendu les couleurs du Cameroun proviennent des différentes régions du pays. Le Cameroun, qui bénéficie de divers écosystèmes, a une agriculture diversifiée. Il est fier de ses atouts naturels : ses forêts, son importante façade maritime, sa zone sahélienne, sa zone montagneuse (ouest) ainsi que sa zone quasi désertique dans son extrême-nord. Si le Cameroun, surnommé « Afrique en miniature », a également mis en avant ses produits non ligneux, ses produits forestiers et son élevage, ses produits phares restent le cacao, le café, le poivre, le safou, les légumes, etc.

Le Cameroun se prévaut d’avoir des maraîchers qui utilisent très peu d’engrais et des quantités infinitésimales de pesticides

Les producteurs camerounais sont-ils respectueux des normes environnementales ? À cette question, Siméon Abada Assomo, qui se veut rassurant, répond sans détours : « Le problème des normes environnementales ne se pose pas dans les mêmes termes en Europe qu’en Afrique. Nous n’utilisons peu de pesticides. L’agriculteur camerounais n’utilise presque pas d’engrais chimiques. Il fait des produits naturels, parce que la plupart des forêts que nous avons sont encore vierges. On veut nous imposer des normes en matière de déforestation. Nous les appliquons, mais on doit constamment avoir à l’esprit le fait que notre agriculture est biologique. Elle est naturelle ».

Le Cameroun se prévaut également d’avoir des maraîchers qui utilisent très peu d’engrais et des quantités infinitésimales de pesticides, même si la réalité peut sembler quelque peu contrastée. Toutefois, si le taux d’utilisation d’engrais chimique reste encore faible au Cameroun, soit 13,4 kg par hectare de terre cultivable contre 28,3 kg pour le Gabon, selon la Banque mondiale, il tend à augmenter. Selon l’Institut national de la statique du Cameroun, en 2022, les engrais représentaient 17% des importations du Cameroun depuis la Russie, qui est le premier fournisseur de ces intrants, avec 43% des parts de marché, contre 11% pour la Chine. Il est envisagé d’implanter une unité de production d’engrais chimiques dans la ville de Douala en 2024.

Lire aussi : Voyage culinaire en Afrique centrale https://www.makanisi.org/voyage-culinaire-en-afrique-centrale/

« Nous avons des plantations de bananes plantains et d’ananas, totalement naturelles. Nous avons lancé une plantation de cacaoyers qui n’a pas encore produit. La vente des fruits permet de financer nos activités humanitaires »

Écologie alimentaire avec Cœur Miséricordieux

Parmi les exposants camerounais, figurait Cœur Miséricordieux, une association caritative, établie aux Ulis (France), qui travaille avec des personnes à mobilité réduite. L’association a plusieurs activités dont la lutte pour les droits des femmes et la distribution de colis alimentaires à des migrants démunis. Elle est aussi en partenariat avec la société Camayos qui lui fait des dons de chocolat ou lui accorde des prix avantageux. La revente du chocolat permet de financer en partie ses activités humanitaires.

Aurélie Tama, présidente de Coeur Miséricordieux, présentant le chocolat Camayos. ©MDMM

Cœur Miséricordieux intervient également au Cameroun où elle fait de l’écologie alimentaire. « Nous avons des plantations de bananes plantains et d’ananas, totalement naturelles. Nous avons lancé une plantation de cacaoyers qui n’a pas encore produit. C’est la vente des fruits qui nous permet de financer nos oeuvres humanitaires, en particulier la construction prochaine d’un orphelinat à Ngambé, ville située dans la région du Littoral », explique Aurélie Tama, la présidente de Cœur Miséricordieux.  À moyen terme, Cœur Miséricordieux a pour objectifs d’accroître ses productions afin d’exporter les bananes plantain et les ananas vers la sous-région d’Afrique centrale et le chocolat qui sera fabriqué au Cameroun, vers le marché français. « Nous partons à la conquête de ce marché. Nous voulons identifier les magasins où nous pourrons livrer nos produits qui sont de qualité », insiste Aurélie Tama,

Cacao camerounais, chocolat français

Installée en France, l’entreprise Camayos, pour sa part, produit, entre autres, du chocolat avec de la fève de cacao issue de l’agriculture naturelle, sans engrais chimique, en provenance de la commune d’Ayos, située dans le département du Nyong-et-Mfoumou, dans la région du Centre du Cameroun. Pour autant, le produit n’est pas encore considéré comme bio. Les procédures visant à le labelliser sont en cours.

En 2024, le chocolat de Camayos a reçu le prix « coup de cœur des agriculteurs du monde », qui est attribué à des produits de qualité identifiés lors du Salon international de l’agriculture.

La transformation, artisanale et solidaire, du cacao importé d’Ayos s’opère à Chainaz les Frasses en Haute-Savoie. En 2024, le chocolat de Camayos a reçu le prix « coup de cœur des agriculteurs du monde », qui est attribué à des produits de qualité identifiés lors du Salon international de l’agriculture. Ce chocolat est soumis aux mêmes contrôles de qualité que toutes les autres confiseries fabriquées sur le sol français.

La société Camayos dispose d’une boutique en ligne où les clients peuvent passer des commandes. Outre une variété de chocolats (tablettes, pistoles, pâte à tartiner, œufs en chocolat, orangettes, fritures, cacao en poudre, etc.), elle vend aussi du café et des arachides camerounais.

Chaque pays africain a tenu, dans son coin, à vendre sa propre image

Le Club des épiciers africains d’Europe

Si lors de cette édition du salon de l’agriculture, chaque pays africain a tenu, dans son coin, à vendre sa propre image, des entrepreneurs africains ou d’origine africaine, en majorité des femmes, ont fait la démarche inverse : ils se sont mis ensemble pour constituer le club des épiciers africains d’Europe.

« En tant qu’entrepreneurs, nous n’aurions jamais eu, seuls, la possibilité de prendre part à ce salon. En s’associant avec des personnes, qui ont aussi envie de montrer des produits inspirés d’Afrique ou alors made in Africa, l’objectif est de faire découvrir au plus grand nombre nos produits – nos produits bruts et nos produits transformés. Il s’agit de montrer aussi qu’on a, en Afrique, des savoirs et des savoir-faire qui peuvent s’exporter », explique Sedami Zinsou, qui se présente comme togolaise et béninoise.

Lire aussi : L’épicerie fine africaine de Kipeps à l’assaut des supermarchés belges https://www.makanisi.org/lepicerie-fine-africaine-de-kipeps-a-lassaut-des-supermarches-belges/

« Mon objectif est d’avoir au moins un produit de chacun des 54 pays africains. Ce sont des produits transformés en Afrique » 

Savoirs et savoir-faire

Cette organisation importe des produits, notamment de l’épicerie fine, d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, etc.) et d’Afrique de l’Est (Kenya et Tanzanie). Mais les choses sont appelées à évoluer dans les prochains mois.  « Mon objectif est d’avoir au moins un produit de chacun des 54 pays africains. Ce sont des produits transformés en Afrique », indique Sedami Zinsou, qui est née en France.  

Ces produits, baptisés « trésors de gastronomie africaine », sont 100% naturels, sans additifs, avec une traçabilité contrôlée, des champs, à l’assiette, en passant par le process de fabrication. « Les produits sont contrôlés avant de partir… On a des labels. Le label B Corps, par exemple, signifie que nos produits sont conformes à la réglementation », précise Sedami. La certification dite « B Corp » est, en effet, un label octroyé aux sociétés commerciales répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public. Le club des épiciers africains d’Europe a également montré son savoir-faire dans le domaine de l’emballage écologique.

La structure fait néanmoins face à des difficultés qu’elle tente de surmonter tant bien que mal : l’approvisionnement régulier cause parfois du souci. Toute rupture de stock contrarie les opérateurs. Le club des épiciers africains d’Europe envisage de se doter, à terme, d’entrepôts sur le territoire français pour tenter de pallier cet écueil.

- Advertisment -

ARTICLES LES PLUS LUS