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mercredi 28 septembre 2022
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Gabon : les pays africains en concertation en prélude à la COP 27

Libreville, la capitale gabonaise, accueille depuis le 29 août, la Semaine africaine du climat. Cette conférence se déroule quelques semaines avant la COP 27 prévue en novembre dans la ville balnéaire de Charm-el-Cheick, en Egypte. Les pays africains attendent toujours les financements qui leur ont été promis dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

La Semaine africaine du climat 2022 est organisée par les Nations Unies, en collaboration avec plusieurs partenaires, dont l’Union africaine, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Venus des quatre coins du continent, une quarantaine de ministres et de nombreux délégués se penchent à Libreville sur les menaces et les opportunités liées au changement climatique. Issus du secteur public et du secteur privé, les participants réfléchissent ensemble aux actions à mener, à l’échelle du continent, pour faire face aux problématiques créées par le changement climatique auquel la planète entière est confrontée. Au total, plus de mille personnes prennent part à ces travaux dont le coup d’envoi a été donné par le président Ali Bongo.

Avant la COP 27 

« La Semaine africaine du climat, qui est l’un des derniers grands événements climatiques avant la COP 27, peut nous rassembler et nous permettre d’avancer sur la route de la COP 27, avec un objectif commun et la volonté de construire un avenir meilleur. Je vous invite à saisir cette opportunité pour travailler sur des solutions innovantes, concrètes et durables et donner aux nations africaines les moyens de lutter avec succès contre les changements climatiques », a déclaré Ali Bongo.   

« La Semaine africaine du climat, qui est l’un des derniers grands événements climatiques avant la COP 27, peut nous rassembler et nous permettre d’avancer sur la route de la COP 27, avec un objectif commun et la volonté de construire un avenir meilleur »

Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie indiquent que l’Afrique fait partie des bons élèves. Le continent n’est responsable que de près de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’énergie et de 7 % des émissions totales. Pour autant, cette situation plutôt favorable ne signifie pas que l’Afrique est exempte de tout effort de lutte contre le réchauffement climatique.        

Pour ne pas mettre à mal les pays africains qui ont également besoin, plus que d’autres, de développer leurs économies, l’exploitation du potentiel de l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique devrait être au cœur de la stratégie du continent.

Lire aussi : La république du Gabon en chiffres. Édition 2022. www.makanisi.org/la-republique-du-gabon-en-chiffres-edition-2022

Les efforts du continent africain

Ibrahim Thiaw, le secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, a, pour sa part, souligné les efforts fournis par l’Afrique qui ne sont pas cependant pas reconnus à leur juste valeur. « L’Afrique a longtemps été dépeinte comme une région à problèmes. Et il est impossible de nier que l’Afrique est confrontée à d’énormes défis climatiques. Toutefois, il est grand temps que les contributions majeures de l’Afrique aux défis mondiaux soient également reconnues. Cette Semaine du climat porte sur le pouvoir des partenariats. Aucun pays, riche ou pauvre, ne peut résoudre seul le problème des changements climatiques », a-t-il expliqué.              

« Il est grand temps que les contributions majeures de l’Afrique aux défis mondiaux soient également reconnues »

Ibrahim Thiaw s’est également prononcé en faveur de la « restauration des écosystèmes en Afrique dans la lutte contre la crise climatique », pour apporter une gamme variée de réponses aux crises, notamment la sécheresse, la pauvreté et la perte de terres.

Lee White, ministre gabonais des Eaux, des Forêts, de la Mer et de l’Environnement. @MDMM

Lire aussi : Le Gabon récolte les fruits de sa politique de protection des forêts. https://www.makanisi.org/le-gabon-recolte-les-fruits-de-sa-politique-de-protection-des-forets/

Le Gabon montre la voie  

Le Gabon s’est engagé à rester neutre en carbone jusqu’en 2050 et bien au-delà. La grande majorité (entre 85 et 90 %) de son territoire, qui, dans l’ensemble, couvre une superficie d’un peu plus de 267 000 km2, est constituée de forêts. La Gabon est de ce fait dans le top 5 des pays les plus boisés de la planète. Dans certains classements, il occupe la deuxième place, derrière le Suriname ; dans d’autres, il se situe en troisième position, après les Seychelles. Preuve que le Gabon prêche par l’exemple : l’année dernière, il est devenu le premier pays africain à bénéficier d’un paiement pour avoir baissé ses émissions, tout en protégeant ses forêts. Le pays a, en outre, voté des lois sur les crédits carbone.

« Même avec de faibles taux de déforestation, le Gabon a réussi à réduire ses émissions de CO2 et à protéger des habitats essentiels. C’est un exploit pour l’un des pays les plus boisés du monde« 

Orvais Sarmad, le secrétaire exécutif adjoint d’ONU Climat, n’a pas manqué de saluer les efforts de ce pays d’Afrique centrale. « Même avec de faibles taux de déforestation, le Gabon a réussi à réduire ses émissions de CO2 et à protéger des habitats essentiels. C’est un exploit pour l’un des pays les plus boisés du monde. Et une grande partie de ce résultat a été obtenu grâce à des partenariats et à la collaboration. Cela souligne le pouvoir du travail que nous entreprenons ici à la Semaine africaine du climat 2022. Cela devrait nous inspirer et nous rappeler que chaque nation – en Afrique et dans le monde – peut et doit faire partie de la solution au changement climatique », a-t-il souligné.

« Si l’Égypte sait que son avenir dépend de la gestion de la forêt dans le bassin du Congo, nous serons obligés d’être un peu plus solidaires, de travailler ensemble pour trouver des solutions »

Pour autant, le pays ne crie pas victoire. Lee White, le ministre gabonais des Eaux, des Forêts, de la Mer, de l’Environnement, Chargé du Plan Climat et du Plan d’Affectation des Terres, qui se veut réaliste, estime que les efforts de lutte contre le réchauffement climatique doivent s’inscrire dans un cadre plus large. « On sait qu’il y a un lien entre les pluies dans les forêts de la République démocratique du Congo et les pluies dans les montagnes de l’Éthiopie qui remplissent le Nil bleu, lequel envoie de l’eau en Égypte. Si l’Égypte sait que son avenir dépend de la gestion de la forêt dans le bassin du Congo, de facto, nous serons obligés d’être un peu plus solidaires, de travailler ensemble pour trouver des solutions », explique ce ministre d’origine britannique, qui croit en la science pour trouver les moyens les plus efficaces de juguler le phénomène du réchauffement climatique.

La ville de Port-Gentil menacée

À force de tergiverser, les pays s’exposent à divers risques. Malgré ses efforts, le Gabon pourrait perdre Port-Gentil. La deuxième ville du Gabon, qui a une altitude de 27 mètres par rapport au niveau de la mer, est menacée de disparition.

« Dans les siècles à venir, on va être obligés de déplacer Port-Gentil. Cela a un coût. Le Gabon est un pays pétrolier. C’est une mauvaise chose. L’industrie pétrolière est une mauvaise chose, mais nous compensons toutes les émissions liées à l’exploitation de notre pétrole. Mais notre industrie pétrolière va disparaître. Elle représente 60 % de notre économie. Nous devons nous adapter. Et cette adaptation est en partie économique », note Lee White. « Les pays du G20, qui ont pollué l’atmosphère, ne vont plus acheter notre pétrole dans 10-15 ans. Donc il y aura un manque à gagner pour des pays comme le Gabon. Comment ferons-nous pour remplacer 60 % de notre économie au cours d’une période de 10-15 ans ? », s’est-il interrogé.

« Notre industrie pétrolière va disparaître. Elle représente 60 % de notre économie. Nous devons nous adapter »

La question des financements

La réponse, si réponse il y a, n’est pas facile à trouver. Les défis de la transformation radicale des économies et des modes de production ne préoccupent pas que les pays producteurs de pétrole. La question du financement de cette transformation se pose avec acuité dans les États africains qui, d’ordinaire, ont du mal à se financer sur les marchés internationaux. Une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars a été promise aux pays en développement pour opérer cette transition en douceur. Cet engagement, pris en 2009 à la conférence sur le climat de Copenhague, était censé être tenu dès 2020. Mais jusqu’ici, force est de constater que la promesse est restée lettre morte.

Une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars a été promise aux pays en développement pour opérer cette transition en douceur 

En réalité, ces fonds, qui n’ont pas encore recueillis, ne représentent qu’une infime partie des besoins réels de financement, qui sont nettement plus élevés. Un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement publié en 2020 indiquait que le coût de l’adaptation dans les pays en développement tournerait autour de « 140 à 300 milliards de dollars en 2030 et 280 à 500 milliards en 2050 ».

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