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samedi 21 mai 2022
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Géopolitique de l’Afrique : un Que sais-je qui bouscule les idées reçues

C’est une Afrique plurielle, ouverte sur le monde et intégrée dans la mondialisation que présente Sonia Le Gouriellec, docteur en sciences politiques, dans « Géopolitique de l’Afrique », paru en avril 2022, chez Que sais-je, dans sa collection éponyme.

Un petit ouvrage passionnant, qui bouscule bien des idées reçues et résume en 125 pages, comme il est de tradition dans cette collection, ce qu’est ce continent et les enjeux qu’il représente sur le plan mondial. À lire sans modération.

Auparavant chercheure à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École militaire (IRSEM), Sonia Le Gouriellec est actuellement enseignante à Sciences Po Paris. Ses travaux portent principalement sur les problématiques de paix et de sécurité dans la Corne de l’Afrique, et sur les processus de régionalisation et de construction des États.

Une Afrique plurielle et intégrée dans la mondialisation

Dès l’introduction, le cadre est posé. Le continent africain compte plus d’un milliard d’habitants répartis entre 54 États. Chaque État a une trajectoire historique, sociologique, politique et économique, qui lui est propre. C’est pourquoi l’auteur préfère parler des Afriques, plutôt que de l’Afrique, appellation qui donne une vision monolithique et réductrice de ce continent-monde.

Souvent présentées, à tort, comme en marge du système international, les Afriques « ont toujours participé aux échanges mondiaux et aux équilibres politiques, commerciaux et intellectuels ».

Souvent présentées, à tort, comme en marge du système international, les Afriques « ont toujours participé aux échanges mondiaux et aux équilibres politiques, commerciaux et intellectuels ». De nos jours, cette réalité est encore plus vraie. Par leurs abondantes ressources naturelles (minières, énergétiques, forestières, hydrauliques et autres) et la disponibilité de leurs terres, les Afriques sont très convoitées. Leurs besoins en infrastructures, en services et en industrialisation mettent également en compétition de nombreux pays et entreprises. Très intégrées aux enjeux et aux dynamiques contemporaines, les Afriques apparaissent ainsi « comme un nouveau centre névralgique des défis de notre époque ».

De la période pré-coloniale à l’indépendance

Trois chapitres sont consacrés aux évolutions historiques et géopolitiques du continent. Le premier aborde l’Afrique précoloniale puis coloniale jusqu’en 1950.  Le deuxième porte sur la mise en place des États souverains et indépendants entre 1950 et 1970, selon la date de leur indépendance. Ces États se caractérisent par leur faiblesse, leur manque d’enracinement dans la population, la superposition de structures institutionnelles héritées de l’Europe et de modèles politiques précoloniaux qui n’avaient pas disparu pendant la colonisation.

L’État en Afrique serait le résultat de plusieurs composantes, historiques, religieuses et traditionnelles, dont divers facteurs auraient participé à la construction.

Le néopatrimonialisme

Une autre caractéristique de ces États est ce que l’on appelle le néopatrimonialisme dont les acteurs – les élites dirigeantes – ont été qualifiés de Big men par des chercheurs. Sonia Le Gouriellec fait un tour d’horizon de cette question que différents auteurs ont analysée.

Au final, l’État en Afrique serait le résultat de plusieurs composantes, historiques, religieuses et traditionnelles, dont divers facteurs auraient participé à la construction. Parmi ces derniers, figure le facteur militaire qui est abordé dans le troisième chapitre intitulé « Un continent marqué par les conflits armés (1960-2021) ».

La Guerre froide

Avec la rigueur et la nuance qui la caractérisent, Sonia Le Gouriellec évite, dans cette partie, de généraliser. S’appuyant, à son habitude, sur de nombreuses études de cas,  elle se propose « d’étudier l’évolution des conflits sur le continent au cours de trois périodes : la guerre froide, la décennie 1990 et la séquence ouverte par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Nous verrons également quels sont les différents ingrédients, tels qu’ils ont été identifiés par les spécialistes des conflits africains, afin d’en expliquer l’origine et la nature », précise-t-elle. Sont ainsi passées au crible deux grandes périodes. Primo, celle de la guerre froide, « qui a exercé une influence considérable en Afrique sur les relations internationales et l’existence de potentiels conflits », mais au cours de laquelle toutefois « les acteurs ont conservé un pouvoir d’action considérable ».

La période de la guerre froide, « a exercé une influence considérable en Afrique sur les relations internationales et l’existence de potentiels conflits »

Une décennie de désespoir

Viennent ensuite les années 1990, « une décennie de désespoir », pendant lesquelles le nombre moyen de conflits armés qui ont éclaté a été deux fois supérieur à celui de la décennie précédente. Une période au cours de laquelle les États-Unis et l’URSS se sont progressivement désengagés de l’Afrique tandis que les Afriques « ont perdu de leur valeur stratégique ».

Dans ce chapitre, l’auteure passe en revue les différentes approches faites sur les causes des conflits, certaines souvent réductrices et d’autres plus conformes au terrain. Sonia Le Gouriellec clôt cette partie par un état des lieux du panorama sécuritaire au XXIème siècle, une période marquée par la nouveauté des conflits et l’implication de l’État islamique ou Al-Qaïda. Apparus après une relative accalmie entre 1995 et 2011, ces conflits seraient nés de la faiblesse des États, contrairement à la période précédente.

Sonia Le Gouriellec clôt cette partie par un état des lieux du panorama sécuritaire au XXIème siècle, une période marquée par la nouveauté des conflits et l’implication de l’État islamique ou Al-Qaïda

Si la religion joue un rôle dans ces violences, d’autres facteurs interviennent comme le contexte national accompagné de l’impopularité du président, la recrudescence de l’instabilité régionale, l’effet domino des coups d’État, des élections mal organisées et la mainmise de groupes armés sur des ressources minières. Il existe aussi des États africains qui n’ont jamais connu de coups d’État.

Les rivalités de puissances

Le quatrième chapitre se penche sur deux thèmes : la quête d’unité, avec le panafricanisme puis la mise en place de l’Organisation de l’Unité africaine, au bilan mitigé, à laquelle succédera l’Union africaine, ainsi que les défis de l’intégration sous-régionale.  

Dans le chapitre suivant, l’auteure étudie les rivalités entre les anciennes puissances coloniales européennes, les États-Unis, qui font un retour sur le continent, et les puissances émergentes comme la Chine ou ré-émergentes comme la Russie. Ce qui les anime ? Les ressources naturelles du continent et les marchés potentiels qu’offrent les pays africains. Les enjeux géopolitiques et économiques actuels que représente l’Afrique sont bien la preuve de son intégration dans l’économie mondiale.

L’auteure étudie les rivalités entre les anciennes puissances coloniales européennes, les États-Unis, qui font un retour sur le continent, et les puissances émergentes comme la Chine ou ré-émergentes comme la Russie.

Populations africaines et connexions internationales

Dans le dernier chapitre, l’auteur aborde la question des populations africaines et de leurs connexions internationales. Selon l’auteure, le regroupement des populations au sein de sociétés civiles, ainsi que les diasporas et les mouvements migratoires « contribuent au dépassement d’une approche purement étatique des relations internationales ».  

Soulignant au passage que les migrants d’Afrique subsaharienne se déplacent principalement vers d’autres pays africains et non vers les pays occidentaux, l’auteure décrit les causes et les destinations des mouvements migratoires et les problèmes que cela peut poser, notamment dans les pays d’accueil.

La sixième région d’Afrique

Baptisée « sixième région d’Afrique », la diaspora est analysée sous l’angle des transferts financiers qu’elle envoie en Afrique, une manne que des gouvernements africains cherchent à capter pour le développement économique et social. Mais son implication dépasse le cadre économique et financier. Elle est aussi politique. Si, toutefois, elle participe de plus en plus aussi bien à la vie politique de son pays d’accueil qu’à celle de son pays d’origine, la diaspora ne saurait choisir entre l’une ou l’autre. Une nouveauté et un domaine des relations internationales encore peu exploré.

Si, toutefois, elle participe de plus en plus aussi bien à la vie politique de son pays d’accueil qu’à celle de son pays d’origine, la diaspora ne saurait choisir entre l’une ou l’autre.

Pour conclure, l’auteure cite l’historien et politologue camerounais Achille Mbembe : « À l’échelle du monde, les vieilles hiérarchies restent en place. Mais une autre géographie du monde est en train de se dessiner. Qu’on le veuille ou non, il n’existe plus de scène périphérique ».

Géopolitique de l’Afrique

Auteur : Sonia Le Gouriellec

Éditeur : Que sais-je

Date de parution : 20/04/2022

Collection : Que sais-je

Pages : 128 p.

Prix : 10 euros

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