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samedi 21 mai 2022
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Kiev ou Moscou : où se situent les pays africains ?

La guerre déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine suscite des réactions diverses sur le continent africain. Les commentaires enflammés sur les réseaux sociaux sont éclairants. Mais où se situent les pays africains ? Quel camp ont-ils choisi ? Si le vote à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 2 mars 2022, sur la résolution condamnant l’invasion russe de l’Ukraine donne quelques indications, son résultat doit néanmoins être interprété avec prudence. Les choses ne sont pas figées.

Face à l’offensive militaire russe, les pays africains ont-ils choisi Kiev, Moscou ou la neutralité ? Autant il est impossible d’établir le niveau de popularité de Vladimir Poutine sur le continent, faute d’études à grande échelle, autant le vote du 2 mars à l’Assemblée générale des Nations Unies est éloquent.

Vladimir Poutine, qui multiplie les déclarations, a notamment affirmé qu’en lançant les opérations militaires, il voulait, entre autres, « dénazifier » et « démilitariser » l’Ukraine. Ces objectifs affichés peuvent faire écarquiller les yeux, si on sait que le Premier ministre et le président ukrainiens sont de confession juive.

Vladimir Poutine, qui considère que les Russes et les Ukrainiens forment un même peuple, a reconnu « l’indépendance » des régions séparatistes de Donetsk et Lougansk et appelé au renversement du président Volodymyr Zelensky, pourtant élu démocratiquement en 2019.

Pour ou contre ?

La résolution onusienne condamnait sans ambiguïté « l’agression contre l’Ukraine » et appelait à un retrait des forces russes du sol ukrainien. Le texte a recueilli 141 voix pour et 5 voix contre. 35 pays se sont abstenus, alors que les délégués de 12 États ont brillé par leur absence au moment du vote.

En termes clairs, seulement cinq pays se sont rangés dans le camp de la Russie (Russie, Corée du Nord, Biélorussie, Érythrée et Syrie) en votant contre ce texte.

Portée symbolique

Le message de l’Assemblée générale est fort et clair : Mettez fin aux hostilités en Ukraine – maintenant. Faites taire les armes – maintenant. Ouvrez la porte au dialogue et à la diplomatie – maintenant 

Si ce vote apporte de l’éclairage sur le positionnement des uns et des autres face à ce brûlant dossier, il ne préfigure toutefois pas les éventuelles futures alliances au cas où la situation empirerait. En outre, à la différence des résolutions du Conseil de sécurité qui sont contraignantes, le caractère symbolique de celles de l’Assemblée générale atténue la portée de ce vote.  

« L’Assemblée générale s’est prononcée. En tant que secrétaire général, il est de mon devoir de m’en tenir à cette résolution et de me laisser guider par son appel. Le message de l’Assemblée générale est fort et clair : Mettez fin aux hostilités en Ukraine – maintenant. Faites taire les armes – maintenant. Ouvrez la porte au dialogue et à la diplomatie – maintenant », a martelé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

L’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine doivent être respectées conformément à la charte des Nations unies. Nous n’avons pas un instant à perdre. Les effets brutaux du conflit sont évidents. Mais aussi mauvaise que soit la situation pour les Ukrainiens en ce moment, elle menace de s’aggraver », a-t-il ajouté.

La résolution était le reflet des « graves préoccupations de la communauté internationale face à la situation actuelle en Ukraine », selon le président de l’Assemblée générale, Abdulla Shahid, le ministre des Affaires étrangères des Maldives.

Position des pays face à la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies condamnant l’invasion russe de l’Ukraine

Où se situent les pays africains ?

L’Érythrée, dirigée d’une main de fer par Isaias Afwewerki depuis son indépendance, est le seul pays du continent à avoir ouvertement fait cause commune avec la Russie. Cet État, qui s’est séparé de l’Éthiopie en 1993, est fermé.

Dans la catégorie (majoritaire) des abstentionnistes africains, se rangent des pays aussi divers et variés que l’Afrique du Sud et le Sénégal qui n’ont pas voulu « se mouiller ».

L’Union africaine, qui s’est, jusqu’au bout, opposée à cette intervention, a le sentiment d’avoir été traitée comme quantité négligeable. Elle n’a pas été entendue, alors qu’elle mettait en garde contre les conséquences de cette aventure meurtrière.

Difficile, d’autre part, de s’attendre à un soutien franc et massif des pays africains en faveur de l’Ukraine, pour laquelle l’Union européenne, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ont pris fait et cause. Les États africains se souviennent de la désarticulation de la Libye et de la mort atroce du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, après une intervention militaire de la France et du Royaume-Uni soutenus par les États-Unis.

L’Union africaine, qui s’est, jusqu’au bout, opposée à cette intervention, a le sentiment d’avoir été traitée comme quantité négligeable. Elle n’a pas été entendue, alors qu’elle mettait en garde contre les conséquences de cette aventure meurtrière. Si cette opération a été lancée avec la bénédiction du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union africaine et d’autres pays comme la Russie relèvent qu’elle a outrepassé le cadre dans lequel s’inscrivait la résolution onusienne qui l’avait autorisée.

Congo et Angola, même combat

Le Congo et l’Angola, qui entretenaient de solides liens avec l’ex-Union soviétique, se sont abstenus.  

Le colonel Marien Ngouabi s’était employé à reconstruire politiquement la société congolaise sur le modèle soviétique. Cette approche marquait une rupture avec l’ère de son prédécesseur, Alphonse Massamba-Débat, qui avait les yeux constamment rivés sur la Chine communiste, son modèle.

Les liens entre le Congo et l’ex-Union soviétique étaient étroits, au point que le défunt président Marien Ngouabi, au pouvoir entre 1968 et 1977, prônait le marxisme-léninisme inspiré de l’URSS où de nombreux Congolais se rendaient pour parfaire leurs études dans différents domaines. Ces étudiants bénéficiaient généralement d’une bourse offerte par Moscou qui voulait ainsi étendre ses zones d’influence en Afrique, dans un contexte de guerre froide.

Au cours de ses premières années aux commandes du pays, le colonel Marien Ngouabi s’était employé à reconstruire politiquement la société congolaise sur le modèle soviétique. Cette approche marquait une rupture avec l’ère de son prédécesseur, Alphonse Massamba-Débat qui avait les yeux constamment rivés sur la Chine communiste, son modèle.

Même si, au fil des années, le Congo a réussi à diversifier ses partenaires économiques et rompu avec l’économie étatique pour entrer dans le libéralisme, il n’en reste pas moins que la présence russe dans les affaires congolaises n’a pas complètement disparu. La Russie semble encore attractive aux yeux de certains Congolais, dans un monde globalisé où l’accès à l’information s’effectue en un clic et où il est plus facile de comparer les forces et les faiblesses de plusieurs pays du monde.

L’actuel président angolais, Joao Lourenço, élu en 2017, ainsi que son prédécesseur, Jose Edouardo Dos Santos, sont tous deux des produits de la formation soviétique

Même si les relations entre la Russie et l’Angola se sont quelque peu distendues ces dernières années, l’empreinte que l’ex-Union soviétique a laissée dans le pays est encore visible. L’actuel président angolais, Joao Lourenço, élu en 2017, ainsi que son prédécesseur, Jose Edouardo Dos Santos, sont tous deux des produits de la formation soviétique.  

C’est également à l’aune de ce type de relations qu’il faudrait analyser le vote des pays africains, même si d’autres considérations peuvent être prises en compte.

Raisons économiques ?

L’Afrique ne sera pas épargnée par les répercussions des sanctions prises contre la Russie et qui ont déjà fait bondir le prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux. Les pays du continent n’étant pas logés à la même enseigne sur le plan économique, les effets de ces mesures sur les uns et les autres dériveront vraisemblablement de leur niveau d’exposition à l’économie russe. Selon toute vraisemblance, les considérations économiques n’ont pu que marginalement influer sur le vote des pays africains.

Moscou apparaît comme un géant militaire, mais un nain économique.

Malgré tout, le poids économique de la Russie est relativement faible : avec un PIB estimé par la Banque mondiale à environ 1 500 milliards de dollars en 2020, la Russie navigue dans les mêmes eaux que l’Espagne ou le Brésil. Assurément, Moscou ne boxe pas dans la même catégorie que Washington (première puissance économique du monde, avec un PIB estimé à quelque 21 000 milliards de dollars). Que peut « offrir » Moscou, qui apparaît ainsi comme un géant militaire, mais un nain économique ?

En 2018, les échanges commerciaux entre la Russie et le continent africain ont atteint 20 milliards de dollars, soit 17,2 % de plus que l’année précédente. Lors du sommet Russie-Afrique tenu à Sotchi, en octobre 2019, Vladimir Poutine s’est engagé à renforcer la présence économique de la Russie sur le continent. En retard sur la Chine, la Russie ne représentait alors que 5 milliards de dollars d’investissements sur le continent, et la Chine, près de 130 milliards. Un effort de rattrapage était nécessaire pour pouvoir se mettre au niveau de Pékin.

La Russie vend notamment du matériel militaire et des céréales. Vladimir Poutine a mis en avant une coopération sans ingérence « politique ou autre », à l’heure où des voix s’élèvent sur le continent pour dénoncer les travers de la coopération avec la Chine. Pékin est notamment accusé de mettre des pays dans une situation de dépendance, en finançant à tour de bras des projets faramineux qui ne s’inscrivent pas toujours dans le cadre d’un plan de développement s’articulant sur des priorités clairement identifiées. Outre des dons, ces financements sont souvent des prêts assortis d’intérêts élevés. Ces intérêts font boule de neige et étouffent peu à peu les pays débiteurs qui voient leur capacité de remboursement s’amenuiser au fil du temps.

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