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samedi 21 mai 2022
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Centrafrique : le président Touadéra reprendrait-il la main ?

La situation apparaît figée depuis quelques mois en Centrafrique où le gouvernement cherche à reprendre les localités contrôlées par une flopée de groupes armés dont l’agenda n’est pas toujours lisible. Le président Faustin-Archange Touadéra, qui paraissait politiquement affaibli, semble reprendre peu à peu la main, après sa réélection, sur fond de contestation.

Cette guerre oubliée, qui fait rarement la une des médias internationaux, semble s’éterniser, même si un vent d’optimisme souffle ces derniers temps sur la rive droite de la rivière Oubangui, l’un des principaux affluents du puissant fleuve Congo.

Ceux qui voient le verre à moitié vide considèrent qu’il n’y a pas d’issue en vue à ce conflit qui n’a que trop duré ; ceux qui, en revanche, voient le verre à moitié plein estiment que de timides avancées ont tout de même été réalisées sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra.

Légère embellie sur le front militaire

La RCA, coutumière des conflits armés, a à nouveau basculé dans la guerre civile en 2013. Le pays est divisé entre, d’un côté, une quinzaine de groupes rebelles qui contrôlent des localités, notamment dans le nord-ouest et le nord-est, et, de l’autre, les forces centrafricaines sous-équipées qui peinent à faire la preuve de leur efficacité sur le terrain des opérations. Aucun combat majeur n’a été signalé ces derniers mois. Les positions semblent néanmoins bouger légèrement, après une vague de redditions de rebelles qui ont choisi de déposer les armes pour s’insérer dans un processus de paix qui n’arrête pas de tousser. La RCA est épaulée par des soldats rwandais et des Russes qui travaillent pour le compte de la société militaire privée Wagner. Cette société, qui serait proche du Kremlin, aurait aidé les autorités centrafricaines à reconquérir certains pans du territoire national. « J’ai dû faire appel à tous les moyens pour garantir la sécurité des Centrafricains », assure le président Touadéra.

Les méthodes de Wagner, jugées brutales par une partie de la population, ne font pas l’unanimité.

Il n’empêche, les méthodes de Wagner, jugées brutales par une partie de la population, ne font pas l’unanimité. Cette entreprise, considérée comme une fabrique de « mercenaires », est la cible de critiques acerbes. Le gouvernement et les groupes rebelles ont signé une série d’accords qui n’a pas produit les effets escomptés. Le dernier en date, scellé en février 2019, prévoit notamment l’arrêt de la lutte armée et la création d’une commission Vérité et Réconciliation, sur le modèle de ce qui s’est fait en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid.

Lueur d’espoir ?

Malgré tout, de temps en temps, une lueur d’espoir émerge dans ce pays meurtri. Alors qu’on s’y attendait le moins, en décembre 2021, l’un des plus puissants groupes armés du pays, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), a réitéré son intention de se désolidariser de la lutte armée et de quitter la coalition de mouvements rebelles en vue de privilégier le dialogue pour trouver une issue au conflit. L’UPC, qui est principalement actif dansl’est du pays où elle exploite de nombreux gisements miniers, est le groupe le mieux doté en Centrafrique. Ce mouvement a passé le plus clair de son temps à s’enrichir par le trafic de ressources naturelles des territoires sous son contrôle et par le prélèvement de taxes illégales pour renflouer ses caisses.  

« La situation évolue peu à peu ces derniers temps, mais il serait prématuré de pavoiser, malgré l’affaiblissement apparent des groupes armés », note un journaliste local.

« La situation évolue peu à peu ces derniers temps, mais il serait prématuré de pavoiser, malgré l’affaiblissement apparent des groupes armés », note un journaliste local. L’UPC, qui a pris part à des affrontements sanglants contre les forces pro-gouvernementales et les Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca), semble intégrer le fait qu’aucune solution militaire ne se profile à l’horizon.  

La Minusca a été déployée dans le pays en 2014. Elle est censée assurer la protection des civils et accompagner la mise en œuvre de la transition en Centrafrique. Le Conseil de sécurité a renouvelé, jusqu’au 15 novembre 2022, le mandat de cette mission onusienne dont les effectifs sont constitués, au total, d’u peu moins de 16 000 personnes, dont 12 000 militaires.

Faustin-Archange Touadéra, seul maître à bord ?  

Après une période post-électorale particulièrement difficile, marquée par des attaques de toutes sortes sur les modalités de sa réélection, le président Faustin-Archange Touadéra s’est replacé au centre du jeu politique. L’opposition aphone, affaiblie et en panne de stratégie est allée aux élections en ordre dispersé, s’exposant ainsi au risque d’éparpiller ses voix. Les grandes manœuvres n’ont pas encore commencé. Tout le monde a acté le fait que le chef de l’État, réélu en 2020, est parti pour un second et dernier mandat de cinq ans, si entre-temps aucun événement malheureux ne vient contrarier ses projets ou s’il ne fait pas modifier la Constitution pour rempiler et conserver ainsi son fauteuil qui est lorgné par plusieurs concurrents.                                                                                               

Ses adversaires, qui avaient bruyamment contesté les résultats officiels de l’élection présidentielle, n’ont pas été entendus par la Cour constitutionnelle qui a validé et confirmé la victoire du président sortant. Le plus virulent de ses détracteurs, François Bozizé, qui l’avait précédé aux commandes du pays, entre 2003 et 2013, a disparu des radars médiatiques.

Ce dernier, qui n’était pas autorisé à se présenter à l’élection présidentielle de 2021, s’est résolu à reprendre les armes. Il s’agissait, pour lui, de tenter de reconquérir le pouvoir qu’il avait perdu à la faveur d’un coup d’État mené par la Séléka, un mouvement rebelle à dominante islamique conduit par Michel Djotodia. 

Lire aussi : Centrafrique : Bozizé ôte son masque et rejoint la rébellion. https://www.makanisi.org/centrafrique-bozize-ote-son-masque-et-rejoint-la-rebellion/  

Limogeage du Premier ministre                                                      

Faustin Archange Touadéra a par ailleurs poussé son Premier ministre vers la sortie. Contraint de démissionner, Henri-Marie Dondra n’avait pas d’autre choix que de s’en aller, après avoir passé moins d’une année à la tête du gouvernement.

Henri-Marie Dondra n’avait pas d’autre choix que de s’en aller, après avoir passé moins d’une année à la tête du gouvernement.

Nommé premier ministre en juin 2021, peu après l’élection présidentielle remportée par Faustin Archange Touadéra, l’ancien ministre des finances a été associé à des scandales financiers. A-t-il été faussement accusé ? Difficile de trancher à ce stade. Une enquête aurait été discrètement ouverte pour faire toute la lumière sur la gestion du désormais ancien argentier. Henri-Marie Dondra, qui a essuyé des critiques émanant même de son propre camp, celui du parti MNC, serait bien parti pour s’exposer à des ennuis judiciaires.

Les relations se seraient détériorées entre lui et le chef de l’État. Des divergences sont apparues entre les deux personnalités, notamment sur l’arrivée de Wagner. Su le président de la république s’est montré enthousiaste à la venue de cette société de mercenaires qui a la réputation de recourir à la manière forte pour arriver à ses fins, le premier ministre, de son côté, avait exprimé ses réserves.

Lire aussi : La République centrafricaine en chiffres. Édition 2021. https://www.makanisi.org/la-republique-centrafricaine-en-chiffres-edition-2021/

Un fidèle du président

Son successeur est connu : Félix Moloua. Ce mathématicien formé à l’université de Bangui, qui a obtenu un diplôme en démographie, à l’université de  Yaoundé 2, au Cameroun, occupait jusque-là le poste de ministre de l’économie. Aura-t-il une plus grande marge de manœuvre que son prédécesseur pour impulser les réformes qui lui tiennent à cœur ? Rien n’est moins sûr.

Le nouveau chef du gouvernement, 64 ans, a fait une bonne partie de son parcours professionnel au ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale. Il a été porté à la tête du ministère du plan, le 23 juin 2021, après avoir gravi tous les échelons : chef de service, directeur et chargé d’études, directeur général ou chef de cellule et de division, expert national, chargé de mission, directeur de cabinet, etc.

Considéré comme un des fidèles du chef de l’État, Félix Moloua a « survécu » à tous les remaniements effectués par le président depuis 2016. Il a également exercé une série de hautes fonctions dans des institutions financières internationales avant de devenir le gouverneur national de la Banque Mondiale, la BAD (Banque africaine de développement), l’ACBF (la Fondation africaine pour le renforcement des capacités) et ordonnateur national du FED (la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis).

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