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dimanche 14 juillet 2024
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La difficile marche mondiale vers la décarbonation 

La lutte contre le dérèglement climatique incite à réfléchir au rôle que jouent les pays producteurs de minéraux nécessaires à la décarbonation des économies. La demande mondiale de ces « minéraux critiques » est en perpétuelle hausse. Plusieurs pays cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, même si, dans un avenir prévisible, l’offre devrait se maintenir à un niveau suffisant pour couvrir les besoins. Toutefois, le doute s’installe autour de l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. C’est pourtant l’un des objectifs de la COP 21 qui s’est tenue à Paris en 2014. 

Les minéraux critiques les plus recherchés dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique font l’objet d’une série de plans stratégiques dans plusieurs pays du monde.

Les puissances majeures et les grands blocs, qui tiennent à réduire leur empreinte carbone, se sont lancés dans une compétition acharnée pour sécuriser leurs approvisionnements

Les puissances majeures et les grands blocs, qui tiennent à réduire leur empreinte carbone, se sont lancés dans une compétition acharnée pour sécuriser leurs approvisionnements en éléments nécessaires à la fabrication de panneaux solaires, de batteries de téléphones portables et de voitures électriques ainsi que d’éoliennes.

Demande en hausse

Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) intitulé « Critical Minerals and Market Review » et paru en juillet 2023, le secteur de la transition énergétique a attiré des investissements de l’ordre de 40 milliards de dollars en 2022. Il s’agit d’une hausse de 30 %, après une première augmentation de 20 % en 2021. Les investissements qui concernent le lithium ont bondi de 50 % au cours de la même période et ceux en rapport avec le cuivre et le nickel ne sont pas en reste, même s’ils n’ont pas suivi la même courbe.

Si la sécurisation des sites de production et des approvisionnements suscite quelques interrogations, l’AIE se montre tout de même rassurante dans ses prévisions

Si la sécurisation des sites de production et des approvisionnements suscite quelques interrogations, l’AIE, qui se veut rassurante, note que l’offre des minéraux critiques ne devrait pas connaître de rupture majeure. La demande mondiale de ces minéraux (cobalt, cuivre, nickel, cuivre, etc.) et de terres rares (scandium, yttrium, lanthane, cérium, néodyme, samarium, etc.) devrait poursuivre sa tendance haussière. Cette demande passera du simple au double à l’horizon 2030, indique l’AIE.

L’AIE, une organisation internationale fondée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1974, estime que l’offre sera en mesure de répondre à la demande mondiale d’ici 2030, d’autant plus que dans certains pays producteurs, de nouvelles mines seront mises en service avant cette échéance.

Entre-temps, le groupe minier suédois LKAB a annoncé la découverte dans la région de Kiruna, dans le Grand Nord de la Suède, du plus grand gisement de terres rares d’Europe. Petit bémol tout de même : l’exploitation de ce site minier, qui contiendrait plus d’un million de tonnes de métaux, ne devrait pas commencer avant 2033.

La RDC, le premier producteur mondial de cobalt, est, pour sa part, tributaire de ses exportations minières

La Chine en avance, la RDC en panne de stratégie de long terme

La Chine, qui a pris une longueur d’avance sur ses principaux concurrents (États-Unis, Japon, Inde, Union européenne, etc.), figure parmi les principaux producteurs des éléments utilisés dans la course à la baisse des émissions de CO2. Ce pays de plus de 1,4 milliard d’habitants a établi une liste de ce qu’il considère comme les 7 industries émergentes prioritaires, dans laquelle la fabrication de voitures électriques occupe une place de choix.

La République démocratique du Congo (RDC), le premier producteur mondial de cobalt, est, pour sa part, tributaire de ses exportations minières. Le cobalt, présent dans nombre d’objets du quotidien, sert, entre autres, dans les superalliages, les pigments, les catalyseurs, les pneus et les produits siccatifs.

La RDC a pris conscience de la nécessité de diversifier son économie, pour échapper aux aléas des marchés qui influent sur ses recettes à l’exportation. Le débat sur la transformation de minerais sur le sol congolais est régulièrement relancé. Mais pour l’heure, la RDC, en panne de stratégie de long terme, peine à passer de la parole à l’acte. La construction d’unités de transformation se heurte à des difficultés de diverses natures : la faible électrification du pays, l’accès aux financements, etc. 

La Malaisie, qui veut exploiter ses ressources à bon escient, a décidé de ne plus exporter ses terres rares

Réflexe protectionniste

La Malaisie, qui veut exploiter ses ressources à bon escient, a décidé de ne plus exporter ses terres rares. Cette mesure protectionniste vise à mettre en place une chaîne de valeur dont le pays pourrait tirer profit.

Cette monarchie située dans l’Asie du Sud-Est a identifié une trentaine de zones à fort potentiel stratégique, qui pourraient renfermer d’importantes quantités de terres rares. L’État envisage ainsi de développer l’industrie des matières premières et de créer des milliers d’emplois dans ce secteur d’ici deux ans.  

Dans le passé, le pays a été critiqué par des organisations écologiques après la découverte de résidus radioactifs consécutive au traitement de terres rares sur place.

Des chercheurs de la prestigieuse université de Cambridge, au Royaume-Uni,  analysent minutieusement la tétrataénite, un métal qui aurait les mêmes propriétés magnétiques que les terres rares exportées par la Chine.

Investir dans la recherche et développement

Certains États investissent massivement dans la recherche et développement. Les technologies actuelles, en pleine mutation, déboucheront, à terme, sur le renouvellement d’une partie de stations-service et le remplacement d’une autre partie par des bornes-électriques. Tous les États auront-ils équitablement accès aux terres rares et aux minerais critiques ?

Les recherches se poursuivent pour trouver des solutions de rechange. C’est dans cette optique que des chercheurs de la prestigieuse université de Cambridge, au Royaume-Uni, analysent minutieusement la tétrataénite, un métal qui aurait les mêmes propriétés magnétiques que les terres rares exportées par la Chine.

La tétrataénite se trouverait en abondance dans les météorites qui se sont écrasées sur la terre et, en faible quantité, dans des roches terrestres. Cependant, l’exploitation et la commercialisation à grande échelle de ce minéral ne semblent envisageables que dans une perspective lointaine.

Neutralité carbone en 2050 ?

Des idées sont lancées et des efforts sont fournis, avec des fortunes diverses, sur tous les continents, pour réduire l’empreinte carbone, l’AIEA se montre néanmoins pessimiste au sujet de l’atteinte, par la planète, de la neutralité carbone en 2050. Pourtant, cet objectif à été fixé lors de la COP21, à Paris, en 2014. La marche mondiale vers la décarbonation n’est pas aussi facile qu’elle n’en donne l’air.

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