24.5 C
Kinshasa
mardi 30 novembre 2021
HomePaysAngola«La dos Santos Company. Mainmise sur l’Angola» Éd. Karthala

«La dos Santos Company. Mainmise sur l’Angola» Éd. Karthala

Estelle Maussion*, ancienne correspondante de Radio France Internationale (RFI) et de l’Agence France Presse (AFP) en Angola, a écrit « La dos Santos Company. Mainmise sur l’Angola » après avoir enquêté sur le clan tout-puissant qui a dirigé ce pays pétrolier entre 1979 et 2017.

Paru aux Éditions Karthala, ce livre, qui se lit aisément, comporte une part de fiction. Au fil des pages et d’anecdotes savoureuses émergent des aspects peu flatteurs de la personnalité d’Edouardo dos Santos, le patriarche.

Plutôt timide, secret, froid, distant et, au besoin, calculateur, Jose Eduardo dos Santos est décrit comme un maniaque de la sécurité qui fuit les caméras de télévision, les studios radio et les interviews. De même, il évite les longs voyages et le contact direct avec les foules. En revanche, ce casanier, grand amateur de football, aime ruser pour imposer sa volonté à ses collaborateurs et prend un malin plaisir à faire attendre nombre de ses visiteurs.

En 1979, lorsque le vice-premier ministre et ministre du plan est propulsé, à 37 ans, à la tête de l’Etat, après le décès du premier président de l’Angola indépendant, le docteur Agostinho Neto, il n’est pas encore un homme de réseaux.

Le pays est alors englué dans une guerre dévastatrice : les deux grandes puissances de l’époque de la guerre froide, les Etats-Unis et l’Union soviétique, s’affrontent à distance par nationaux et étrangers interposés. Ce conflit meurtrier engloutit une  bonne partie des fonds publics.

Après la fin de la guerre, en 2002, consécutive à la mort du chef rebelle de l’UNITA, Jonas Savimbi, Eduardo dos Santos peut se consacrer au développement du pays.

Au fil des années, Jose Eduardo dos Santos écrase de tout son poids l’appareil du parti qu’il manipule à sa guise, à coups de promotions, de mises au placard et de réhabilitations.

Il met toute son énergie à renforcer le système qu’il a patiemment construit, pierre par pierre. Le système dos Santos, ce sont quelques fidèles dont un loyal compagnon de route, le général Manuel Hélder Vieira Dias Junior, communément appelé par son surnom Kopelipa, et Manuel Vicente, le vice-président.

Personnage redouté pour ses méthodes rugueuses, le général Kopelipa est l’homme de l’ombre, le factotum de luxe, le spécialiste des coups tordus, prêt à se sacrifier pour la survie du système qui aurait fait de lui l’une des plus grosses fortunes du pays.

Sans conteste, le général Kopelipa et Manuel Vicente, dont le nom est étroitement associé à un scandale financier au Portugal pour lequel il n’a pas été condamné, sont des piliers du régime. En outre, les deux amis sont des partenaires dans des affaires opaques qui s’enchevêtrent en Angola et au Portugal.

Ensuite vient la famille, au cœur de laquelle se trouve Isabel dos Santos, la fille aînée, une redoutable femme d’affaires qui a su diversifier ses investissements. Cette jet-setteuse a de vraies qualités de manager, mais elle ne serait pas devenue la première milliardaire (en dollars) du continent selon un classement du magazine Forbes, si elle n’était pas la fille de son père. Isabel dos Santos, c’est un empire financier qui truste des pans entiers de l’économie angolaise et se ramifie jusqu’au Portugal.

En 2017, poussé par la maladie et les (timides) pressions internes au parti, l’architecte du système décide de s’en aller. Il n’est pas en grande position de faiblesse politique, mais il accepte de quitter la scène. Par tactique. Il pense partir sans partir, en se maintenant à la tête du parti, pour contrôler à distance le jeu politique et tirer les ficelles. Sauf que les choses ne se déroulent pas comme prévu. Il perd tout : le pouvoir et l’influence.

Les événements s’accélèrent et lui échappent. Le vent tourne. Qui aurait pu imaginer qu’un dos Santos serait jeté en prison dans une affaire liée à la gestion du fonds souverain du pays ? C’est pourtant ce qui arrive à José Filomeno, surnommé Zenu.

Le nouveau président, Joao Lourenço se fait le chevalier blanc de la bonne gouvernance et le chantre de la lutte contre la corruption qui gangrène la société angolaise caractérisée par le creusement des inégalités et une pauvreté crasse, notamment dans les quartiers populaires. Il se rapproche inexplicablement de Manuel Vicente, redevenu un simple député. La réputation sulfureuse de l’ex-numéro deux du pays ne semble pas gêner Joao Lourenço outre mesure.

Si sa cible privilégiée semble être les dos Santos, Joao Lourenço prend toutefois soin d’éviter une confrontation frontale avec son prédécesseur. Pour l’instant.

* Journaliste indépendante, Estelle Maussion a été correspondante de Radio France Internationale (RFI) et de l’Agence France Presse (AFP) en Angola de 2012 à 2015.

  • Éditions Karthala
  • Parution 2019
  • 206 pages
  • 10 euros  

- Advertisment -

ARTICLES LES PLUS LUS