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samedi 26 novembre 2022
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La filière cacao d’Afrique centrale dominée par le Cameroun. 1/2

En Afrique centrale, première région d’introduction du cacao sud-américain sur le continent africain, le Cameroun, 3ème producteur africain et 4ème producteur mondial de cacao en 2021/2022, s’affiche comme le leader. À Sao Tomé et Principe, le cacao représente plus de 50 % des exportations. Dans les autres pays de la région, la cacaoculture, qui a souvent été négligée au profit de l’exploitation du pétrole et des mines, n’occupe pas une grande place dans le Produit intérieur brut et les exportations. Toutefois, après une longue période de recul, la production redémarre, appuyée par des organismes publics, des coopérations bilatérales, des ONG et des sociétés privées, qui encadrent les petits producteurs. La relance s’accompagne d’une nouvelle vision de la culture, de l’essor de la transformation et du Bean-to-Bar (de la fève à la tablette).

Si tous les pays d’Afrique centrale sont producteurs de cacao, ils ne sont pas logés à la même enseigne. Certains ne sont que producteurs de fèves (Congo, Centrafrique), d’autres ont développé la transformation, même à petite échelle. Mais tous ont des caractéristiques communes. La production est majoritairement assurée par des petits planteurs, qui se regroupent de plus en plus en coopératives. Au-delà de l’augmentation des rendements et des volumes, l’accent est mis sur la maîtrise des itinéraires techniques (sélection des plants, culture, écabossage, fermentation, séchage, calibrage et stockage des fèves, etc.) avant l’étape de la torréfaction. Une nécessité pour obtenir une fève de qualité et la certification. 

Lire aussi : L’Afrique, leader mondial de la production de cacao. https://www.makanisi.org/lafrique-leader-mondial-de-la-production-de-cacao/

Place à un cacao répondant aux exigences de durabilité environnementale et sociale.

Durabilité sociale et environnementale

Place également à un cacao répondant aux exigences de durabilité environnementale et sociale. Pas question de détruire la forêt pour emblaver de nouveaux champs Outre la préservation de la forêt et le respect des normes environnementales, la cacaoculture doit assurer aux planteurs de bonnes conditions de vie et de rémunération sur le long terme. Le social et l’écologie sont donc mis au cœur de la filière.

Une attention particulière est portée à la certification (bio et équitable), à la traçabilité, à la mise sur le marché de « cacaos de spécialités », c’est-à-dire cultivés et récoltés dans des conditions idéales et provenant de terroirs précis. Autre caractéristique, des coopératives de petits planteurs et des privés souhaitent exporter directement leurs fèves, voire leurs produits chocolatés, pour ne plus passer par des intermédiaires. Pour ce faire, ils recherchent des partenaires à l’extérieur. 

Une attention particulière est portée à la certification (bio et équitable), à la traçabilité, à la mise sur le marché de « cacaos de spécialités »

Bean-to-Bar

Si seul le Cameroun compte des broyeurs et des fabricants industriels de chocolat, la transformation n’est pas absente pour autant dans la plupart des autres pays de la région. En effet, le Bean-to-bar se développe, timidement mais sûrement, à l’initiative d’artisans chocolatiers-torréfacteurs qui prennent en charge toutes les étapes de la fabrication d’une tablette de chocolat. Ces artisans, des privés ou des coopératives, produisent en petite quantité, voire en série limitée, des tablettes à haute valeur gustative. Certains sont parfois des planteurs. Qu’ils aient ou non leurs propres vergers, ils visitent et sélectionnent des plantations. Pour s’assurer une fève de qualité, ils forment leurs planteurs-associés depuis la culture et le ramassage des cabosses jusqu’à la fermentation et au séchage des fèves.

Le Bean-to-bar se développe, timidement mais sûrement, à l’initiative d’artisans chocolatiers-torréfacteurs qui prennent en charge toutes les étapes de la fabrication d’une tablette de chocolat

Ce mouvement bean-to-bar, né aux États-Unis, s’est développé en Afrique sous la conjugaison de plusieurs facteurs, dont « l’accessibilité des machines à fabriquer du chocolat, dont les prix tournent autour de 5000 euros, le transfert des savoir-faire aux pays producteurs et des consommateurs de plus en plus adeptes du bio, des circuits courts, du commerce équitable et valorisant des produits bons pour la santé » explique Sébastien Ayimambenwe, qui fait du Bean-to-Bar avec son frère au Gabon. Ces artisans chocolatiers visent les marchés nationaux mais aussi étrangers. Le marché des cosmétiques (beurre et huile de cacao) est également visé.

Neo Industry produit de la masse, du beurre, des tourteaux et de la poudre de cacao à Kekem (région de l’Ouest)

Cameroun : premier producteur de cacao d’Afrique centrale

Le Cameroun, 3ème producteur africain, derrière la Côte d’Ivoire et le Ghna, et 4ème producteur mondial de cacao en 2021/2022, occupe la première place de producteur et de transformateur de cacao en Afrique centrale. Les grands bassins de production sont situés dans la partie sud du pays, où la région Centre (notamment les départements de Lekié et des deux Mbam) arrive en tête de la production (45,39%), suivie du Sud-Ouest (31,18%), qui constituait autrefois le principal bassin de production, et du Littoral (11,10%).

Une chaîne de valeur en structuration

La filière est bien structurée depuis la production jusqu’aux exportations en passant par la transformation qui est la plus développée de la région. Son poids économique est important. La filière contribuerait à 1,2% du PIB national et 8,2% du PIB agricole et génère une valeur ajoutée totale (directe + indirecte) de quelque 400 millions d’euros. Elle procurerait plus de 400 000 emplois directs et indirects : 293 000 planteurs, 2 800 salariés formels, 73 000 employés ruraux en équivalent plein temps, 29 200 emplois familiaux. Moins de 1% de ces emplois relève de l’économie formelle. Deuxième source en devises du pays, la fève représentait, en 2021, 13 % des exportations – derrière les hydrocarbures (39 %). Le Cameroun envisage, avec le Nigeria, de rejoindre l’Initiative cacao Côte d’Ivoire Ghana (ICCIG) lancée en 2018 dont le but est de faire valoir les intérêts des producteurs face aux géants du négoce.

Pour la campagne 2021/2022, la production de fèves de cacao s’est élevée à 295 164 tonnes et les exportations ont porté sur 217 107 tonnes, selon l’Office national du café et du cacao.

Telcar Cocoa, en tête des exportateurs

Pour la campagne 2021/2022, la production de fèves de cacao s’est élevée à 295 164 tonnes et les exportations ont porté sur 217 107 tonnes, selon l’Office national du café et du cacao. Trois opérateurs assurent 65,66% des exportations. Avec 36,09 % des quantités exportées, Telcar Cocoa, le négociant de la firme américaine Cargill au Cameroun, qui a récemment racheté les actifs des Ets Ndongo Essomba, est en tête des exportateurs, devant Usinage café cacao du Cameroun (Usicam), qui assure 19,67% des exportations et Social Business Enterprise TechnologySBET (9,96%). Les Pays-Bas sont, de loin, la première destination (68,69 % des fèves exportées), suivis de la Malaisie (8,97%) et de la Turquie (5,24%).  La Chine (4,88 %) et l’Espagne (3,13%) bouclent le top 5 des pays destinataires.

Près de 30 % de la production transformée

Quelque 86 923 tonnes de cacao sont transformées localement (soit 29,5% de la production nationale commercialisée) dont environ 72 t. par des unités artisanales et 86 850 t. par des unités industrielles. Parmi les principaux transformateurs industriels figurent la Société industrielle Camerounaise des cacaos (Sic Cacaos), filiale du Suisse Barry Callebaut, basée à Douala, qui est un broyeur, la Chocolaterie Confiserie Camerounaise (Chococam), filiale du sud-africain Tiger Brand, Ferrero Cameroun, filiale de l’italien Ferrero. On peut citer aussi Altantic Cocoa (48 000 tonnes extensibles à 64 000 t.), qui a lancé ses activités en 2020 dans la zone industrialo-portuaire de Kribi, et Neo Industry (32 000 tonnes), qui produit de la  masse, du beurre, des tourteaux et de la poudre de cacao à Kekem, dans la région de l’Ouest. Le bean-to-bar est également en essor à l’initiative de petites unités artisanales comme Baty Ngassa.

Quelque 86 923 tonnes de cacao sont transformées localement (soit 29,5% de la production nationale commercialisée) dont environ 72 t. par des unités artisanales et 86 850 t. par des unités industrielles.

Préservation de la forêt et qualité

Un effort est porté sur la qualité. Lancé par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café du Cameroun (CICC), le programme « New Generation » vise à accompagner et former les jeunes générations à des itinéraires techniques de cacaoculture sur une période de trois ans : fourniture des plants de cacaoyers, techniques de culture sous ombrage avec diversification, taille, récolte, centre de fermentation, séchage… Le Club Chocolatiers Engagés, label mis en place par des maîtres chocolatiers français, est associé à cette initiative via un protocole d’accord avec le CICC. Six coopératives ont été labellisées Chocolatiers Engagés. Un Document Stratégique de Développement de la Culture du Cacao au Cameroun a été élaboré.

São Tomé-et-Príncipe : les niches « bio et équitable »

Avant l’indépendance, le cacao a fait, avec le café, la fortune de São Tomé et dominé ses exportations. D’où son surnom d’île Chocolat. Il est vrai que l’île offre tous les atouts pour la culture : des sols volcaniques, une bonne pluviométrie et un bel ensoleillement.

Produit à partir de variétés nobles, comme l’Amelonado, originaire du Brésil, le cacao santoméen  est considéré comme l’un des meilleurs au monde. Après avoir culminé à 36 000 tonnes en 1913, la production de fèves a chuté à 10 000 t. en 1975.

Vue d’une plantation de Satocao-STP à Sao Tomé et Principe. @Satocao

En tête des exportations

À partir de 2010, le déficit de la balance commerciale et la nécessité de réduire l’aide internationale ont poussé les autorités du pays à relancer la filière. La production de fèves est de l’ordre de 3000 t. par an, dont une partie est exportée vers l’Europe. Les exportations de cacao ne représentaient plus que 53% en 2021 contre plus de 70% en 2019. Ce recul est lié à l’augmentation de la part des ventes d’huile de palme (32% du total en 2021), conséquence d’une politique de diversification du pays qui porte ses fruits.

La cacaoculture est réalisée par des sociétés agricoles privées dont Kennyson-STP, à capitaux camerounais, et Satocao-STP, à capitaux européens, et des agriculteurs familiaux.

Sociétés privées, PME et agriculteurs familiaux

La cacaoculture est réalisée par des sociétés agricoles privées dont Kennyson-STP, à capitaux camerounais, et Satocao-STP, à capitaux européens, dont la production provient de ses plantations sous concession et de petits et moyens planteurs, à qui l’entreprise achète le cacao brut frais pour le transformer. Environ 540 de ses partenaires-agriculteurs ont été certifiés biologiques. La production est également assurée par des PME et des agriculteurs familiaux dont certains, organisés en coopératives, travaillent avec des acheteurs européens, dont le chocolatier français Kaoka. La fabrication de chocolat est réalisée par des artisans dont Claudio Corallo, Diogo Vaz, qui dispose d’une plantation labellisée, et bien d’autres. Les efforts accomplis pour revaloriser le cacao santoméen ont permis de placer sur le marché des plaquettes de chocolat portant la référence São Tomé-et-Príncipe et d’augmenter le volume de cacao certifié bioéquitable.  

Lire aussi : La filière cacao d’Afrique centrale dominée par le Cameroun. 2/2  (État des lieux des filières cacao en RDC, au Congo, au Gabon, en Centrafrique et en Guinée Equatoriale). https://www.makanisi.org/la-filiere-cacao-dafrique-centrale-dominee-par-le-cameroun-2-2/

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